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Eurodéputé et président des commissions du Modem, Robert Rochefort a présenté hier au bureau exécutif le programme qui sera débattu au Congrès d'Arras. De la fiscalité aux banlieues en passant par la relance, il nous livre les grands lignes de ce programme.



Marianne2 : François Bayrou s'est fait très critique sur la question de la dette publique, malgré les difficultés économiques liées à la crise. Le programme du Modem est-il plus conciliant avec l'idée de grand emprunt ?
Robert Rochefort :
Non : notre position reste la même, nous sommes contre le grand emprunt dans le sens où il aggrave la dette de la France et où il n'est qu'un saupoudrage. Tel que présenté par la commission Rocard-Juppé, il ne porte même pas sur le développement durable, qui est une priorité de notre programme. Nous sommes en revanche favorables à un grand emprunt européen.

Un grand emprunt européen augmente la dette des Etats qui y souscrivent, ce que vous dîtes vouloir combattre : quelle différence y a-t-il avec un grand emprunt national ?

Il y a d'abord un effet de levier que les Etats européens réunis peuvent obtenir et que la France seule ne pourrait avoir.

Ensuite, là où un grand emprunt français pourrait dégrader la « note » de la France sur les marchés, un grand emprunt européen amènerait une nouvelle signature, plus solide, celle de l'Union européenne. Cette sécurité pourra également permettre de négocier des taux plus avantageux, ce qui limitera l'endettement.

Quels investissements souhaiteriez-vous porter avec une opération européenne ?

Le grand emprunt perçu par Nicolas Sarkozy finance les dépenses courantes. Pour le Modem, il est essentiel de favoriser le développement durable en injectant des capitaux dans la recherche et le développement et la production des filières énergie, transport, construction... Ensuite, nous voulons investir dans une relocalisation viable de l'industrie en France : si nous décidons de relancer l'électronique grand public, il nous faut nous doter d'usines extraordinairement modernes pour être les plus pointus dans le secteur.
A ce titre, l'idée du rapport Rocard-Juppé de développer les partenariats public-privé est une bonne façon d'avoir l'avis des entreprises, afin de choisir les projets viables, ce que l'Etat ne sait pas faire. Enfin, nous voulons nous inspirer de la réussite allemande en nous appuyant sur les PME.

«Nous sommes favorables à l'abrogation des mesures de la loi Tepa socialement injuste.»

Nicolas Sarkozy a axé la campagne des élections régionales sur l'augmentation des impôts alors que, parallèlement, il souhaite supprimer la taxe professionnelle. Quelle est la position du Modem sur la politique fiscale en période de crise ?
Nous sommes contre la suppression de la taxe professionnelle car elle se fait à perte pour un Etat déjà trop endetté. Il n'a fait que tenir une promesse faite aux entreprises et que les gouvernements de droite se repassent depuis des années, ce qui n'était pas une priorité en temps de crise. De manière générale, nous souhaitons un moratoire sur toutes les baisses d'impôts, sauf nécessité sociale. A ce titre, nous sommes favorables à l'abrogation des mesures de la loi Tepa socialement injustes.

« Une entreprise qui joue le jeu de l'emploi et ne recourt pas trop à la précarité doit payer moins d'impôts. »

Vous êtes donc pour le statu quo fiscal ?
Non, nous sommes favorables à une autre assiette : nous voulons moduler la politique fiscale en fonction de la politique sociale des entreprises. Si une entreprise a de bon résultats mais licencie massivement, elle doit payer beaucoup d'impôt sur les sociétés, là où une entreprise qui joue le jeu de l'emploi sans recours excessif à l'intérim, au CDD ou autres formes de précarité, doit payer moins. Je défends également l'idée que les sociétés utilisant massivement le temps partiel soient sanctionnées fiscalement, car c'est une des sources du développement des « travailleurs pauvres » qu'il faut faire disparaître.

Quel mode de régulation serait pour vous préférable pour la finance ?
Nous sommes favorables à une séparation entre les banques de dépôt et les banques d'investissement. Quant à l'encadrement des bonus, malgré l'importance de certaines grandes banques françaises, le marché reste mondial.
C'est pour cette raison que nous militons pour la création d'un régulateur financier européen des banques et des assurances, ces dernières ayant également un grand rôle dans la crise depuis qu'elles sont devenues collecteurs et spéculateurs.

« La banlieue ne mérite pas un petit ministère de rien du tout : ce doit être une priorité interministérielle ! »

Comment le Modem se positionne-t-il dans le débat sur l'identité nationale ?
Tout a déjà été dit : le débat a été lancé d'une manière totalement politicienne. De la relance à l'éducation, tout notre programme tend vers une définition d'une identité nationale et d'une identité européenne.

Dans son discours de clôture des universités de rentrée du Modem, François Bayrou avait jugé que le sort des banlieues était une priorité. Comment proposez-vous concrètement de régler le problème de cette marginalisation ?
La banlieue ne mérite pas un petit ministère de rien du tout : ce doit être une priorité interministérielle ! Le premier problème, c'est le chômage des moins de 25 ans, la priorité est donc l'emploi : nous sommes favorables à la création de 100000 TPE et au lancement de 50 grands projets dans les quartiers bénéficiant de facilités administratives et fiscales.
Il faut également le retour d'une police de proximité mais qui soit une police humaine, en même temps qu'une restauration des services publics dans les zones difficiles.

« 100% des enfants doivent sortir des classes élémentaires en maîtrisant la lecture, l'écriture et les mathématiques ! »

Le président du Modem avait également insisté sur les questions d'éducation : que proposez-vous ?
Notre priorité, c'est l'école maternelle et l'école primaire : 100% des enfants doivent sortir des classes élémentaires en maîtrisant totalement les fondamentaux de la lecture, de l'écriture et des mathématiques, il ne doit y avoir aucune exception ! Pour cela, il faut adapter le cadre d'apprentissage, en laissant les professeurs déterminer leurs cours, en faisant des classes plus réduites dans les banlieues difficiles...

Le collège doit être un collège qui tienne compte des diversités qui le composent. Quant à l'université, nous sommes radicalement opposés à la logique américaine de la concurrence. Il faut structurer des réseaux entre facultés et grandes écoles en les rapprochant de la recherche. Par ailleurs, nous voulons retarder la spécialisation, en imposant un tronc commun jusqu'à la licence.

La loi Hadopi continue de faire débat autour de la défense de la création artistique : quel est le programme du Modem pour le financement de la culture ?
Nous sommes favorables à un forfait illimité de consultation de contenus culturels de type licence globale. Par ailleurs, il nous semble essentiel de conserver un secteur non marchand dans la culture, notamment pour gérer les oeuvres libres de droit. Nous contredisons également l'idée selon laquelle les logiciels libres seraient une menace pour l'économie : nous sommes persuadés qu'ils peuvent favoriser la création d'emplois.

Par Sylvain Lapoix - http://www.marianne2.fr/
Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 05:35
- Publié dans : Observation Politique
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