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Mêmes atouts, mais aussi mêmes faiblesses. Pour le site new-yorkais The Daily Beast, le parcours de Ségolène Royal n'est pas sans rappeler celui de l'Américaine Sarah Palin, autoproclamée "pitbull avec du rouge à lèvres". Les deux femmes, l'une socialiste, l'autre républicaine, savent à merveille profiter du délabrement de leur parti pour se faire entendre.

 

 

 


Ségolène Royal arrive au bureau de vote de Saint-Martin-les-Melle, pour voter sur la rénovation du parti socialiste, le 1er Octobre 2009

Ségolène Royal arrive au bureau de vote de Saint-Martin-les-Melle, pour voter sur la rénovation du parti socialiste, le 1er Octobre 2009

 

 

Arrêtez-moi si cela vous dit quelque chose : une femme politique très en vue – et très séduisante – sème le trouble dans son parti. Elle compte des partisans passionnés, convaincus pour beaucoup qu'elle pourra redresser son parti, aujourd'hui bien mal en point. Comment ? Par son esprit franc-tireur, son écoute des gens simples, son charisme "chaleureux" et son étonnante capacité à occuper le devant de la scène. Voilà encore quelques indices : ultracontroversée, cette mère de famille fière de l'être peut donner l'impression d'être narcissique face au mauvais micro. Gaffeuse ? Plutôt deux fois qu'une – comme lorsqu'elle a loué le système judiciaire chinois pour son efficacité. Mais son plus beau coup, incontestablement, a été d'entraîner son parti dans la défaite lors d'une élection présidentielle à sa portée. Avec un peu de chance, elle pourrait tenter le doublé.

 

La candidate en question est Ségolène Royal, qui a failli devenir la première présidente de la France en 2007, mais a été battue par Nicolas Sarkozy. Si son "habillage" politique rappelle furieusement Sarah Palin, leurs programmes restent toutefois presque diamétralement opposés. Ne serait-ce que parce que Royal est une socialiste rouge*. Mais leur impact sur leurs partis respectifs, tous deux en pleine déconfiture, pourrait se révéler identique. Jugez plutôt : le Parti républicain et le Parti socialiste (PS), même s'ils font du bruit, sont désormais des formations affaiblies, incapables de s'entendre en interne sur un programme constructif. Mais, tandis que les socialistes s'efforcent de proposer une alternative crédible, leur plus grande distraction dans l'immédiat est peut-être cette anticonformiste qui persiste et signe – même si elle peut facilement passer pour une attraction.

 

Voyez ce qui s'est passé lors de la réunion du Parti socialiste à Dijon le 14 novembre [réunion intitulée "Rassemblement social, écologique et démocrate"]. Les organisateurs avaient insisté pour que les candidats potentiels à la présidence (comme Royal) n'y participent pas, tandis qu'ils tenteraient de jeter les bases d'une large alliance politique allant du centre à l'extrême gauche, avec pour objectif de remporter les élections régionales [en mars 2010] puis d'évincer l'actuel président de droite [en 2012]. Cela n'a pas empêché notre anticonformiste de s'inviter à Dijon avec une équipe de télévision. Son ancien lieutenant de campagne, Vincent Peillon, qui avait organisé le rassemblement, était furieux, faisant valoir que l'égocentrisme de l'ex-candidate – certains parlent plus simplement de "ségolénisme" – entravait la bonne marche du parti. D'autres socialistes éminents ont qualifié d'"absurde et pathétique" ou d'"écœurante" la prise de bec qui s'est ensuivie entre Vincent Peillon et Ségolène Royal. Ils pressentaient ce que les sondages n'ont pas tardé à confirmer : le dernier épisode du Ségo Show a gâché une année d'efforts en vue de redresser le parti. Un récent sondage BVA révèle l'étendue des dégâts : 62 % des électeurs estiment que le PS est revenu à sa situation d'il y a un an [avant le congrès de Reims, en novembre 2008, où Martine Aubry avait été élue secrétaire générale du PS].

 

Un autre sondage a apporté des mauvaises nouvelles dans un registre différent. Le seul socialiste à bénéficier d'une meilleure cote que le président Sarkozy est Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international (fonction qui lui permet de rester au-dessus de la mêlée socialiste). Malheureusement pour lui, Royal a déjà prouvé, lors des primaires socialistes de 2007, qu'elle pouvait battre ce technocrate. Reste à savoir si elle se représentera en 2012. Entre-temps, Royal ne semble pas faire grand-chose (pas plus que Palin, d'ailleurs) pour surmonter ses insuffisances, et notamment l'inexpérience dont elle a fait preuve lors de la dernière campagne. De toute évidence, les deux femmes n'ont pas non plus travaillé à combler leurs lacunes en politique étrangère ou en économie, comme le feraient des candidats plus traditionnels.

 

Pour deviner les projets de Royal, il faut peut-être revenir à sa dernière défaite. Après avoir obtenu près de 47 % des suffrages [à la présidentielle de 2007] – environ autant que John McCain et sa colistière Palin –, Royal a déclaré que ce n'était pas mal pour une première fois. Déclaration qui ne suscita que des haussements d'épaules dans l'état-major du PS. L'anticonformiste américaine, tout en se plaignant de la frilosité des stratèges républicains, pourrait elle aussi estimer qu'elle a toutes les chances de l'emporter [en 2012], à condition d'avoir les coudées plus franches et de bénéficier d'une meilleure couverture médiatique.

 

Eric Pape | The Daily Beast - http://www.courrierinternational.com

* En français dans le texte.

Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 05:52
- Publié dans : Observation Politique
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