La droite en quête d'un shérif

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Au fil de l’actualité, on voit bien que l’opposition a de plus en plus tendance à nier le droit et la loi et à prêcher pour les « valeurs » du Far west.


La droite en quête d'un shérif
Au début, la nouvelle est presque passée inaperçue. Même pas un dérapage, tout juste une boulette. Excédé par les dérives constatées d’après lui dans sa bonne ville de Croix, depuis l’arrivée ces dernières semaines de près de 200 Roms expulsés de Lille-Sud, le maire, UMP Régis Cauche a prédit un dérapage «comme le bijoutier de Nice » si l’État ne faisait rien. Et comme cela ne suffisait manifestement pas à éclairer le tréfonds de sa pensée, il a balancé : « Et si un Croisien commet l’irréparable, je le soutiendrai ».

Interrogé, hier, pour savoir s’il maintenait ses propos, Régis Cauche a récidivé : « Les Roms n’ont rien à faire à Croix. Oui, s’il y a un dérapage, j’apporterai mon soutien. La population en a assez. » Voilà, les Roms sont désormais « prévenus », comme dans les vieux westerns, il y a désormais une pancarte plantée devant la ville de Croix : « Etranger, passe ton chemin ! ».
La semaine dernière avait débuté par un curieux et furieux bashing : celui de la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine. On peut reprocher à  celle-ci beaucoup de choses mais là la critique dépassait l’entendement. On avait appris  durant le week-end que son fils, coupable «d'extorsion de fonds» et «séquestration» avait été incarcéré au début du mois de septembre à la prison de la Santé afin de purger une peine de 3 ans ferme. Ce fut un véritable déferlement sur les réseaux sociaux des relais traditionnels de la droite pour mettre en cause la ministre coupable, forcément coupable.

Le fait que son fils était majeur au moment des faits ? Qu’importe ! Balayée la responsabilité individuelle au profit de la bonne vieille responsabilité collective qui veut que dans les westerns on lynche l’adulte qui a commis le crime mais aussi toute la famille. Et d’un même mouvement les umpistes mélangeaient tout : « Nicolas Sarkozy n’avait-il pas été attaqué par le biais de son fils Jean, aspirant à devenir le président de l’Epad des Hauts-de-Seine? ». Le problème est que dans ce cas, il s’agissait bien de dénoncer un acte manifeste de népotisme politique. Quoi de commun ? Rien. Si ce n’est la volonté d’en découdre et peu importe, aux yeux des opposants, si la loi, encore une fois, ne rend pas responsable un parent des méfaits commis par un fils adulte. Revenir sur cet aspect du droit impliquerait une régression juridique sans précédent.
Revenons sur le cas du bijoutier de Nice présenté comme un exemple à suivre pour le maire UMP de Croix. Pour le moment, l’enquête est en cours et il serait hasardeux de commencer à relater dans les détails les faits sous peine d’être contredit dans une semaine. L’avocat du commerçant souligne que ce dernier était en état de légitime défense. Une expertise balistique déterminera si la trajectoire des balles visait le scooter où les passagers. C’est que la loi encadre très strictement cette possibilité de se faire justice soi-même, et prend notamment en compte l’immédiateté du danger et de la riposte. L’avocat a déclaré que son client était « très marqué d’avoir enlevé la vie d’un jeune homme ». Les premiers propos du bijoutier ont été : «Je regrette qu’il soit mort mais c’est lui qui a décidé de faire ça… » 
Or le problème a largement débordé la question de la légitime défense à partir du moment où les politiques de droite et d’extrême droite sont immédiatement montés au créneau pour exprimer leur soutien. Mais au fait, le soutien à quoi ? Qu’est-ce que l’on soutient dans cette affaire ? Le port d’arme illicite ? Le droit de tuer après une agression physique et psychique ? La riposte parce que la bijouterie avait été attaquée par deux fois ? Passons sur les messages de haine, les déferlements de bêtises qui accompagnent la fameuse et fumeuse page de soutien sur Facebook au bijoutier.

Qu’y lit-on ? L’idée, encore une fois relayée par une large partie de l’UMP, que les juges et les procureurs sont, aujourd’hui, souverains et qu’ils rendent le droit à la tête du client sans aucun souci de légalisme. Les magistrats sont laxistes avec les criminels et impitoyables avec les honnêtes gens : voilà en substance la pensée inique qui règne, aujourd’hui, sur l’opposition. L’idée qui commence à faire son chemin est qu’il faut faire justice soi-même comme au temps du Far West.  Au fond, c’est la droite qui est de plus en plus laxiste dans son souci permanent et répété d’en découdre avec la loi et le droit.
Par Joseph Macé-Scaron -  http://www.marianne.net

Publié dans Dans l'actualité

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