"What ze teuf ?" Âge tendre et gueule de bois

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Ils entretiennent leur "idéal" de défonce, histoire de retarder le plus possible leur réveil adulte. Douloureux peuvent être les lendemains de cuite pour certains jeunes... Mais peu importent les leçons du réveil pourvu qu'on ait eu l'ivresse ! Cette philosophie minimale du plaisir alcoolisé en bande inspire séries, films, réseaux sociaux et médias...


"What ze teuf ?" Âge tendre et gueule de bois
«What Ze Teuf», vous connaissez ? C'est la nouvelle série vedette de la chaîne D8. Deux amis se réveillent dans un superbe appartement, la bouche pâteuse et la gueule de bois. Aucun d'eux ne sait ce qui les a conduits ici. La suite ? Ce sont les internautes qui l'écrivent en postant sur Twitter, en 140 caractères, leurs idées de scénario. Les meilleures sont sélectionnées dans la nuit, tournées le lendemain et diffusées le soir. Avec 700 000 téléspectateurs en moyenne et 1 500 tweets par épisode, «WZT» a trouvé son public en quelques jours. Parce que ce feuilleton potache réunit deux ingrédients clés de la génération 2.0 : le fantasme de la soirée qui dégénère et la réactivité des réseaux sociaux. Un cocktail plébiscité par les 15-25 ans.

En 2011, la Fondation pour l'innovation politique dévoilait ce chiffre déprimant : seuls 17 % des jeunes Français pensent que l'avenir de leur pays est prometteur. Une enquête Ipsos pour le Forum Adolescences 2013 enfonce le clou : moins de 30 % des ados attendent avec impatience le passage à l'âge de la maturité. La crise, et son corollaire d'angoisses - trouver un boulot, un appart, des amis autres que virtuels -, n'incite pas les préadultes à sauter dans le grand bain.

Alors quoi ? «Alors on danse», chante Stromae, jusqu'à ces lendemains qui ne chantent pas beaucoup. On boit aussi, des litres, de tout, à l'image de ces Anglais adeptes du binge drinking («biture express») qui ont fait des émules de ce côté-ci de la Manche, au point de susciter récemment un très sérieux rapport sénatorial sur «l'hyperalcoolisation des jeunes». Et pour immortaliser l'instant, on dégaine son smartphone.

Qu'est-ce qu'on rigole !

«Tram de Bordeaux, ligne B ce matin. Un lama dans le tramway.» Ce tweet de Xavier Cappelaere, posté le 31 octobre 2013 et accompagné d'une photo du camélidé en question, a fait le tour du réseau social. Du pur «what the fuck ?», comme Internet en raffole. Transféré massivement d'un compte Twitter à un autre, ce message à haute teneur en «lol» a déridé la France le temps du week-end de Toussaint. La bête a été subtilisée de son cirque résidentiel par cinq jeunes Bordelais bourrés, qui ont trouvé en Serge le lama le sixième larron de leur bande. Une virée au bout de la nuit qui prendra fin juste après l'épisode du tramway, la police interceptant finalement la troupe de joyeux drilles.

L'histoire se transforma en fait divers national lorsque, le lundi matin, les journaux s'en emparèrent comme d'une nouvelle de la plus haute importance. Sud-Ouest rapporta les propos de l'un des ravisseurs assurant que, pendant sa promenade, le lama avait l'air «content et fier». Sur BFMTV, un autre lascar expliqua qu'à l'arrivée du tramway l'animal était monté «sans faire d'histoires, vraiment très simplement». France Bleu nota doctement que le lama se trouvait dans l'illégalité puisqu'il était entré dans la rame sans valider de ticket. Quant au chanteur Serge Lama, il fut convoqué par le Parisien pour donner son avis sur le kidnapping de son quasi-homonyme.

