La présidente de la région Poitou-Charentes, invitée surprise, est venue saluer sa «famille politique». Et ce malgré la désapprobation de l'eurodéputé PS, organisateur de ce rassemblement qui réunit socialistes, écologistes et centristes.
La présidente de la région Poitou-Charentes Ségolène Royal arrive aux côtés du sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, samedi à Dijon (© AFP Jeff Pachoud)
La moutarde au nez. Ségolène Royal, qui s'est invitée à la dernière minute, aux Premières rencontres du rassemblement «social, écologique et démocrate», organisées par son ex-lieutenant, Vincent Peillon, samedi à Dijon a fustigé les mauvaises manières de son «hôte». A son arrivée à Dijon, «joyeuse» de retrouver sa «famille politique», la présidente (PS) de la région Poitou-Charentes a subitement changé d’humeur, fustigeant ensuite le «dérapage verbal» de Peillon qui avait déclaré sa présence surprise «pas désirée».
«Je ne comprends pas que Vincent Peillon auquel j'ai accordé toute ma confiance et une place éminente dans l'organisation de ce mouvement puisse aujourd'hui déraper verbalement comme il l'a fait sur Europe 1», a-t-elle cinglé lors d'un point presse.
La veille, l’eurodéputé pris de court après l’annonce de la venue de Royal sans carton d'invitation, avait estimé auprès de l'AFP que cela perturbait le sens de ce rassemblement puis avait parlé de «coup médiatique» sur Europe 1. «Que tout le monde revienne dans le troupeau au sens positif du terme car on a besoin d'être chaleureux entre nous (...) Il a commis une faute politique et un dérapage verbal qui ne doit pas se reproduire», a sermonné l'ancienne candidate à la présidentielle.
Arrivée à la mi-journée, la socialiste a été accueillie sur le parvis du Palais des Congrès par le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, Jean-Louis Bianco l’un de ses fidèles, ainsi que le député (PS) Gaëtan Gorce. Applaudissements et drapeaux de sa campagne présidentielle, sur son passage.
Alors que les journalistes, très nombreux, lui demandaient si sa présence constituait un coup médiatique, elle a répondu: «Pas du tout! Je suis très joyeuse d'être là.» Et promet de s’être rabibochée avec l’eurodéputé: «Il y a des moments parfois de petite tension et des moments de réconciliation.»
Ségolène Royal s'est ensuite isolée avec ses proches dans une salle du premier étage du Palais du Congrès, où elle a finalement été rejointe, avec un peu de retard, par Vincent Peillon. Pas vraiment à la fête : «J'ai dit qu'il n'était pas souhaitable, à ce stade, que des présidentiables viennent dans cette réunion de Dijon», avait répété un peu plus tôt l’eurodéputé, à l’initiative dès août, d’une première rencontre de progressistes, ex-PCF, PS, PRD, Modem ou Europe Ecologie, qui s’était tenue à Marseille. «Pour que ça continue d'avancer, je ne voulais pas, nous ne voulions pas, que des gens (quelles que soient leurs bonnes intentions, etc...), que l'ambition individuelle affichée prenne le pas sur les idées du rassemblement», insiste-t-il.
«Ségolène, elle s'est invitée. Elle vient, elle est la bienvenue. Voilà, c'est tout», a ajouté François Rebsamen, ancien porte-parole de la candidate en 2007, qui assure ne pas avoir «une once de divergence avec Vincent Peillon»: «On est en train de construire quelque chose. Ce quelque chose ne se construit pas autour d'un ou d'une présidentiable.»
Royal avait en effet, quelque peu forcé la main des organisateurs, en décrétant sa venue, la veille au soir, sur son site Désirs d’Avenir: «Il s'agira pour Ségolène Royal de venir féliciter et encourager ses amis engagés dans une réflexion de fond sur un sujet qu'elle considère et a toujours considéré comme majeur pour l'avenir, l'éducation», était-il écrit. D’où la «surprise» de Peillon qui avait trouvé «dommage de venir un peu perturber le sens de ce qu'on essaie de construire».
Autre présidentiable, François Bayrou n’avait pas non plus été convié: «Il s'agissait de demander à ceux qui ont une volonté de pouvoir de se mettre à côté», rappelle Peillon, chef de file du courant (PS) L’Espoir à gauche, qui a soutenu Royal au Congrès de Reims mais a, depuis, pris son autonomie.
A l'inverse, Gaëtan Gorce s'est félicité, dans un communiqué, de la venue de Royal, qualifiée de «bonne nouvelle» : «Il faut, dans l'intérêt de la gauche et du PS, retrouver un élan qui brise les tabous, dépasse les frontières, surmonte les querelles de personnes. Notre souci, au sein du PS comme à l'extérieur, doit être d'additionner, d'additionner sans cesse, pour créer les conditions d'une véritable alternative», juge le député de la Nièvre.
Dans ce contexte, le PCF a eu beau jeu de dénoncer, dans un communiqué, «la bataille des egos et des ambitions personnelles» de Dijon et une tentative de «recomposition politique pour une alliance d'une partie de la gauche avec une partie de la droite», qui constituent «la meilleure des recettes pour un échec en 2012 et une démobilisation de l'électorat populaire pour les prochaines élections de mars».
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