Quand mai 68 fait rêver les jeunes sarkozystes…
Par Serge Faubert - http://www.bakchich.info/
Le Président de la République voulait liquider Mai 68. C’est raté. Les plus jeunes de ses partisans préfèrent célébrer l’événement. Ils se sont réunis mercredi dernier, au quartier latin, bien sûr,
avec André Glucksmann pour procéder à l’inventaire de la révolte étudiante. Non sans nostalgie pour une époque qu’ils n’ont pas connue.
L’affaire a commencé par un mail adressé à une cinquantaine de bloggueurs d’influence (ou considérés comme tels) – en fait, le top 50 des blogs référencés par le site Wikio. Une invitation à venir
débattre de cette angoissante – et urgente – question : « Faut-il liquider l’héritage de Mai 68 ? ». Banal. Presque de saison.
A ce détail près que le courrier électronique émanait des jeunes de… l’UMP. Si, si, le parti dont le candidat, devenu depuis Président – affirmait justement qu’il fallait liquider Mai 68.
Question que la victoire dudit candidat avait, croyait-on, définitivement tranchée. Au moins dans cette famille politique. Et voilà que la jeune garde de l’UMP rouvre le débat. Sans prendre de
gants. L’invitation précisait qu’il s’agissait là « d’une occasion unique de discuter et de débattre de « l’esprit de Mai » dont nous fêtons cette année le 40ème anniversaire ! »
Fêter l’esprit de mai ou le liquider ?
« Fêter l’esprit de mai… » Et puis quoi encore ! Besancenot n’aurait pas dit mieux. Belle brochette d’hérétiques que voilà. Cela méritait bien que Bakchich aille voir à quoi ressemblait cette 5ème
colonne du bolchevisme international.
D’autant que le responsable de la communication des jeunes UMP avait commis une singulière bourde en envoyant son mail. Ce novice a tout bonnement oublié d’occulter l’ensemble des adresses des
bloggueurs… Du coup, l’impair a suscité un buzz d’enfer autour de la réunion. Certains antisarkozystes patentés promettant de venir porter, vertement, la contradiction dans la réunion.
Glucksmann, philosophe et sexologue
Il n’en fut rien. Mais le spectacle était au rendez-vous. Glucksmann père (André) et fils (Raphaël), dans un duo inattendu d’où il ressortait, en gros, que Sarkozy était le fils spirituel de
Cohn-Bendit – voilà qui réjouira les intéressés. Un discours empreint de nostalgie – ah, on se marrait plus en ce temps-là, hein, André… – émaillé de questions, parfois hallucinées, de la salle ;
certains intervenants ayant visiblement mal digéré leurs notes de lectures. Et une étonnante étude comparée de la sexualité des générations, à quarante ans de distance.
Drôle d’assistance d’ailleurs. Si l’on était au pays de la jeunesse bien née et pas trop colorée, on était loin, en revanche de pénétrer dans le temple du sectarisme. L’auteur de ces lignes se vit
d’ailleurs accueilli par un… lecteur assidu de Bakchich, très inquiet de la santé financière du site, et grand amateur des articles consacrés à… Rachida Dati. Par respect pour l’avenir politique de
ce subversif, nous tairons son nom – d’autant qu’il a promis de s’abonner. Faudrait pas trop tarder, d’ailleurs, jeune homme…
C’est quand qu’on fait la révolution ?
Pour tout dire, quelques trotskystes auraient dressé une barricade dans la rue adjacente – commémoration oblige, la réunion se tenait dans un bar branché du quartier latin -, qu’il n’eût pas été
étonnant de voir une bonne partie de la relève sarkozyste se lever pour aller les rejoindre. Juste pour s’encanailler. Juste pour humer le parfum défendu de la lacrymo. Que voulez-vous, c’est bien
beau d’être le parti du président, mais on s’emmerde un peu. Moi, je serais Patrick Devedjian, je m’empresserai de remettre tout ce petit monde au pas, scrogneugneu !