Le trop plein je m'en plains

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !


Le trop plein je m'en plains
Je n’ai pas d’avis particulier sur les rythmes scolaires, et je considère que ne pas avoir d’avis est en soi une bonne chose. Mais j’ai peine à croire, aujourd’hui, si j’étais un enfant, ce qui reste une possibilité à l’aune de ce simple fait que l’inconscient n’a pas d’histoire, et que l’enfance demeure le principal dépaysement de l’âge adulte, j’ai peine à croire que les enfants d’aujourd’hui sont comblés lorsqu’on leur propose trop de choix.

Je suis effondré par la somme d’activités que l’on offre de nos jours aux enfants. Je ne parle pas seulement de l’initiation au hip hop et aux claquettes, je ne parle pas seulement des ateliers poteries, et des parcours culturels dans les quartiers, je parle de ce besoin illimité de proposer des options et des activités à n’en plus finir. Je trouve contradictoire de se prendre la tête sur le socle commun et la crise des référents communs au profit d’une prolifération infinie de signes contradictoires et hétéroclites allant de l’attraction théâtrale aux visites guidées dans les hauts lieux du patrimoine national en passant par les leçons de civisme sur la République et l’antiracisme.  

Pendant la pause, donc, les enfants qui resteront à l’école auront le choix. Entre plusieurs activités. Ils auront la possibilité d’assouvir leur désir. Est-ce le rôle de l’école ? Quand elle le peut, et quand elle en a les moyens, il peut y avoir une discussion ; lorsqu’elle ne le peut pas – dans les zones rurales et dans les communes les plus pauvres – cela est plus compliqué. Le problème reste néanmoins le trop plein. L’éducation musicale et les beaux arts sont déjà – au même titre que l’histoire des sciences – des disciplines difficiles à enseigner. Pourquoi rajouter durant le temps libéré par les rythmes scolaires d’autres activités ? Pourquoi toujours et toujours – du cinéma au théâtre, du rock à la danse brésilienne – proposer encore et toujours d’autres activités.


Ma réponse ? C’est le symptôme de l’angoisse des adultes. Ils veulent ces grands enfants occuper leurs enfants ; ils veulent les satisfaire. Et je ne parle pas de l’achat irraisonné de jeux vidéos et autres divertissements contemporains. Je parle de l’angoisse, de l’ennui. L’angoisse de ne pas savoir qu’en rentrant du travail, leurs enfants se sont éclatés.


Le remède ? Il ne peut être unilatéral. Mais il demeure malgré tout le socle commun. Ce qui me fait penser à la différence entre la culture pour tous et la culture pour chacun. La culture pour tous ou la culture à la carte. Dont je parlerai la semaine prochaine…
Par Philippe Petit - http://www.marianne.net/

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