La triche, c'est la culture UMP !

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

 

 

Les primaires devaient d’abord apporter la preuve que le principal parti d’opposition vivait à l’heure de la démocratie interne. Le fiasco est total. Faut-il en rire? Oui, définitivement oui.


Affiche décalée sur l'élection du président de l'UMP qui oppose Jean-François Copé et François Fillon - « Qui craint le plus ? - Votez avec un chewing-gum » - WARTNER/20 MINUTES/SIPA
Affiche décalée sur l'élection du président de l'UMP qui oppose Jean-François Copé et François Fillon - « Qui craint le plus ? - Votez avec un chewing-gum » - WARTNER/20 MINUTES/SIPA
Jeune journaliste dans les années 80, j'étais ébahi par la manière dont Jacques Chirac et Charles Pasqua, alors indéfectibles alliés et amis politiques, « arrangeaient » les congrès du RPR, le parti chiraco-gaulliste.

Rien, cela va de soi, n'était laissé au hasard. Chaque vote était préparé, arrangé, utilisé. Chacun le savait, chacun en convenait, chacun en avait pris son parti, chacun en riait.

Un parti comme celui-là était au service, à la dévotion d'un chef - en l'occurrence Chirac - et le principe même d'une vie démocratique relevait de l'absurdité. On n'était pas là pour débattre, pour faire avancer et progresser le débat politique; il s'agissait exclusivement de batailler pour assurer le triomphe du chef - Chirac - à la seule élection qui vaille - la présidentielle.

Or voilà que l'UMP, le parti héritier du RPR pasquaio-chiraquien prétend réinventer la culture politique de la droite française. Débats... Courants... Elections primaires pour mieux départager les postulants... Une révolution non pas politique mais culturelle, donc à la fois sympathique et sacrément difficile.

Ce fut d'abord le match Copé - Fillon pour la présidence de l'UMP. Ce fut digne d'un parti stalinien dans les années 60. Triche organisée, triche industrielle, triche quasiment assumée au profit du sortant, le dénommé Copé. Fillon l'avait emporté - largement même, chacun le sait. Mais il ne pouvait être question pour Copé, dans la grande tradition du césarisme, d'abandonner le pouvoir, y compris en raison d'une défaite arithmétique.

Il fallait donc « remédier » à sa débâcle annoncée. En bourrant, de diverses manières, les urnes. En empêchant des électeurs de François Fillon d'accéder aux...urnes. Bref, une démonstration de politique à l'ancienne.

A la surprise des observateurs professionnels nous, les journalistes « spécialistes » en politique -, les Français se sont passionnés pour ce premier Grand Guignol politique à la manière UMP. Ils ont compris que Jean-François n'hésiterait jamais à utiliser des méthodes de voyou de la politique; ils ont découvert que François Fillon avait fait preuve d'une invraisemblable naïveté, qu'il était si sûr, trop sûr de lui. Copé ne s'est toujours pas remis de ce scandale; quant à Fillon, les Français ne le prennent toujours pas tout à fait au sérieux.

Confrontée à tant de dégâts, on imagine l'UMP en voie de guérison. On imaginait le grand parti de la droite républicaine en mesure de se raisonner, de s'améliorer, de donner quelques preuves de démocratisation, capable de rassurer l'opinion publique. On s'égarait. A-démocratique, un jour, l'UMP ; a-démocratique toujours! La formule est réductrice? Sans aucun doute. Elle n'en est pas moins pertinente.

Car, décidément, l'UMP n'y arrive pas. Primaire à Paris afin de désigner un candidat aux prochaines élections municipales. En principe une formalité puisque Nathalie Kosciusko-Morizet est ultra favorite face à une série d'inconnus de la politique. Une primaire sans véritable enjeu, sinon de prouver aux Parisiens, et aux Français, que la démocratie n'est pas définitivement étrangère à la culture UMP. Réussi? Non, raté, une fois encore. Faut-il en rire? Oui, définitivement oui.

Insultes et vrais faux électeurs, le tout sur internet. Coups de gueule et interdiction de...s'exprimer... Ce n'est pas banal en politique, l'interdiction de...s'exprimer. C'est même le négation parfaite de la politique, du débat, de la démocratie!

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, François Hollande ne peut afficher qu'un seul véritable succès, même s'il n'y est pas pour grand chose: l'implosion de l'UMP.

C'est que le président de la République s'est dégoté deux alliés inattendus: Copé le maladroit et Sarkozy le museleur.


Copé qui plombe l'ambiance au point de la rendre irrespirable ;

Sarkozy qui interdit tout débat véritable sur le bilan de la droite, donc le sien ; 

Copé et Sarkozy qui, de concert, droitisent à un tel point l'UMP que les millions de modérés ne s'y retrouvent plus et ne savent trop que faire. 


Pauvre droite si mal en point.

NKM, sans doute, se retrouvera confrontée à Anne Hidalgo. Peut-être même sera-t-elle en position au fil de la campagne de la mettre sérieusement en difficulté au fur et à mesure que les tensions internes à la gauche plurielle parisienne apparaîtront.

Il n’empêche : pour le moment, cette primaire l'aura affaiblie. Bravo Copé, le « président » de l'UMP!
 
Nota bene: en matière de triche, les socialistes sont eux aussi des champions. J'aurai l'occasion d' y revenir prochainement.
Par Maurice Szafran - http://www.marianne.net/

Publié dans Dans l'actualité

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