Silk Road: le FBI fait tomber le plus grand dealer du Net

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Après deux ans d'enquête et l'infiltration du premier cercle du créateur de Silk Road, le «Amazon de la drogue», le FBI ferme les portes du marché noir du Net. Une histoire digne de Breaking Bad.


Ross William Ulbricht aka Dread Pirate Roberts aka DPR
Ross William Ulbricht aka Dread Pirate Roberts aka DPR
Mauvaise nouvelle pour les consommateurs de drogue : ils vont devoir repasser par la case «dealer de quartier». Le site Silk Road vient d’être fermé par le FBI et son fondateur présumé, Ross William Ulbricht, a été arrêté à San Francisco mardi dernier. Il a ensuite été inculpé à New York devant une cour fédérale pour (entres autres chefs d’accusation) blanchiment d’argent et trafic de stupéfiant.
 
Ce site était considéré comme le marché noir du Net. Il était ouvert à tous les usagers de commercer en ligne, comme sur Amazon ou PriceMinister, sauf que la plupart des marchandises étaient illégales. On pouvait y acheter de la drogue, bien sûr, mais aussi des faux papiers, de la pédopornographie ou des tutoriaux pour pirater des distributeurs de monnaie. Tous les articles proposés ne tombaient pas sous le coup de la loi : certains internautes proposaient par exemple des œuvres d’arts qu’ils avaient confectionné. La devise utilisée pour régler ses achats était la monnaie électronique Bitcoin.
 
Pour accéder à Silk Road, il fallait utiliser le réseau décentralisé Tor. Inutile de chercher à arpenter les allées du marché clandestin en utilisant les moteurs de recherche «officiels» de Google et Yahoo, pour ne citer que ceux-ci. Pour autant, quelques heures de recherches sur internet permettaient amplement de comprendre le principe de fonctionnement de Tor et de trouver son chemin jusqu’à la «route de la soie».

Capture d'écran du site Silk Road
Capture d'écran du site Silk Road
De nombreux consommateurs de drogue avaient ainsi adopté ce système de transactions virtuelles pour se fournir en drogue. Celui-ci présentait de nombreux avantages : certitude d’acheter des produits de qualité grâce au système de commentaires d’internautes similaire à celui utilisé par les autres sites marchands, livraison à domicile permettant d’éviter les virées peu sécurisées chez des dealers de quartier, transactions anonymes garanties par la crypto-monnaie Bitcoin…
 
L’homme à l’origine de ce juteux business, Ross William Ulbricht, également connu sous le pseudonyme de «Dread Pirate Roberts» (en référence au roman de fantasy Princess Bride), possède par ailleurs un diplôme de petit chimiste. Inspiré par la pensée de l’économiste Ludwig von Mises, il se décrit lui-même, sur son profil Google+, comme un adepte de la philosophie économique libertarienne. Il pilotait son site depuis un cybercafé de San Francisco, en utilisant un panel de logiciels pour masquer son identité et celles de ses clients.
 
Un élément a rapidement mené l’agence fédérale sur la piste d’Ulbricht : une série de messages qu’a laissé l’administrateur sur un forum de discussion autour des champignons hallucinogènes. L’homme utilisait alors le pseudonyme de «altoid». Ce même altoid a ensuite posté une annonce afin de recruter un technicien, sur un forum dédié à la monnaie Bitcoin. Dans l’annonce, il laisse son adresse mail : rossulbricht@gmail.com . Une erreur de débutant qui amorce la chute de cette figure du crime en ligne.

Silk Road: le FBI fait tomber le plus grand dealer du Net
Si le début de l’histoire ressemble vaguement à du Breaking Bad, la fin lorgne plutôt du côté de la série policière américaine à grand spectacle. Un agent fédéral a infiltré Silk Road jusqu’à devenir un proche d’Ulbricht. Si proche que lorsqu’un deal de cocaïne tourne mal et que l’administrateur soupçonne un de ses collègues de s’être enfuit avec un paquet de biftons, Ulbricht demande à l’agent de retrouver le type en question et de le torturer afin qu’il rende l’oseille.
 
Mais lorsque le «traître»se fait approcher par la police, l’ordre de mission change : «Pourrais-tu l’exécuter au lieu de le torturer ? Maintenant qu’il a été arrêté, j’ai peur qu’il balance des infos.» Les enquêteurs ont donc simulé une scène de crime afin de «prouver» la mise à mort de la cible. Une scène à ce point réaliste que l’administrateur de Silk Road, victime de sensiblerie tardive, répond : «Je suis un peu perturbé mais, c’est O.K pour moi.»
 
