Les Suisses ont décidé dimanche par référendum, à plus de 57 % des votants, d’inscrire dans leur Constitution l’interdiction de construire des minarets
Surprise : contrairement à toutes les prévisions des spécialistes, les Suisses se sont prononcés dimanche par référendum à plus de 57% en faveur de l’interdiction de la construction de minarets.
Désormais donc, la Constitution helvétique dans son article 72, contient un nouveau paragraphe : « la construction de minarets est interdite ».
« Ce résultat dément tous les sondages des instituts, et avec une marge d’erreur considérable, puisqu’on estimait que jamais la barre des 40% de oui ne serait atteinte », analysait hier
Jean-François Mayer, sociologue suisse des religions et animateur du site
Religioscope. Seuls quatre cantons sur les 26 que
compte la Confédération ont rejeté la proposition.
La participation s'élevait à 53,4%, un taux plutôt élevé pour les votations suisses.
Perte d’influence des grandes institutions

Pour Jean-François Mayer, on ne saurait expliquer un tel mouvement uniquement par le vote de
l’extrême-droite : « ce “non” aux minarets traverse toutes les catégories politiques de la Suisse, et représente un courant d’opinion qui craint, avec l’islam, un retour du religieux intolérant,
notamment en matière des droits de la femme ». Une opinion qui, alimentée par les peurs que nourrissent quotidiennement les médias, considère l’islam « comme le seul critère pour expliquer les
motivations et les pratiques des musulmans ».
À l’origine de cette initiative, en effet, on trouve l’Union démocratique du centre (UDC), important parti conservateur, souverainiste et populiste, et l’Union démocratique fédérale (UDF), une
petite formation conservatrice chrétienne, d’inspiration surtout évangélique, qui ont mené une campagne extrêmement agressive, dont les relents islamophobes avaient inquiété l’opinion
internationale.
Le résultat d’hier montre encore la perte d’influence des grandes institutions : le gouvernement, les principaux partis politiques, mais aussi les Églises, catholique comme protestante, avaient
pris parti fermement pour le « non ». « La peur est mauvaise conseillère », avaient mis en garde les évêques catholiques. Ils n’ont pas été entendus.
La Suisse ne compte que quatre minarets

C’est que, comme le note encore Jean-François Mayer, ce référendum « pose plus largement le problème
de la visibilité de l’islam en Europe, qui suscite une véritable inquiétude ». Le sujet visé par le référendum – le minaret – est significatif : « à travers lui, l’islam devient visible, et les
musulmans manifestent leur intention de s’enraciner durablement dans le paysage européen ».
Concrètement cependant, la Suisse ne compte que quatre minarets, dont aucun n’est utilisé pour l’appel à la prière. Le référendum va dans un premier temps stopper les nouveaux projets de
construction. Sans doute faut-il s’attendre à ce que le paragraphe introduit hier dans la constitution suisse soit déféré à la Cour européenne des droits de l’homme. Mais les premières difficultés
qui attendent le gouvernement helvétique sont d’ordre diplomatique : il va devoir calmer les inquiétudes des gouvernements et des milieux d’affaires des pays musulmans, avec lesquels la
confédération entretient des rapports importants.
Par Isabelle de GAULMYN - http://www.la-croix.com/
Les Suisses votent l'interdiction des minarets
Lundi 30 novembre 2009
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05:20
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Publié dans : Actualité Internationale
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