Pourquoi Cécile Duflot doit quitter le gouvernement !

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !


Cécile Duflot et Nicolas Hulot, Et si elle s'en allait? Et si l'écologie arrivait? - FACELLY/SIPA
Cécile Duflot et Nicolas Hulot, Et si elle s'en allait? Et si l'écologie arrivait? - FACELLY/SIPA
Que Cécile Duflot quitte le gouvernement et que l’écologie y entre en force, voilà qui devient urgent ! Difficile, et même impossible en effet qu’elle s’y niche encore davantage, alors que son désaccord touche à l’essentiel, et que la cause de la défense de l’environnement n’est pas servie comme elle pourrait l’être. Après tout, Nicolas Hulot ferait beaucoup mieux l’affaire…

Imaginons un instant que la ministre du Logement n’ait été qu’un bloc de sincérité, et qu’elle n’ait en aucune façon tenté par une manœuvre politicienne de ressouder derrière elles des troupes désorientées par les désaffections et les critiques contre la politicaillerie vaine des Verts accrochés au pouvoir comme la vérole au bas clergé breton. Oui, prenons au sérieux, un moment, cette hypothèse, et accordons crédit à cette femme d’engagement de convictions fortes et anciennes.

Après tout, le mouvement qu’elle a longtemps dirigé, et qu’elle tient encore en sous-main, a toujours défendu les exclus, et les immigrés, plus encore parfois que l’écologie. Au point même de symboliser un angélisme laxiste qui a fait beaucoup de mal à la gauche, tant fut tardive sa révolution sécuritaire impulsée par les maires de banlieues et de grandes villes.

Mais si donc Cécile Duflot est parfaitement sincère et considère qu’avec les Roms Manuel Valls était allé « au delà de ce qui met en danger le pacte républicain », alors elle n’a d’autres choix que de quitter l’équipe gouvernementale, comme en d’autres temps Jean-Pierre Chevènement avait eu le courage de le faire. Car peut-être n’en avait elle pas pris connaissance avant ( ?!!!!), mais la politique du gouvernement, comme l’avait souligné sa porte parole Najat-Valaud Belkacem  après le conseil des ministres, est celle « défendue avec fermeté et humanité par Manuel Valls »…

On peut discuter de l’équilibre entre ces deux termes, considérer que le ministre de l’Intérieur eut été mieux inspiré d’avancer avec plus « d’humanité encore que de fermeté », mais c’est lui qui porte la politique validée par le Président. Et sa collègue du Logement si elle l’avait ignoré, ou si elle considérait que Manuel Valls allait au delà de ses prérogatives pouvait toujours dans une gouvernance commune bien comprise se retourner vers Jean-Marc Ayraut, le chef du gouvernement,  il existe, plutôt que d’interpeller publiquement le Président de la République, ce qui revenait à le placer dans une position pour le moins délicate, pour ne pas dire impossible.

L’indélicate en effet le mettait en demeure publiquement de choisir entre ses deux ministres au risque de faire exploser sa majorité. François Hollande n’avait plus de choix qu’entre de mauvais choix, puisque s’il ne bouge pas, il accrédite sa réputation de mollasson et s’il tranche plus nettement encore qu’il ne l’a fait en faveur de Valls, il affaiblit la majorité à quelques mois des élections municipales et européennes.

Ajoutons que cette situation impossible lui a été imposée au soir même d’une équipée à Florange, qui avait été bien menée rennes serrées, sans faute de conduite ni d’images, ce qui était un exploit rare. Or, patatras…C. Duflot a volontairement tout parasité, ce qui revenait à nuire au Président à qui elle doit pourtant beaucoup, à commencer par son poste ministériel…

On dira qu’elle n’est pas la première à avoir fait entendre des fausses notes dans cet orchestre où se produit en moyenne un couac par semaine. Certes. Mais ce n’est pas un couacounet ; c’est un « canard… de barbarie », si vous me permettez l’expression. Celui-ci touche à l’essentiel. Il ne s’agit pas d’une discordance mineure sur le niveau de la TVA ou même d’une dissonance plus grave sur l’équilibre justice-sécurité, mais d’un désaccord sur les valeurs républicaines, sur ce qui fonde censément le pacte suprême, non seulement entre les partis démocratiques mais entre les citoyens. C’est une rupture de ce pacte qui avait produit le divorce du pays avec Nicolas Sarkozy, que nous avions alors qualifié de « voyou », car il avait assimilé cyniquement délinquance et immigration.