Ce n’était pas la première fois que le big boss de Silk Road avait recours au service d’un tueur à gages. L’année dernière, l’homme est soupçonné d’avoir tenté de faire assassiner un de ses employés. Ce dernier menaçait de divulguer l’identité des utilisateurs du site. Voici les faits tels qu’ils sont relatés dans le procès-verbal :
 


Au mois de mars 2012, un vendeur sur Silk Road connu sous le pseudo FriendlyChemist commence à envoyer des menaces à Dread Pirate Roberts en utilisant le service de messagerie privée de Silk Road. Dans ces messages, FriendlyChemist déclare qu’il a en sa possession une liste de noms et d’adresses de vendeurs et clients de Silk Road, qu’il a obtenu en hackant l’ordinateur d’un autre vendeur. Le maître-chanteur menace de publier cette liste sur internet à moins qu’Ulbricht ne lui verse la modique somme de 500 000 dollars. Cette somme, avance-t-il, servira à rembourser des dettes contractées auprès de ses fournisseurs.
 
Afin de montrer qu’il ne plaisante pas, FriendlyChemist envoie un extrait de cette liste à DPR, ainsi que les coordonnées du vendeur dont il a hacké l’ordinateur. L’administrateur demande alors au maître-chanteur qu’il soit contacté par les fournisseurs afin de travailler à une solution.
 
Un certain «redandwhite» entre alors en contact avec DPR. Il se présente comme le fournisseur à qui FriendlyChemist doit de l’argent. Ulbricht rédige alors ce message :
 
«Afin d’être tout à fait clair, je ne lui dois pas d’argent… Je ne suis pas certain de la meilleure décision à prendre, mais je voulais entrer en communication avec vous pour voir si nous pourrions trouver une solution qui convienne à tout le monde. FriendlyChemist sur la touche, nous devrions parler du moyen de faire des affaires ensemble. De toute évidence vous avez accès à des substances illicites en grande quantité, et vous avez des problèmes à cause de mauvais distributeurs. SI vous n’êtes pas encore vendeur sur Silk Road, j’aimerais que vous envisagiez la possibilité de le devenir.»
 
Réponse de «redandwhite» : «Si vous pouvez vous arrangez pour que FriendlyChemist vienne à notre rencontre, où qu’il rembourse ses dettes, je suis sûr que je pourrais trouver quelqu’un parmi nous qui puisse tester cette facette online de notre business.»
 
Ulbricht va droit au but à sa missive suivante : «A mes yeux, FriendlyChemist est responsable de ses actes et ça ne me poserait pas de problème qu’il soit exécuté. Je ne sais pas quelles infos vous avez déjà sur le type, mais je peux déjà vous communiquer les renseignements suivants en attendant son adresse.» Renseignements qui sont les suivants : un nom, une localisation (White Rock, British Columbia, Canada), un statut : marié + trois enfants.
 
N’ayant plus de nouvelles de DPR depuis un certain temps, FriendlyChemist se manifeste à travers un nouveau message menaçant et pose un ultimatum de 72 heures. Ulbricht contacte à nouveau «redandwhite» et se montre plus pressant : «FriendlyChemist me cause à nouveau des soucis et j’aimerais poser un contrat sur sa tête, si ça ne vous ennuie pas. Quelle serait la somme adéquate pour vous motiver à le débusquer ?» Puis, dans un autre message : «Il menace de divulguer l’identité d’un certain nombre de mes clients. Ce type de comportement est inacceptable, spécialement sur Silk Road où l’anonymat est sacro-saint.»
 
Prix du contrat : de 150 000 à 300 000 dollars, suivant le taux de «propreté» exigé. Des négociations commencent. La somme convenue sera de 1670 bitcoins, soit à peu près 150 000 dollars avec les taux d’échange de l’époque. Le 1er Avril, DPR reçoit un nouveau message de «redandwhite» : «Votre problème n’en est plus un. Dormez tranquille, il ne fera plus jamais de chantage à qui que ce soit. Jamais.» Le tueur envoie par la suite une photo du cadavre  avec, à côté, une série de lettres aléatoires demandées par Ulbricht afin de prouver l’élimination de la cible.

S’il ne fait aucun doute qu’Ulbricht a commandité un assassinat, il ne sera toutefois pas chargé d’homicide car l’enquête échouera à exhumer un cadavre. Les autorités canadiennes n’ont aucune trace d’un homicide commis à White Rock, en Colombie-Britannique aux alentours du 1er Avril 2012. La bonne blague.
 
Suite à la fermeture du site Silk Road, Bitcoin a perdu 15% de sa valeur. La monnaie était massivement utilisée sur cette plateforme. Echangé à 145$ il y a quelques jours encore, un Bitcoin vaut aujourd’hui approximativement 126$. Une dévaluation, certes, mais qui est loin d’être un crash.
 
SIlk Road donnait depuis des années une très mauvaise image des possibilités offertes par la crypto-monnaie, très prisée par les libertariens du Net. Presque 1,2 milliard de dollars de transactions ont été effectuées grâce au Bitcoin sur le Silk Road depuis sa création. Sur le site Bitcoin.fr, on peut constater que de nombreux adeptes de la devise virtuelle se réjouissent de la fermeture du site.
Par Alexandre Coste - Marianne
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