Transes d'"adulescents"

Burlesque et presque poétique, ce rapt bon enfant s'est terminé par un happy-end : la bête, starifiée, fait désormais le bonheur sonnant et trébuchant de son propriétaire. La «morale» est sauve. Comme dans la trilogie américaine Very Bad Trip (lire l'encadré), qui a donné ses lettres de noblesse au genre. Modèle du film de fiesta de ces dernières années, cette comédie a repris les codes du teen-movie type American Pie, sauf que les jeunes mis en scène, ici, ont la trentaine bien tassée - dans le premier opus, sorti en 2009, ils se réunissent à Las Vegas pour un enterrement de vie de garçon.

Changement de paradigme, donc : l'adolescence joue les prolongations. Pour évoquer ces comportements immatures, les psys parlent d'«adulescents», mot-valise, concept vide, désignant ces adultes qui singent le mode de vie de leurs cadets. Un filon que l'industrie cinématographique ne cesse d'exploiter. Dans la catégorie des films à boire et à reboire, on trouve le Dernier Pub avant la fin du monde (2013) ou encore Projet X (2012), tiré de l'histoire vraie de trois copains qui planifient la plus grande fête de tous les temps. Pour ce faire, ils lancent une invitation ouverte via Facebook et, naturellement, la soirée dégénère à mesure que les invités affluent.

L'an dernier, à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, deux jeunes ont voulu reproduire le scénario du film dans une villa inoccupée. Plusieurs centaines de personnes, débarquées de la France entière, ont répondu à l'appel. La villa a été entièrement saccagée et les organisateurs ont écopé d'un an de prison, dont six mois ferme, et de 20 000 € d'amende. Commentaire du procureur Pierre Arpaia : «Le but était de parvenir à un état de "défonce", par l'alcool et d'autres substances. Et, à la fin de la soirée, tout devait être détruit.»

On se souvient (ou pas) du film les 11 Commandements avec Michaël Youn, qui surfait sur la vague de l'émission américaine «Jackass» où une bande de grands dadais se lançait des défis idiots. L'une des saynètes montrait l'acteur ravager une maison en la transformant en piscine. Un sketch précurseur...

Après Serge le lama, les médias ont relaté l'histoire de cet Anglais, Luke Harding, qui, après une soirée arrosée à Oldham, près de Manchester, s'est réveillé à Paris sans le moindre souvenir de ce qui s'était passé la veille. Premier réflexe : l'ado a envoyé une photo de lui-même avec en arrière-plan la tour Eiffel sur les réseaux sociaux. Commentaires enthousiastes, buzz maximal : la recette est désormais connue.

Illusoire abandon

«C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui.» Ce slogan, visible à la fin de chaque vidéo mise en ligne par le comique du Net Rémi Gaillard, n'a jamais sonné aussi juste. C'est en faisant n'importe quoi, donc, comme embarquer avec soi un animal de cirque lors d'une beuverie, qu'on se retrouve interviewé par toutes les télés et radios de France. Le fameux et fumeux quart d'heure de célébrité warholien s'accompagne désormais de douze heures de coma.

Dernièrement, le patron de la Fondation pour l'innovation politique, Dominique Reynié, soulignait qu'une grande partie de la jeunesse regardait sa situation à travers la triste alternative «quitter la France ou quitter son époque». Quitter la France : le retour se fait souvent en catastrophe. Quitter son époque : c'est ce que croient pouvoir faire, aujourd'hui, ceux qui optent pour le cocktail explosif de la fête et de l'alcool. Juste une illusion.

 

Par

 

 

 
REPÈRES

67 %

des jeunes de 15-16 ans boivent de l'alcool tous les mois.

44 %

d'entre eux s'alcoolisent ponctuellement de manière importante.

La France se classe au 9e rang des pays européens qui consomment le plus d'alcool.

Un Français sur deux ne sait pas qu'un demi de bière contient la même quantité d'alcool pur qu'un verre de whisky (10 g).

Source : Rapport d'information présenté au Sénat, octobre 2012.


