Zurich : ouverture d’un drive-in du sexe

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !


Illustration - PETER DEJONG/AP/SIPA
Illustration - PETER DEJONG/AP/SIPA

À Zurich, à partir du 26 août, les clients de prostituées vont pouvoir satisfaire leurs envies comme ils le font pour leur fringale de burger : en voiture, grâce au « sexbox » - une sorte de drive-in. À l’ouest de la ville, dans une ancienne zone industrielle, la municipalité aménage des garages pour les travailleuses du sexe. Une fois le portail franchi, les automobilistes suivent un circuit balisé où le port de la ceinture n’est, naturellement, plus obligatoire. Une quarantaine de filles (exclusivement pour l’instant) offrent leurs services entre 19 heures et 5 heures du matin. Entre trois palissades en bois et sous les néons colorés, les prostituées et leurs clients peuvent vaquer à leurs occupations. Chaque box est équipé d’une sonnette d’alarme.

L’ouverture du sexbox est le fruit d’une votation initiée, en mars 2012, par le conseil municipal de Zurich. L’idée est de répondre à une double exigence : la tranquillité publique et la sécurité des prostituées. « Le fait de passer de la rue à un espace privé dans une zone industrielle ancienne qui appartient à la ville, cela nous donne la possibilité de définir les règles de la prostitution dans ce domaine », explique Michael Herzig, du département de la protection sociale de Zurich. Car en Suisse exercer « le plus vieux métier du monde » est légal, mais chaque canton a sa propre réglementation..

« Des sexbox existent déjà aux Pays-Bas et en Allemagne », rappelle Michel Félix de Vidas, chargé de communication à l’Aspasie – une importante association qui accompagne les prostituées dans le canton de Genève. L’association a un a priori positif sur l’ouverture de ce type de lieu mais selon elle, cela ne fonctionne qu’à certaines conditions : « Il faut un accès facile, que le sexbox ne soit pas trop excentré et que l’éclairage soit suffisant. Des douches doivent être prévues également : c’est le gage de la sécurité. » Au-delà de ces équipements, c’est surtout la présence de travailleurs sociaux qui compte. « L’avantage d’un espace comme le sexbox, c’est la concentration des prostituées et donc des clients. L’intérêt est de pouvoir faire de la prévention non seulement auprès des filles mais aussi auprès des clients, ce qui est beaucoup plus compliqué à réaliser dans la rue », précise Michel Félix de Vidas.

A Zurich, l’expérience des autres sites semble avoir été prise en compte : « Deux travailleurs sociaux seront sur place, un médecin référent peut être joint et il y a une salle de soins », indique Thomas Meier du service de la protection sociale de la municipalité. L’aménagement de la zone a coûté 1,6 millions d’euros et son coût de fonctionnement annuel s’élève à près 560 000 euros. La municipalité se défend de « lancer un programme de développement de la prostitution », et assure qu’un tel système préserve les travailleuses du sexe des risques de trafic d’êtres humains. Elles doivent simplement s’acquitter d’un ticket de 40 frs suisses (32 euros) par soir. Un système déjà en place à Zurich et qui rappelle le principe d’horodateur. 

Reste à savoir si ce cadre un peu formel contentera les travailleuses du sexe et si les clients ne vont pas fuir les lieux faute d’anonymat. Un concept à l’opposé de la politique française. Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, s’est donné comme objectif de « faire disparaître la prostitution » tout en reconnaissant que vouloir « l’éradiquer semble impossible ». Parmi les moyens envisagés, celui de la pénalisation du client semble l’emporter.

 

par Philippe Ridou - http://www.marianne.net/

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