Prisons : Derrière la surpopulation, les trafics

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Fresnes c’est les « braqueurs de gros calibre », Nanterre c’est plus « cool », Osny c’est des « sauvages ». Un détenu témoigne.


Prison de la Santé - GIOS/LE PARISIEN/SIPA
Prison de la Santé - GIOS/LE PARISIEN/SIPA
« Les prisons seront conformes à nos principes de dignité » promettait celui qui n’était alors que candidat. Un an après l’accession au pouvoir de François Hollande, rien ou presque n’a changé pour les 67 977 détenus comptabilisés dans les prisons françaises par l’administration pénitentiaire au 1er juin. Un record. Jamais les prisons n’ont été aussi peuplées, aussi oubliées ?
 
Que sait-on vraiment des conditions de détention ? Si les témoignages d’anciens détenus se multiplient, très peu d’images filtrent de l’intérieur des 191 centres pénitenciers que compte l’ensemble du territoire. Quand deux détenus de Fleury-Mérogis décident de filmer clandestinement, fin 2008, huit mois de leur incarcération, la réalité brise enfin un silence masqué par l’absurdité du système carcéral : avec une rémunération s’élevant à 4,15 euros par heure et des « cantines » à peine inférieures aux prix en vigueur dans les supermarchés - 60 centimes la boîte de raviolis pur bœuf, 86 centimes le paquet de riz ou encore 6,30 euros le paquet de cigarettes à Fresnes en 2011), les détenus (autorisés à travailler) vivent bien en dessous du seuil de pauvreté.
 
Pour pallier une précarité que les mandats envoyés par des familles, souvent modestes, ne parviennent pas à enrayer, la débrouille voire les trafics s’organisent. Cannabis, téléphones portables, alcool tout s’échange, « tout se vend » confirme Paul* détenu depuis trois ans pour de multiples délits.
 
« Le cannabis ici c’est la monnaie d’échange. Seuls les gars en place (les anciens) ont de l’argent. Une minorité. Les autres soit ils ont du shit, soit ils vont le chercher de force quand on ne veut pas leur en donner. Même les non fumeurs finissent par fumer » confie-t-il.
 
Un système connu de tous, notamment des surveillants. « Beaucoup l’acceptent sans le dire ouvertement, une manière pour eux d’acheter la paix. S’ils sont cool on est cool. D’autres y participent carrément. Pour ceux-là il y a deux catégories. Il y a les « gros voyous ». Je me souviens d’un surveillant à Fresnes qui nous avait fait rentrer de l’alcool (75cl de vodka dans une bouteille d’eau) et un téléphone contre 150 euros. Il grossissait ses revenus comme ça. Les autres ils sont obligés, menacés. Fresnes c’est une petite ville dans la prison. Les surveillants habitent là, dans les logements de fonction, pas loin des familles des détenus qu’ils surveillent. Ils vont tous au même marché. (…) Ils sont bizarres les surveillants, se balancent entre eux » poursuit-il. 
 
Soumis au droit de réserve, interdits de faire grève, les agents pénitenciers ont pourtant largement manifesté mardi matin devant près de 60% des établissements -110 au total - pour exprimer leur « ras le bol », face à la « déroute » de la politique carcérale. Feux de palettes, de barricades, ou de pneus ont retardé voire bloqué le fonctionnement des prisons ; parloirs, extractions de détenus etc. Ont-ils été entendus ou resteront-ils dans ce huis clos qui les rapproche paradoxalement des détenus ?
 
« Pour faire rentrer ce que t’as besoin, tu dis à un gars dehors ; « j’ai terrain (promenade) à telle heure ». Si le mec est grand, qu’il lance bien, à un endroit précis entre deux divisions à Fresnes ça arrive directement sur le terrain. Le surveillant ne remarque rien ou fait semblant. Même s’il voit il va pas descendre tout seul au milieu des détenus, surtout que tout disparaît vite. J’en connaissais un qui savait que j’avais un téléphone. Il buvait de l’alcool, un « daron » de 45 ans qui me parlait de sa femme.  »

Confidents, seuls témoins d'un fonctionnement que les pouvoirs publics tardent à réformer, que la société continue d'ignorer, surveillants et détenus, ni « victimes, ni bourreaux », cohabitent dans un équilibre fragile ; Fresnes c’est les « braqueurs de gros calibre », Nanterre c’est plus « cool », Osny c’est des « sauvages, ils en sont encore à voler des baskets pendant la promenade, à 30/50 sur un mec » etc. En attendant, une barrette de shit s’échange toujours pour 50 euros en prison contre 20 euros dehors. On pourra également y trouver :


1 téléphone simple pour 100 euros.
1 téléphone avec appareil photo pour 150 euros.
1 téléphone avec internet pour 250 euros.
1 puce pour 30 euros ou encore 1 gramme de coke pour 150 euros.
Pour les cachetons, c’est gratuit. Le subutex, (traitement de substitution) est prescrit par les médecins. « Ca défonce à mort à cause des opiacés. Certains le cuisinent même dans leurs aliments ».


* Le nom a été changé
Par Patricia Neves - http://www.marianne.net/

Publié dans Dans l'actualité

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