Minute, la course au buzz raciste

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Le magazine Minute fait beaucoup parler de lui ces dernières semaines avec ses Unes à caractère xénophobe. Engagé dans une surenchère polémique avec son concurrent Valeurs Actuelles, l’hebdomadaire cherche surtout à faire parler de lui. Une mission accomplie, chaque semaine.


Minute, la course au buzz raciste

Si Minute voulait choquer, c’est réussi. Si Minute voulait faire parler de lui, c’est un triomphe ! Sa Une parue mercredi a pris pour cible Christiane Taubira. « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane ». Voici le titre qui a indigné une grande partie de la classe politique et médiatique. Il fait ainsi écho aux insultes qu’essuie la ministre de la Justice depuis quelques semaines. En octobre dernier, un reportage d’ « Envoyé Spécial » avait filmé Anne-Sophie Leclere, candidate FN aux municipales de Rethel (Ardennes), comparant la garde des Sceaux à un singe, ce qui lui a valu d’être exclue de son parti. En déplacement à Angers fin octobre, la ministre a une nouvelle fois été la cible d’insultes à caractère raciste, proférés par des membres de la « Manif pour tous ». Des enfants ont notamment crié « C’est pour qui la banane ? C’est pour la guenon ! » en brandissant une banane. 
 

L’humoriste Pierre Desproges avait, en son temps, résumé ce que lui inspirait l’hebdomadaire : « Au lieu de vous emmerder à lire tout Sartre, vous achetez un exemplaire de Minute pour moins de dix balles, vous avez à la fois La Nausée et Les Mains sales. »


À sa création en 1962, le magazine traitait essentiellement du monde du spectacle et  publiait des dessins humoristiques. Le ton s’est durci au moment de l’indépendance de l’Algérie, l’hebdomadaire culturel s’est mué en journal d’opinion. S’il ne se revendiquait d’aucun parti politique en particulier, son hostilité revendiquée envers le Général de Gaulle mettait d’accord les déçus de la guerre d’Algérie et rassemblait essentiellement des sensibilités de droite. Durant les années 1970, le magazine vire à l’extrême droite. Le directeur de publication Serge de Beketch porte alors tellement bien la parole frontiste que Jean-Marie Le Pen le place à la direction du journal du parti, National-Hebdo, en 1986. Alors que le magazine se vendait à près de 250.000 exemplaires entre 1962 et 1981, les années 90 ont été très durs pour l’hebdomadaire qui a payé très cher son incapacité à choisir entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret au moment de la scission au sein du FN. L’épisode aurait pu être fatal au journal qui ne communique plus ses chiffres de ventes mais se vendrait à moins de 40.000 exemplaires, essentiellement par abonnement. 

 

Un journal d'extrême droite en rupture avec Marine Le Pen 
 

Le magazine prône le rassemblement de la droite nationaliste et souverainiste. Lorsque la guerre de Kosovo a éclaté en 1999, Minute a soutenu Slobodan Milosevic , auteur d’un génocide à l’origine de milliers de morts, en titrant : « Les Serbes nous protègent de l’invasion islamiste. Aujourd’hui le Kosovo, demain la France ». En 2006, alors que l’équipe de France de football était qualifiée pour la coupe du monde, le magazine a choisi en Une de poser la question « Y a-t-il trop de noirs dans l’équipe de France ? » Avant de titrer plus tard « Ciao voyou » sur la photo de Zinedine Zidane qui avait pris un carton rouge en finale pour avoir asséné un coup de tête à un joueur italien qui l’avait insulté sur le terrain. En 2010, Minute avait également utilisé des mots forts et symboliques contre les Bleus : « Le kärcher pour cette racaille ! » référence aux propos de Nicolas Sarkozy en 2005 alors en déplacement dans une cité de la Courneuve où il avait promis de « nettoyer la cité au kärcher », propos à l’origine d’émeutes en banlieue. 

 

Patrick Buisson, l’ancien conseiller opinion de Nicolas Sarkozy, était d’ailleurs journaliste à Minute il y a une trentaine d’années… Selon Lalettrea.fr, il aurait d’ailleurs renoué avec Minute en avril 2013. Objectif : faire du magazine un organe plus proche de l’UMP, tendance « droite forte ». C’est un combat culturel qu’aurait souhaité  engager Patrick Buisson, déjà proche de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles. L’information avait alors été démentie par Jean-Michel Molitor, le directeur de publication de Minute depuis 2002. 


Ce dernier est également directeur du Choc du Mois et de Monde &Vie, deux périodiques qui véhiculent les idées de l’extrême droite. Lors de l’élection à la présidence du FN en 2010, Minute a soutenu le candidat Bruno Gollnisch en critiquant de manière virulente Marine Le Pen. Celle-ci n’a pas manqué d’accuser le journal d’être partial et en plein conflit d’intérêt puisque la fille de Jean-Marie Molitor était très proche d’Yvan Benedetti (président du mouvement L’œuvre française) lui-même un pro-Gollnisch. L’élection de la fille de Jean-Marie Le Pen à la présidence de son parti, a sonné le glas des relations entre le mouvement et le magazine qui est interdit d’accès au congrès du Front National depuis. Les relations ne se sont pas réchauffées lorsqu’en janvier 2013, alors en plein débat sur le mariage pour tous, Minute a consacré un article sur la possible existence d’un lobby gay au sein du FN. « Le degré zéro de la politique » avait alors commenté le vice président du FN, Florian Philippot.


Concurrencé à droite par Valeurs Actuelles, le magazine est aujourd’hui en mode survie, engagé dans une surenchère polémique aux seules fins de choquer un petit monde des médias aux indignations très prévisibles.  A l’extrême droite, faire le buzz existe aussi. 

 

Par Saba Agri - http://www.marianne.net/

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