Les médias roulent-ils à gauche ou à droite ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Flickr - CC - VinceDeg
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Au début de l’été, tous les journaux, suivis comme un seul homme par les médias audiovisuels, se livraient à une débauche de « Hollande bashing ! » C’était peut-être justifié, mais un « Sarkozy bashing » eut été tout aussi justifié en juin 2008, après un an d’une gouvernance dont presque tout le monde à l’UMP admet aujourd’hui qu’elle fut la pire du quinquennat. Or, à l’époque, l’essentiel des médias - Marianne et Le Canard Enchaîné faisaient exceptions - ciraient avec zèle les escarpins du pouvoir en place.

Cette fois, donc, on commença par l’état de disgrâce. Feu sur le quartier général ! Or, c’est au plus fort de ce défoulement contre le pouvoir socialiste (un pouvoir socialiste qui offrait lui-même, au demeurant, toutes les verges avec lesquelles on le fouettait) que deux zigotos de la Droite Forte, fraction ultra de l’UMP, accusèrent les médias de rouler pour la gauche. Et exigèrent, en conséquence, que radios et télévisions publiques engagent illico des journalistes de droite. Lesquels ? On leur a demandé : « Eric Brunet, Eric Zemmour, Elisabeth Levy » ont-ils répondu. Etrange : ces trois-là sont déjà omniprésents sur toutes les antennes.

Reconnaissons-le : la suggestion de la Droite Forte a été repoussée avec mépris par tous les journalistes que nous avons interrogés, surtout par ceux qu’on ne saurait classer à gauche:


- Christophe Barbier (l’Express) : « Idée intellectuellement stupide et politiquement totalitaire ».

- Catherine Nay (Europe 1) : « Idée épouvantable… Je ne voudrais pas qu’on m’autorise à parler parce que je suis de droite. Etre de droite ne m’empêche pas d’être invitée sur les plateaux. Je ne me sens pas du tout bâillonnée. »

- Eric Brunet (RMC) : « Il n’y a aucun déficit de droite dans les médias audiovisuels. Même si, dans leur majorité, les journalistes y sont de gauche, ils font un travail honnête – Aujourd’hui tout ce qui est nouveau, dérangeant, subversif vient de la planète droite, la gauche n’est plus que bourgeoise ».

- Guillaume Roquette (Figaro Magazine) : « A la télévision, comme à la radio, les points de vue sont équilibrés, même si, dans les rédactions, il y a, c’est vrai, une pensée homogène, globalement de gauche ».

- Jean-Michel Aphatie (RTL et Canal +) : « Grande bêtise… En vérité, les voix qu’on entend dans les médias audiovisuels sont d’une très grande diversité ».

- Yves Thréard (Le Figaro) : « Sottise ! Oui, les écoles où enseignent le plus souvent des journalistes ratés formatent les esprits à gauche, mais la droite française est protéiforme et parvient très bien à se faire entendre, j’en suis la preuve vivante ».


Qu’importe, la question mérite d’être posée : les médias roulent-ils à gauche ou à droite ? La réponse est à lire cette semaine dans Marianne.

L’enquête du service France est d’ailleurs éclairante. L’on y découvre qu’à la télévision et à la radio, les journalistes de gauche rasent les murs quand ceux de droite sont à l’abordage ; que tous les éditorialistes économiques sont des néolibéraux orthodoxes – mais, à part ça, nous dit-on, la pensée unique n’existe pas ; et que de nombreux courants de pensée ne sont représentés par aucun éditorialiste politique.

Et si, au fond, c’était moins l’orientation partisane des médias qu’il convenait de comparer que leur degré d’indépendance et de liberté ? Voilà qui mérite un vrai débat. A vous de vous en emparer.


Lisez cette enquête dans le nouveau Marianne en vente dès ce samedi et commentez-la sur notre site. Pour faire vivre le débat, vos contributions les plus pertinentes pourront être publiées dans un prochain numéro de Marianne.

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