Sans Borloo, quel avenir pour l'UDI ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Après deux mois et demi de convalescence suite à une pneumonie carabinée, Jean-Louis Borloo vient de « clarifier sa situation » — selon son expression — en décidant de « mettre un terme à ses fonctions et mandats ». En coulisses, les cadres de l'UDI aiguisent déjà leurs couteaux, tous prêts à se porter volontaires pour succéder au patron retiré. Alors... Qui pour diriger le centre, cette « brouette pleine de grenouilles qui sautent dans tous les sens » ?


Jean-Louis Borloo, en janvier dernier, au congrès du MoDem (WITT/SIPA)
Jean-Louis Borloo, en janvier dernier, au congrès du MoDem (WITT/SIPA)
«Un parti a besoin d'un chef. » Cette évidence, c'est François Bayrou, fraichement élu à la mairie de Pau, qui nous la martelait au lendemain de sa victoire. Le Béarnais faisait, ce jour là, allusion à l'UDI, justement, ce regroupement de « chapelles » de centre-droit, si difficile à diriger. Jean-Louis Borloo avait, selon lui, réussi l'exploit de mettre du liant et même de l'harmonie dans cet étrange attelage composé, entre autres, du Nouveau centre, du Parti radical valoisien et de l'Alliance centriste. A entendre Bayrou, l'UDI ne tenait que par et — tant que Borloo se disait en retrait provisoire — pour son chef. Alors, aujourd'hui privé du patron-conciliateur Borloo, quel avenir pour l'équipage centriste ?
 
Aussitôt le courrier du président de l'UDI envoyé, la direction collégiale par intérim du parti (Yves Jégo, Hervé Morin et Jean-Christophe Lagarde) annonçait-elle la tenue dès ce mardi 8 avril d'un comité exécutif chargé de désigner « une organisation de transition » jusqu'aux élections européennes. Les uns et les autres n'ont pas encore fini de regretter l'effacement de Borloo que déjà les candidats à son remplacement s'affrontent en coulisses. Le député de Seine-et-Marne, Yves Jego, qui assure la coordination de l'UDI depuis le début de la convalescence du chef, pourrait avoir envie de poursuivre dans cette voie. Hervé Morin, député de l'Eure et leader du Nouveau centre, deuxième parti fondateur de l'UDI, serait également légitime pour en revendiquer la présidence. Reste enfin l'ambitieux Jean-Christophe Lagarde, député de Seine-Saint-Denis, qui rêve d'un destin national et ne rechignerait pas à prendre la présidence du troisième parti d'opposition, gage de visibilité et de notoriété. Finalement, pour mettre d'accord tout ce petit monde, une direction collégiale temporaire semble encore la meilleure solution.

Vers une OPA de Bayrou ?

A moins qu'un chef venu de l'extérieur ne tente une OPA sur le parti en mal d'unité. François Bayrou, dopé par sa victoire paloise, aurait-il envie de tenter le coup ? Selon le baromètre mensuel CLAI - Metronews - LCI, à paraître le lundi 7 avril, le patron du Modem vole la vedette à François Fillon en s'imposant comme second meilleur leader de l'opposition, derrière Alain Juppé. De quoi donner au Béarnais l'envie de remettre un pied dans l'arène nationale. Et pourquoi pas en amarrant le mouvement démocrate à l'UDI ? « Ça ne correspond pas à son ambition, lui voit un centre plus large encore », décrypte l'un de ses anciens compagnons de route. Et de toutes façons, « Bayrou n'est pas le bienvenu !, tranche un cadre UDI. Son soutien à Hollande n'a toujours pas été digéré par nos militants, encore moins depuis qu'Hollande se révèle nul. » Garde quand même à ne pas trop sous-estimer François Bayrou... Jusqu'à preuve du contraire, il est le seul à avoir amener le centre aux portes du second tour d'une élection présidentielle. Ce que l'intéressé ne se prive d'ailleurs jamais de rappeler : « 20% à la présidentielle, ce n'est pas à la portée de tout le monde ! » Certes.
 
Et si l'UDI, incapable de se trouver un nouveau chef, finissait par se « refragmenter » ? Même l'optimiste Morin reconnaît que le risque existe : « Si le nouveau dirigeant ne plaît pas à tout le monde, il y a fort à parier que certains quitteront le navire. » Et pourquoi pas, même, pour rejoindre le navire amiral initial : l'UMP. Il suffit, pour le croire, de jeter un coup d'œil aux tweets décontenancés d'Arnaud Dassier, vice-président du Parti libéral allié à l'UDI, une fois la décision de Borloo rendue publique : « L'UDI est morte. » Puis : « Le ‪@PartiLiberal avait rejoint l'UDI à la demande de ‪#Borloo sur sa vision. Sans lui, je crois que nous n'avons plus rien à y faire. » Sans Borloo, l'avenir du centre-droit paraît, soudain, encore plus incertain.
Par Laureline Dupont - Marianne

Publié dans Dans l'actualité

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