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Dans le "Tsunami numérique", Emmanuel Davidenkoff entonne une ode à l'enseignement en mode WiFi qui soulève surtout des questions sur le fétichisme connecté.


MCT/SIPAUSA/SIPA
MCT/SIPAUSA/SIPA

L'« école à la papa » a vécu, vive l'« ecole.com » ! C'est le couplet que psalmodie Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction du magazine l'Etudiant, dans le Tsunami numérique. Qu'on se le dise, l'école qui essayait d'apprendre aux élèves à lire, écrire, penser, a fait son temps. L'école du XXIe siècle (Mooc, e-learning, pédagogie « inversée ») ne tardera pas à démontrer sa puissance pédagogique, d'où l'obligation pour l'institution de surfer sur la vague qui va déferler, au risque, sinon, d'être emportée par celle-là.

 

 

Le « syndrome Kodak », c'est donc ce qui guetterait l'école républicaine, en référence à la société qui a inventé l'appareil photo numérique, quasi disparue faute d'avoir su anticiper la révolution informatique qui venait. Si le numérique ne manquera pas de bouleverser les conditions de l'apprentissage, Davidenkoff pousse très loin le fétichisme connecté, à l'image d'un Michel Serres émerveillé par les mirages du numérique. Pour l'accès à l'éducation dans les pays sous-développés, une tablette fera l'affaire. Faute d'avoir pu leur balancer la démocratie par avion, on leur balancera l'éducation en WiFi ! Un bon réseau et des applis ludiques régleront aussi la question de l'échec scolaire, de la personnalisation et de l'acquisition des savoirs dans un vaste processus d'« industrialisation de l'individualisation » ! La fermeture des « lycées casernes » suivra, avant l'apothéose : le remplacement des enseignants par des intelligences artifcielles en 2028.

En 200 pages, l'auteur, qui emprunte nombre de ses références au privé ou à des think tanks américains, réduit l'éducation à un marché mondialisé et déclame une vraie « ode à la Silicon Valley », sûr que l'avenir de l'Education nationale est à chercher du côté du campus à ciel ouvert de la baie de San Francisco. Un éblouissement qui confne à l'aveuglement quand, pour justifer l'urgence d'introduire les tablettes à l'école, il cite une experte enthousiaste chargée des technologies éducatives à Apple Canada ! Il esquisse bien des réserves sur les effets inégalitaires de ces évolutions. Pour y remédier, il suggère, cohérent jusqu'au bout, une véritable mise en concurrence du marché de l'éducation pour mieux stimuler l'école publique. Il sera temps alors de nommer Xavier Niel au ministère de l'Education numérique nationale pour parfaire ce tableau illusoire.

Le Tsunami numérique, d'Emmanuel Davidenkoff, Stock, 195 p., 18 €.

 

Par Régis Soubrouillard - http://www.marianne.net

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