Le phantasme de la dissolution

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

La rumeur d’une future dissolution est revenue ces derniers jours au grand galop. Dans les palais nationaux, au PS comme à l’UMP, ce bruit cavale : le Président dissoudrait après les européennes. Mais n’est ce pas se dessouder soi-même ?


LCHAM/SIPA
LCHAM/SIPA


La rumeur d’une future dissolution est revenue ces derniers jours au grand galop. Dans les palais nationaux, au PS comme à l’UMP, ce bruit cavale : le Président dissoudrait après les européennes. Mais n’est ce pas se dessouder soi-même ? Ce brouhaha de coulisse ne serait-il pas pure folie ? Délire d’une classe politique qui oublie la force des institutions et imagine le chef de l’état contraint de recourir à cet expédient incertain pour tenter de se sauver lui même ? Comme s’il fallait en passer par un suicide pour renaître ! Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont plus nombreux que jamais à y croire, à gauche comme à droite, alors que c’est littéralement incroyable…

Mais voyons comment les uns et les autres déroulent ce film de science fiction sous nos yeux incrédules. Pour ces scénaristes imaginatifs, de la majorité comme de l’opposition, François Hollande n’a plus aucune chance de retrouver ni crédit, ni popularité, ni autorité. Même si la croissance revenait, elle ne serait pas suffisamment vigoureuse pour inverser durablement la courbe du chômage, redonner quelque lustre à son règne et magie à son sceptre. Le Roi se meurt, le Roi est mort, et pour que les Français puissent à nouveau crier « vive le Roi », il faudrait que celui-ci use justement de cette prérogative majestueuse : la dissolution du parlement. Avec le risque de perdre les législatives, ou plutôt la certitude. Mais il jouerait à qui perd gagne !

Pour la première fois en effet un Président renverrait sa majorité en étant certain de ne pas la retrouver. Quand par exemple Jacques Chirac a décidé en 1997 de dissoudre, il croyait avec son Premier ministre Alain Juppé sortir grand vainqueur de ce coup d’audace qui tourna à sa déconfiture. Mais il put se refaire la cerise ensuite, et battre Lionel Jospin à l’élection présidentielle. Exploit que pourrait rêver de rééditer François Hollande, qui sous François Mitterrand a été initié déjà à ce jeu pervers, avant de le subir sous l’ère jospinienne. Son goût des manœuvres d’appareil comme sa science des rapports de force pourraient trouver à s’épanouir dans une situation où le Président retrouve un magistère de sagesse, alors que la nouvelle majorité serait laminée à l’exercice des impitoyables responsabilités gouvernementales. Une perspective qui n’enthousiasme guère à l’UMP. Pour le moins…

Manière d’en rire, de conjurer cette éventualité ou encore de la provoquer, Jean-François Copé en personne n’hésite pas glisser à ses proches : « il faut que je me prépare… ». La chefferie gouvernementale lui reviendrait d’évidence, imagine-t-il. Si la droite l’emportait, le Président devrait faire appel, comme de tradition au chef du principal parti d’opposition. L’est-il vraiment ? Copé veut le faire croire et ne refuserait donc pas ce périlleux honneur. Alors, François Fillon se retrouverait immédiatement dans la posture belliqueuse du défenseur des institutions de la Vème République qui combat leur affaiblissement, ainsi que l’avait entrepris l’ancien Premier ministre Raymond Barre autrefois, quand Edouard Balladur, chantre de la cohabitation avait occupé Matignon à la demande de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui ne voulait pas y retourner. Ce fut une guérilla entre les deux « amis de trente ans », qui se termina par la victoire du président de RPR et maire de Paris qui était resté loin du pouvoir !

Aujourd’hui à droite, nul ne doute que l’expérience tournerait à l’aigre de la catastrophe, autrement dit à l’avantage de François Hollande ou de…Nicolas Sarkozy. Sans parler de Marine Le Pen. Personne à la direction de l’UMP ne croit un instant être en mesure, même dans un an, d’exercer à nouveau les responsabilités gouvernementales, surtout en période de crise.  Pas d’idées neuves, pas de programme concret. Que des dépenses à couper et des souffrances à imposer sans une perspective claire de la société à construire. Le charivari que la gauche subit aujourd’hui serait une plaisanterie à côté du vacarme des discordances qui nous assourdirait.

On comprend que renvoyer ainsi le désordre chez l’adversaire soit une perspective qui enchante quelques cerveaux élyséens déjà épuisés et exaspérés par l’instinct suicidaire dont font preuve certains ministres et élus socialistes plus préoccupés de se détruire eux-mêmes que de construire une majorité solide autour du président. « En agitant l’idée de la dissolution, glissent quelques uns, on leur rappelle également qui est le patron à qui ils doivent leur élection » !

Sans doute. Mais s’ils sont battus après la dissolution Hollande aura fabriqué des anti-hollandais féroces qui l’accuseront d’avoir tout perdu pour ne pas les avoir écoutés. Il ne bénéficie aujourd’hui que d’une aura raplapla, rikiki ; rien de comparable avec le magistère royal dont Mitterrand jouissait auprès de la plupart de ses féaux. Et même s’ils paraissent souvent regretter l’opposition, ils n’ont aucune envie d’y retourner maintenant et achèveraient de déchirer à pleines dents celui qui les y renverrait précipitamment. En provoquant la dissolution, le chef de l’état risquerait donc fort de se dissoudre lui-même. Comme il n’est pas non plus d’un tempérament flambeur et qu’il sait la force des institutions auxquelles il est adossé, il y a donc fort peu de chances qu’il prenne ce risque. La dissolution est une carte maîtresse, sans doute, mais c’est l’atout ultime, or Hollande n’est pas Pat Poker. Il ne tentera pas le sort sans être blindé, il ne tentera pas le sort sans être assuré ceinture et bretelle…

Mais que rode ainsi et s’enflamme la rumeur de dissolution est un nouveau syndrome de l’affaiblissement du monarque républicain. Chacun doute qu’il puisse jamais rétablir la situation avant la fin de son mandat. Il réplique « qu’on l’a toujours sous-estimé » ! Il est vrai qu’actuellement, on a beaucoup de difficultés à le surestimer ! Chaque fois qu’on fait un effort pour le voir plus grand, bing une taxe, paf un couac, pif un bug. Les gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête, aujourd’hui encore il vaut mieux sortir casqué ! 

 

Par Nicolas Domenach - Marianne

Publié dans Dans l'actualité

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