Les chiffres de la délinquance

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Le nombre de crimes et délits explose, s'alarme "Le Figaro". Pas de panique, rassure le ministre.


DURAND FLORENCE/SIPA
DURAND FLORENCE/SIPA

Chassez les statistiques de la délinquance et de la criminalité par la porte, elles reviennent par la fenêtre ! Manuel Valls a beau avoir rompu avec dix ans de maquillage et d'instrumentalisation des chiffres, le Figaro sonne la charge : «Insécurité, l'alerte rouge.» Comprenez : les voyous se sentent pousser des ailes sous François Hollande.

Les chiffres dévoilés par le quotidien sont presque tous à la hausse d'une année sur l'autre. Les cambriolages augmentent, les agressions commises contre des femmes, sur la voie publique, augmentent... Encore faut-il comparer ce qui peut l'être. Or, le Figaro ne s'appuie pas sur les chiffres de l'Observatoire de la délinquance, mais sur le tableau de bord de la direction générale de la police, un document que le criminologue Alain Bauer qualifie de «ringard, obsolète et inutile», puisqu'il sacralise ce bon vieux chiffre global dépourvu de sens.

Durant le quinquennat Sarkozy, policiers et gendarmes chargés de concocter les chiffres ont battu le magicien David Copperfield à plate couture dans l'art de dissimuler le petit surplus qui risquait de plomber le bilan de leur ministre. Méthode la plus utilisée : arrêter d'enregistrer les chiffres le 27, le 28 ou le 29 du mois courant pour faire baisser les chiffres.

La transparence prônée par Manuel Valls a un prix. Et il lui faudra faire œuvre de beaucoup de pédagogie pour expliquer que les hausses ont, en partie du moins, une explication purement technique. En effet, les gendarmes, chargés des zones rurales, ont mis en place un nouveau logiciel qui permet de faire remonter les crimes et délits en temps réel, ou presque. Mécaniquement, ils sont donc plus nombreux. Du coup, impossible de comparer avec les chiffres de l'année précédente. La police devrait elle aussi modifier son système informatique d'ici à mars 2014, avec à la clef, n'en doutons pas, de quoi noircir encore la une du Figaro pendant des mois - et pourquoi pas faire chuter Hollande en 2017.

Et si les «stats» n'étaient prises que pour ce qu'elles sont : un outil de pilotage pour les seuls services de police ? Ce serait un service à rendre à tous les cambriolés ou victimes d'agressions. Hélas, la politique a ses raisons que la raison ignore.

 

Par Frédéric Ploquin - http://www.marianne.net

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