NKM : Chronique d’une défaite annoncée

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Ceux qui devraient en principe soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet sont les premiers à la poignarder dans le dos et à prophétiser sa défaite... Prédire l’avenir est difficile mais pour avoir suivi le naufrage Capitale de Philippe Séguin en 2001, on peut craindre pour elle pareil échec !


NKM: Chronique d’une défaite annoncée

« La dinde va-t-elle passer Noël ? », ainsi se moque-t-on méchamment de la candidate UMP au groupe…UMP du conseil de Paris. Ceux qui devraient en principe soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet sont les premiers à la poignarder dans le dos et à prophétiser sa défaite, ainsi que l’a fait publiquement l’entrepreneur Charles Begbeider qu’elle n’avait pas réussi à imposer dans le 8ème arrondissement parisien.

« Simples difficultés passagères » ? « Trou d’air », comme veulent le croire ces jeunes ambitieux qui font carré autour d’elle ? Ou succession de fautes et d’erreurs d’une arriviste trop pressée ? Prédire l’avenir est difficile…surtout lorsqu’il s’agit de l’avenir, mais en cette affaire parisienne et pour avoir suivi le naufrage Capitale de Philippe Séguin en 2001, on peut craindre pour elle pareil échec ! Sans doute existe-t-il des différences, et de taille XXL. Mais ces deux silhouettes qui viennent d’ailleurs ont nombre de points communs.

L’une semble poser avec une grâce distante telle une actrice glamour qui tournerait un épisode d’un feuilleton d’amour et de pouvoir : la conquête de l’Elysée. Elle passe, si haute qu’elle en paraît hautaine, comme si elle faisait échasse non seulement de ses talons aiguilles, mais de ses années polytechniques…On n’ose pas lui parler de peur de ne pas être à la hauteur, à moins de se mettre sur la pointe des pieds.

L’autre était un colosse aussi massif et impressionnant que les Vosges qu’il quittait. On s’écartait devant lui, mi-admiratif, mi-apeuré, comme si on craignait une explosion volcanique. Et bien qu’il s’y connût parfaitement en foot, on ne se risquait pas à lui taper sur l’épaule, encore moins sur le ventre lorsqu’il faisait ses mots fléchés pendant la campagne ! Sa campagne a Paris n’a jamais vraiment pris. C’était comme si les parisiens ne le méritaient pas…

Aucun des deux n’avait et n’a le contact à la Chirac, l’ancien maire de Paris, qui savait se faire humble, s’incliner modestement, lui « le Grand », devant le cochon de votant comme si ce dernier était un seigneur, le personnage le plus important de la galaxie. Il embrassait même le boutonneux et sa maman qui piquait, et serrait les mains jusqu’à en avoir mal. C’est de lui, de l’électeur, qu’il tenait sa force et sa légitimité, cela valait bien, expliquait-il, « de plier le genou et la tête ».

Or NKM comme Séguin a la nuque trop raide. Et à son instar, elle n’a pas réussi à malaxer la pâte humaine de la droite pour la faire se lever derrière elle.

Il est vrai que Paris n’abrite pas les plus brillants des spécimens politiciens. Vouloir dégager le maire homophobe du 8ème arrondissement, François Lebel, ou la dynastie des Tibéri spécialisée dans la gestion des électeurs fantômes, cela semblait salutaire. On comprend d’autant moins pourquoi NKM n’y parvient pas jusqu’ici, même si la fin de ces bisbilles ridicules n’est pas écrite.

Elle y aura perdu beaucoup avec ces dissidents qu’elle traîne telles des casseroles. Philippe Séguin lui ne s’en est jamais remis !

Lui aussi n’avait pas réussi à réduire les dissidents, dont l’ancien maire alors, Jean Tibéri, à la simple bouffonnerie. Mais il n’avait pas lui non plus une ligne politique claire face à Bertrand Delanoë, à la fois plus parisien et plus à gauche. Or le gaulliste était trop progressiste pour la droite archaïque parisienne et trop à droite conservateur pour la génération montante des bobos.

Douze années plus tard, la candidate de l’UMP patauge dans les mêmes incohérences : tantôt elle attaque très violement son adversaire PS pour satisfaire ses barons et la partie de son électorat farouchement anti-socialiste, tantôt elle donne l’image cool d’une écolo-bohème, mais tellement aristo, qu’elle ne touche pas les sympathisants verts, tout en énervant ses électeurs réactionnaires. Trop bobo pour les uns, pas assez pour les autres, son grand écart lui fait perdre des appuis quand elle devrait impérativement en gagner.

Les sondages, comme pour Séguin autrefois encore, aggravent ses difficultés. Depuis qu’elle a été donnée battue dans le 14ème arrondissement où elle se présente, ses adversaires, et ceux de son camp d’abord, ne retiennent plus leurs coups. Pour les parer, elle tente de mettre en avant la dernière enquête de l’IFOP-Paris Match, que l’hebdomadaire titre pourtant « Anne Hidalgo en position de force », car celle ci arrive en tête au premier tour avec 39% des intentions de vote.

NKM, qui est devancée d’un point considère qu’il s’agit cependant d’un « bon résultat ». Sauf qu’il est enregistré aux lendemains de l’accord passé avec les centristes et qu’elle est loin de recueillir toutes leurs voix puisque près d’un quart de l’électorat modéré choisit son adversaire socialiste. En outre le Front national, estimé à 9 %, pourra donc se maintenir dans certains arrondissements, et, dans la capitale prend ses électeurs essentiellement à la droite. Il y a donc de la déperdition des deux côtés, aussi bien dans le zig que dans le zag.

Mais ce qui achève de démoraliser ceux qui tentent encore de croire en elle, c’est que Anne Hidalgo est parvenue à sortir de l’ombre de Bertrand Delanoë, et à gagner une existence propre comme autrefois celui-ci était parvenu à imposer son image.  

Simple chef de l’opposition au conseil de Paris, socialiste méconnu du grand public, il avait été projeté sur le devant de la scène par la confrontation avec ce poids lourd du RPR d’alors que certains imaginaient à l’Elysée. Son héritière a été pareillement propulsée sous les sun-ligths par la sur activité médiatique frénétique de son adversaire bien plus connue qu’elle mais qui voulait se faire voir en parisienne. Erreur que n’a pas commise François Bayrou par exemple, qui à Pau, s’est obstiné à repousser les médias parisiens pour ne faire que du local.

NKM a saturé l’espace médiatique et fait la pub de Anne Hidalgo qui est même parvenue à prendre quelques distances avec les errements du pouvoir hollandais. Ce qui n’éteint pas toutes les inquiétudes sur lesquelles l’impétrante de droite fonde ses ultimes espoirs : les déçus du hollandisme iront-ils voter ou s’abstiendront-ils ? Au premier tour il devrait y avoir de la perte à gauche, mais au second il pourrait y en avoir beaucoup moins qu’à droite.

Surtout que, vous l’avez peut-être remarqué ?, les stars nationales de l’UMP ne se bousculent pas pour venir au secours de NKM. Jean-François Copé qui s’est auto-promu récemment « président-chef de l’opposition » ne l’est pas assez pour ramener un tantinet d’ordre et de discipline dans les rangs. Pourtant il assure que « Nathalie peut gagner Paris », mais on ne sait pourquoi… l’écho renvoie avec de l’allégresse : « c’est râpé pour Nathalie à Paris »

 

Par Nicolas Domenach - http://www.marianne.net/

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