L’UMP a dénoncé un sondage commandé par Terra Nova montrant que 81% des Français pensent que l’insécurité a augmenté depuis dix ans. Si les résultats sont à prendre avec des pincettes, l’UMP ne
devrait pas oublier les échecs de Sarkozy et Guéant.
La fondation Terra Nova, qui s’est lancée dans un
grand bilan de la politique de
sécurité de la droite, vient de publier un
sondage commandé à Opinionway sur
l’opinion des Français quant à l’augmentation de la délinquance.
Et le bilan apparaît comme désastreux : 81% des Français pensent que l’insécurité a « plutôt augmenté » depuis 10 ans soit depuis l'arrivée de la droite au pouvoir. Un détail : les
personnes interrogées proches de la droite sont plus sévères que celles proches de la gauche. Parmi les sympathisants du PS, 75% pensent que l’insécurité a augmenté contre 84% des
sympathisants de droite. Pour le think tank, c'est un échec pour Nicolas Sarkozy : « Le chef de l’Etat semble loin d’avoir convaincu les Français ».
Mauvaise de foi de l'UMP
Cette étude a été
dénoncée par l’UMP, par la voix
de Bruno Beschizza, ex-policier et secrétaire national du parti. Il a fustigé un sondage «
partiel et partial », décrivant Terra Nova comme «
un outil de propagande
socialiste ». Pour défendre le bilan de la droite, Bruno Beschizza a renvoyé vers les enquêtes de victimation de l’ONDRP qui iraient «
à l’encontre » du sondage de Terra
Nova.
Mais l’UMP ne devrait pas se vanter de l’enquête de l’ONDRP. Cette
enquête de
victimation est une forme de sondage de demandant aux Français s’ils ont été victimes
personnellement d’un acte de délinquance dans l'année passée. Elle ne peut donc pas être
comparée avec une question d'opinion portant sur une échelle de 10 ans. Et quand bien même on voudrait faire des comparaisons, les résultats ne sont guère plus glorieux pour Guéant et
Sarkozy.
Si la dernière enquête de l'ONDRP montre que le nombre de victimes a globalement baissé, dans le détail, de en plus de personnes se sont dites victimes d'actes violents physiquement ou
moralement. Pour exemple, la part de personnes de plus de 14 ans victimes d’un vol avec violences durant l'année a augmenté de 50% entre 2008 et 2010.
Des carottes et des navets
Pour autant, faut-il considérer le sondage de Terra Nova comme parole d’évangile ? Le problème est qu’il mesure des carottes et des navets. Avec une telle formulation : « Depuis 10 ans,
diriez-vous que la délinquance en France a… ? », on s'attend à ne trouver que des réponses générales à une question générale afin d'en tirer des conclusions sur l'adhésion de la
population à la politique de la droite (le délai commençant avec l'arrivée de la droite au pouvoir). Mais tous les personnes interrogées ne répondent pas de la même manière.
Tout d’abord, la personne interrogée peut bien évidemment avoir une lecture politique, macro-sociologique de cette question. Se posant en évaluateur de la politique de la droite depuis
2002, il jugera que l’insécurité augmente ou baisse en fonction des lois votées, de livres qu’il a lu, des statisitiques qui circulent...
Dans ce cas, le répondant produit un jugement politique donnant raison ou tort à la droite contre la gauche. Il se prononcera même s'il n'a jamais été témoin direct ou indirect d'un acte de
délinquance, sa vision étant basée sur des idées, des théories et non une expérience personnelle. De la même manière, si cette personne était interrogée sur la crise économique, elle se
baserait sur les chiffres de l’Insee, la polémique sur le triple A, évoquerait l’avenir du capitalisme financier même si elle n'a jamais perdu son emploi ou ses primes. Bref, c’est une
interprétation idéologique et globale de la question posée par l'institut de sondage.
Différentes manières de répondre
A l’inverse, un citoyen interrogé peut se baser sur sa situation personnelle et des faits très concrets. Depuis 10 ans, il ne laisse plus ses enfants sortir seuls le soir, il y a eu des
troubles dans son quartier l'an dernier, ou, au contraire, il est rassuré par l’installation de caméras de vidéosurveillance dans sa rue... Il peut aussi évoquer les faits divers dans le
journal, les conversations avec ses proches...
Sa lecture des événements ne sera pas forcément politique (au sens PS contre UMP), il peut lier la hausse de l'insécurité à la perte des valeurs éthiques chez les jeunes ou aux parents
démissionnaires, à des rues mal éclairées, le manque de loisirs dans sa ville… S’il était interrogé sur la situation économique, il parlerait des prix au supermarché ou de ses proches qui ont
perdu leur emploi et fustigerait les commerçants indélicats … Ici, on a une interprétation concrète et personnelle de la question posée par le sondeur.
Le sondage de Terra Nova pose donc le même problème que beaucoup d'autres études de ce type. Il agglomère des réponses de toutes sortes, qu'elles soient une évaluation d'une situation
personnelle ou un jugement idéologique, pour produire la même conclusion : les Français rejettent la politique de Sarkozy. Si l’UMP est de mauvaise foi, Terra Nova va un peu vite en besogne.
Seul l'institut Opinion Way s'en tire plutôt bien : la société qui fut jadis
accusée de
liens un peut trop étroits avec le pouvoir peut s'enorgueillir cette fois-ci d'être dénoncée par la droite pour les mêmes motifs.
A lire dans Marianne cette semaine, un portrait d'Olivier Ferrand, président de Terra Nova.
Samedi 7 janvier 2012
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Publié dans : Présidentielle 2012
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