Les vraies leçons des élections allemandes

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

La politique de François Hollande ne doit pas être une décalcomanie de celle d’Angela Merkel. Sinon, il perdra sur tous les tableaux : tant en France qu’en Europe.


DDP IMAGES EDITORIAL/SIPA
DDP IMAGES EDITORIAL/SIPA

Il aura fallu attendre la défaite historique des libéraux du FDP, évincés du Bundestag, pour s’en rendre compte. Décidemment, il y a quelque chose qui ne fonctionne plus dans le système politique made in Germany. Bien que dépassant largement le seuil des 50% dans l’ensemble du pays et confortée par une victoire éblouissante de la CDU/CSU, la droite allemande est minoritaire au parlement.

Elle fait face à une gauche certes divisée, déconsidérée et humiliée mais pourtant majoritaire en sièges à Berlin. Morcelée et désunie, celle-ci est toutefois incapable de gouverner la République fédérale d’Allemagne. Politiquement, elle a perdu les élections, même si arithmétiquement elle les a gagnées. Sauf que la politique, ce n’est pas de l’arithmétique et que la défaite de la gauche allemande en ce 22 septembre 2013 est l’une des plus cruelles qu’elle a dû subir depuis 1949.

Le résultat illogique des dernières élections allemandes est le fruit de la proportionnelle qui expose ici, au grand jour, ses propres limites. A cinq sièges près, la CDU/CSU aurait pu obtenir avec ses 41,50% des voix une majorité absolue des sièges au Bundestag. Mais n’en récoltant que 311 sur 630, elle est obligée de s’allier avec un partenaire qu’elle n’aurait pas voulu avoir à ses côtés. C’est là la conséquence de la proportionnelle et du refus des Allemands de s’interroger sur la pertinence du scrutin majoritaire. Persuadés que les partis demeurent interchangeables, ils privilégient toujours  la flexibilité des alliances politiques. Mais celles-ci  peuvent être contre nature et conduire à ce que l’Allemagne vit depuis plusieurs années, à savoir une dépolitisation de ses débats de société.

Si la chancelière a largement remporté les élections allemandes, c’est qu’elle a parfaitement su dépolitiser son pays. A l’image d’Angela Merkel, la République fédérale est devenue sûre d‘elle-même, nationale et libérale. La « femme la plus puissante du monde » incarne ainsi à la perfection une Allemagne qui s’est politiquement et intellectuellement appauvrie. Aujourd’hui, la RFA est lisse, rassurante et merveilleusement ennuyeuse. Elle est performante, ce dont elle se satisfait pleinement. Et, elle est ce qu’elle a toujours voulu être, la première de la classe.

Mais de classe, pas la moindre trace lors de dernière campagne électorale. Là aussi, Angela Merkel a réussi son pari : tout miser sur sa personne et donner au superficiel la place de choix qu’il n’aurait jamais eu le droit d’avoir dans une démocratie digne de ce nom. Si l’Allemagne d’aujourd’hui est désormais celle de ses mérites, la politique allemande ne mérite pas les lettres de noblesse que certains, en RFA ou autre part, aimeraient lui attribuer. Forcés et contraints, les Verts ou plus vraisemblablement les sociaux-démocrates s’allieront avec la CDU/CSU. Mais leur marche vers une coalition ressemblera à un chemin de croix car ils iront à Canossa, ne sachant plus ou juste s’ils doivent, oui ou non, y perdre leur âme.

Mais d’âme, il ne peut plus en être question depuis que le SPD a choisi de « faire des réformes ». Sauf que ces réformes n’ont profité qu’à la droite. Ainsi les sociaux-démocrates allemands subissent aujourd’hui les conséquences inéluctables de la politique instaurée lors de son second mandat par le chancelier Gerhard Schröder. C’est pourquoi leur défaite est méritée. Responsables de leur propre échec, ils pourraient alors s’abstenir de renouer l’expérience d’une nouvelle « Grande Coalition », dirigée par Angela Merkel. En auront-ils le courage ? Rien n’est moins sûr dans un pays, où les compromis gouvernementaux peuvent même se faire au prix des compromissions politiques.             

Si l’on devait ne tirer que deux leçons du scrutin du 22 septembre 2013, deux conclusions pourraient s’imposer d’elles-mêmes. D’une part que toute coalition gouvernementale, pour être légitime, doit répondre à une logique partisane et politique. Sinon, elle traduit un déficit, une contrainte ou un malaise politique qui ne plaident pas pour la pérennité du système en place. D’autre part que la victoire d’Angela Merkel n’est pas une bonne nouvelle pour François Hollande. Qu’il se garde alors de s’inspirer du « Schröderisme », qu’il cesse de croire que « ses camarades du SPD » doivent lui servir de modèle, qu’il comprenne enfin que sa politique ne doit pas être une décalcomanie de celle d’Angela Merkel. Sinon, il perdra sur tous les tableaux : tant en France qu’en Europe. Mais là aussi, rien n’est moins sûr qu’il le comprenne.

Gilbert Casasus* - http://www.marianne.net/
*Professeur en Études européennes
Université de Fribourg / Suisse

Commenter cet article