 
"VERY BAD TRIP", LE MODÈLE

A Las Vegas, quatre potes s'offrent une dernière sortie entre hommes avant le mariage de l'un d'eux. Le lendemain, le futur promis manque à l'appel. Les trois autres errent dans une chambre d'hôtel complètement ravagée. Où est Doug ? Que s'est-il passé la veille ? Pourquoi y a-t-il un tigre dans la salle de bains et un bébé enfermé dans le placard ? Sorti sur les écrans en 2009, le premier épisode de cette saga lance une mode à succès : le film de fête.

La formule est bonne puisque Very Bad Trip premier du nom a couté 35 millions de dollars à produire et en a rapporté plus de 450 ! Deux acteurs sortent alors du lot : Bradley Cooper, le bellâtre de la bande, que l'on verra plus tard dans Happiness Therapy ou The Place Beyond The Pines, et Zach Galifianakis, qui interprète Alan, le taré du groupe. La suite de Very Bad Trip déboule deux ans plus tard, en reprenant les mêmes ressorts mais en déplaçant le lieu de l'action en Thaïlande. Malgré des critiques plutôt fraîches, le film est un nouveau carton : il rapporte même plus que le premier volet, avec 581 millions de dollars de recettes mondiales.

En 2013, le public découvre l'ultime épisode de la trilogie. Cette fois-ci, pas de lendemain de cuite épique : la bande se retrouve embarquée dans un beau pétrin, à la recherche de Chow, second rôle dans les deux premiers films, qui doit un gros pacson à un escroc. La lassitude guette. Le troisième volet de la saga ne rapporte «que» 351 millions de dollars pour un budget de 103 millions. Il est temps d'arrêter, pour éviter la gueule de bois.


 
ET LES ADULTES AUSSI !

Les histoires commencent toutes de la même manière : après une nuit arrosée, une personne ouvre l'œil sans se souvenir des événements de la veille... Florilège planétaire.

Un Polonais de 56 ans se réveille à la morgue

Marek Michalski se rappelait parfaitement s'être endormi sur un banc public. Mais, pendant qu'il cuvait son vin, des passants, inquiets, ont alerté les secours. Le médecin de permanence a confondu décès et coma éthylique, et Marek a repris conscience dans une housse mortuaire.

Il s'endort ivre et perd son pénis

Un sexagénaire dominicain se promenait nu après une soirée entre camarades de beuverie. Le lendemain, il se réveille sans sexe. Selon des témoins, il aurait été attaqué par un chien qui s'en serait pris à ses parties intimes. Mais l'homme n'y croit pas et espère faire un jour la lumière sur cette sinistre affaire. Ni le chien ni l'organe n'ont été retrouvés.

Bienvenue en 2023

Tom Mabe, un acteur américain spécialiste des caméras cachées, a piégé l'un de ses amis alcooliques afin de lui faire prendre conscience des dégâts que peut causer cette addiction. Ainsi, un soir que le copain en question s'endort rond comme une queue de pelle, Tom et son équipe l'installent dans un faux lit d'hôpital. Lorsque le pochtron se réveille, ils lui font croire qu'il sort d'un coma de dix ans. Un faux journal télévisé a même été tourné pour l'occasion, où l'on apprend que Hillary Clinton est présidente des Etats-Unis. Crédible.

Il cuve sur un parapluie

Imaginez : vous dormez profondément, du sommeil du juste, quand une rumeur vous tire du royaume de Morphée. Vous ouvrez les yeux et une foule entière vous applaudit. Vous vous trouvez en haut d'une sculpture représentant un parapluie, à 4 m du sol. Deux échelles sont adossées à l'œuvre d'art ; sur chacune d'elles, un pompier. Un troisième sur une grue s'approche de vous. Ce réveil hollywoodien, un jeune Belge l'a vécu en plein milieu de Bruxelles. Une fois.

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