Ce que n’a pas fait Manuel Valls. Pas plus qu’il n’a limité les naturalisations, au contraire il les a doublées, pour ne prendre que cet exemple. Mais si vraiment Duflot et ses proches croient à l’amalgame qu’ils répercutent entre les deux ministres de l’Intérieur, alors encore une fois une rupture fondatrice s’impose. La ministre du Logement ne saurait demeurer une seconde de plus à la même table ministérielle que celui qu’elle tient pour un « voyou qui brise lui aussi le pacte républicain ».

Ajoutons que pour l’écologie elle-même, le départ de Duflot pourrait être bénéfique, car son bilan vert est pour le moins gris. Ne parlons pas de sa loi sur le logement, qui n’est pas bouleversifiante : on pourra en peser plus tard les conséquences positives ou négatives. Mais la cause de l’environnement, qu’elle est censée incarnée, ne tient pas elle la place, première, qui devrait être la sienne. Alors même que l’opinion a évolué en sa faveur, alors que la défense de la nature est devenue une priorité face aux catastrophes environnementales que les Verts avaient prévues mais dont ils se sont désinvestis, la candidate de ce parti qu’elle soutenait, Eva Joly, a tout juste dépassé les 2% !!!

Aucune autocritique ne s’en est suivie, notamment sur leur gauchisme infantile. Aucun examen de conscience ni de projet : trop heureux des places qui leur étaient offertes – par Hollande !- aux parlements comme au gouvernement, ces mouvementistes héritiers de 68 se sont assis comme on s’endort dans leurs fauteuils, et n’ont plus porté ni approfondi cette grande idée d’une sortie de crise écologiste, qui faute de défenseurs n’a cessé de reculer. L’écologie à cause d’eux, se réduit à ne plus être qu’une fiscalité…

Certes, les socialistes, et François Hollande le premier ne les ont pas aidés, tant leur culture est imprégnée d’un culte du progrès scientifique auquel a toujours sacrifié la gauche. Ajoutons qu’ils ne se sont pas départis de leur morgue de parti dominant, loin s’en faut, et qu’ils tiennent les écologistes pour des bouffeurs de carotte et de pilpil, et souvent de dangereux illuminés, qui s’ils avaient existé autrefois auraient empêché l’érection du mont Saint Michel ou du Pont du Gard (entre autres), afin de ne préserver l’ordre naturel. Mais si cet archaïsme technocratique demeure vivace au PS, l’écologie n’en a pas moins progressé dans leurs têtes aussi, notamment grâce à leur gestion commune dans les municipalités.

Mais encore faudrait-il que l’idée écolo soit défendue par des personnalités auxquelles ils accordent du crédit. Or s’ils respectent la manœuvrière Cécile Duflot, ils n’ont aucune considération pour ce qu’elle pourrait, devrait défendre, cette idée d’alternative verte qui ne cesse de reculer depuis qu’elle est au gouvernement ! Si elle quittait le gouvernement, elle pourrait davantage s’en préoccuper et laisser venir celui dont l’entrée à plusieurs fois été ratée, Nicolas Hulot.

Cuirassé d’expériences, parfois malheureuses, l’ancien animateur d’Ushuaia jouit d’un charisme et d’une popularité sans comparaison, et peut s’appuyer sur une réflexion qui fait que lorsqu’on l’écoute, on se dit : « mais bon sang pourquoi n’est il pas au gouvernement ? » S’il y était nommé, il y aurait enfin un écologiste… Tiens et pendant qu’ils y sont, l’Elysée pourrait embaucher Yann Arthus Bertrand au service photo. Enfin ce pouvoir prendrait un peu de hauteur…
Par Nicolas Domenach - http://www.marianne.net

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