Sarkozy et le droit d'inventaire: allons-y!

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !


Mai 2012, Nicolas Sarkozy quitte l'Elysée - DELALANDE RAYMOND/SIPA
Mai 2012, Nicolas Sarkozy quitte l'Elysée - DELALANDE RAYMOND/SIPA
Jean-François Copé s’y est mis à son tour, sans d'ailleurs manquer d'humour (involontaire, précisons-le). Puisque l'UMP dispose désormais d'une véritable direction - comprenez lui, Copé, président à la fois élu et tricheur, mais les militants, sympathisants et électeurs UMP finiront par oublier, pense-t-il...-, il est donc possible, opportun même, d'ouvrir un débat sur les années Sarkozy.

Dans leur langage, ça s'appelle le droit d'inventaire, expression jadis forgée par Lionel Jospin quand il s'agissait de l'appliquer aux septennats de François Mitterrand. Alors donnons quelques exemples de sarkozysme appliqué qui, en effet, mériteraient retour en arrière, analyses, explications, polémiques et même, pourquoi pas soyons fous en cette fin d'été, mea culpa!
 
1. L'invention perverse d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale.
Y- a-t-il en France des problèmes, des difficultés (souvent), des drames (parfois) liés à l'immigration et à des immigrés? Il ne reste plus que quelques sociologues avachis, quelques gauchistes vieillissants et les derniers apôtres d'une gauche dite morale, mais avant tout grande bourgeoise, pour le nier, contribuant ainsi, par leur dénégation, au malheur de l'immense majorité des immigrés. Les Français entretiennent-ils un rapport difficile, voire tortueux à leur identité nationale? Oui, sans doute mais moins qu'on nous le serine et, pour partie, en raison de l'influence sans cesse croissante des « déclinistes » qui se sont fait un genre,  une doctrine et une pratique de maltraiter notre pays.

Nicolas Sarkozy a donc eu raison de poser haut et fort ces deux questions. Il a en revanche commis un pêché contre l'esprit (et contre la République) de les lier. Car les lier en un seul et même ministère rendait évidemment les immigrés uniques responsables de nos troubles identitaires.

Ce qui était un mensonge factuel.
Ce qui était une violence contre la démocratie.
Ce qui était le premier alignement d'un président de la République sur l'une des thèses fondatrices du Front National.

L'épouvantable discours de Grenoble, à l'été 2010, n'aura été que le prolongement de cette décision initiale. Si l'UMP de Copé est aujourd’hui vampirisée par l'extrême-droite, il faut en trouver là l'origine. Si l'UMP de Copé ne sait plus comment se défaire de Marine Le Pen sinon en s'alignant sur de nombreuses thématiques FN, c'est en raison notamment de cette grossière erreur de l'ex-président.  Sans doute, de cette époque, l'influence du conseiller Patrick Buisson était-elle déjà à son zénith, mais les journalistes ne le racontaient pas encore par le menu. 

Le rôle de Buisson dans la droitisation idéologique et théorique de la droite, le rôle de Buisson dans l'élaboration d'un corpus a-républicain à fortes réminiscences pétainistes avec la complicité de Sarkozy, de Copé et de quelques autres : voilà aussi qui mérite inventaire.

2. La fascination pour l'argent et pour les plus riches.
Il n'a rien compris, rien entendu, rien retenu. Nicolas Sarkozy est décidemment indécrottable: cet été, palais et jet privé mis à sa disposition par le roi du Maroc, photos (volées) dans Paris Match. Il recommence toujours pareil. Il est mort par le bling bling; il ne renoncera jamais au bling bling et à ses idoles, les plus riches des riches.

Ca, c'est la névrose de Nicolas Sarkozy et on pourrait considérer qu'elle ne concerne que lui. Or la droite toute entière est frappée de plein fouet par ce rapport maladif à l'argent et aux riches. Pour retrouver le pouvoir, l'UMP devra prouver que ses chefs ne sont pas au service (symbolique) de la finance. Pour cela, il faudra s'éloigner de Sarkozy. Ce n'est pas gagné.

3. Un président et « son »  parti peuvent-ils systématiquement s'en prendre à la justice et aux juges?
Voilà une des tares du précédent quinquennat: la mise en cause permanente de la justice et des juges par définition malveillants et gauchistes. L'affaire est d'ailleurs paradoxale: les Français se rangeraient volontiers du côté de Sarkozy, estimant eux aussi les magistrats « trop laxistes ». Mais ils ont instinctivement compris, avant même que les affaires n'éclatent, que l'ex-président conduisait un combat personnel et ça, ils n'aiment pas.

Au-delà de ce règlement de compte, en admettant même que Sarkozy eut parfois raison de s'en prendre à la pratique des juges, un parti authentiquement républicain, un parti en mesure de gagner les élections présidentielle et législative, bref un parti de gouvernement, a-t-il le droit (moral et politique) de passer la justice, aussi défaillante soit-elle, à la moulinette de la dénonciation en boucle? Evidemment pas. Là encore, Copé et les siens devront en revenir à une conception et à une application autrement plus strictes de nos institutions.
 
Au tour des internautes de Marianne de prolonger, commenter, amplifier cet inventaire à la Sarkozy. Ce sera un des débats de la rentrée: quelle droite pour quelle république.
Par Maurice Szafran - http://www.marianne.net/

Publié dans Dans l'actualité

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