L’ONU met son nez dans les entrailles du goulag nord-coréen

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

 

Pour la première fois, l'ONU a mis en place une commission d'enquête chargée d'enquêter sur les goulags nord-coréens. Une quarantaine de prisonniers qui ont fui le pays ont témoigné devant les enquêteurs, le président de la commission décrit des "atrocités innommables".


L’ONU met son nez dans les entrailles du goulag nord-coréen

Pendant que les Etats-Unis se focalisent sur l’évolution du programme nucléaire nord-coréen, tout en reconnaissant que le pays est un « trou noir » pour ses services de renseignement, l’ONU a entrepris depuis la fin du mois d’août d’enquêter sur le système pénitentiaire du pays le plus fermé au monde. Lancée en mars, la commission devra notamment se prononcer sur d'éventuels crimes contre l'humanité. Une hypothèse peu vraisemblable, toute poursuite devant la Cour Pénale Internationale doit, en effet,  recevoir l’assentiment du conseil de sécurité de l’ONU où siège la Chine, allié historique de Pyongyang. 


Pour la première fois, un panel d’experts des Nations unies s’est néanmoins constitué afin d’enquêter sur les probables violations des droits de l'Homme dans les « goulags » de Corée du Nord. Réunie à Séoul du 20 au 24 août, la commission onusienne a recueilli  les témoignages d’une quarantaine de survivants ayant déserté et fui chez le voisin du sud.

Tortures, exécutions sommaires, famines, le juge Michael Kirby qui dirige la commission a qualifié mardi 17 septembre ces pratiques d’ « atrocités innommables », évoquant même la découverte des camps de concentration en Europe à la fin de la seconde guerre mondiale.  


« Nous nous rappelons du témoignage d'un jeune homme, emprisonné depuis sa naissance et se nourrissant de rongeurs, de lézards et d'herbe pour survivre et qui a assisté à l'exécution de sa mère et de son frère », faisant allusion à Shin Dong-hyuk, un rescapé nord-coréen vivant en Corée du Sud, dont la vie a été racontée dans le livre Rescapé du camp 14. Il est la seule personne connue à être née dans un camp d’internement avant de s’échapper de la « zone de contrôle total » après 24 ans de détention. La « zone de contrôle total » est réservé aux prisonniers qui ne seront jamais libérés. 


Ce trentenaire dit avoir été contraint, pour sa propre survie, de dénoncer sa mère et son frère dont il a ensuite dû regarder l’exécution. Le système raffole de la « culpabilité par association ». En cas d’infractions jugées « graves », toute la famille est condamnée pour contrôler la contestation et faire régner la peur.   


Le calvaire de Shin Dong-hyuk est loin d’être un cas isolé. Jee Heon, une prisonnière de 34 ans, a, pour sa part, détaillé l’une des scènes atroces dont elle a été témoin pendant son incarcération. « C’était la première fois de ma vie que je voyais un nouveau-né, ce qui m’a remplie de joie. Mais soudain, un garde est entré et a ordonné à la jeune maman de noyer son propre bébé dans une bassine d’eau », a-t-elle rapporté à la commission. 


Les rescapés ont aussi décrit de terribles conditions sanitaires et de malnutrition. « Nous ressemblions tous à des animaux, les yeux enfoncés dans les orbites, nourris par des grenouilles salées dont nous retirions la peau », a expliqué Jee Heon. Shin Dong-hyuk a raconté comment les prisonniers étaient affamés au point de manger des rats, ou encore les sabots d’une chèvre jetée par les gardiens, après l'avoir abattue.


Des goulags fermés...pour cause de surmortalité

Une photo satellite du camp 14
Une photo satellite du camp 14

Un autre témoin a déclaré qu'il avait été contraint de « charger les nombreux cadavres des prisonniers morts de faim, les mettre dans une casserole et les brûler, éparpillant leurs cendres et les restes dans les champs à proximité ».


La commission d'enquête de l’ONU a entendu Kim Young-soon, aujourd’hui âgée de 77 ans. Elle est parvenue à fuir son pays natal en 2011 après avoir passé neuf ans dans un camp de travail. Ancienne danseuse, elle a appartenu au cercle proche du pouvoir. Preuve qu’il ne fait décidément pas bon être danseuse et fréquenter les leaders nord-coréens. Kim-Young-Soo avait eu le tort d’avoir comme amie la future maîtresse de Kim-Jong-Il. 


Le simple fait d'avoir été au courant de cette liaison (Kim Jong-il était par ailleurs marié) a été considérée comme une faute. Pour s’assurer que ce secret ne soit jamais éventé, le pouvoir a envoyé Kim Young-soon, avec ses parents et ses quatre enfants, dans le camp n°15 situé à Yodok,  le plus grand goulag nord-coréen avec 50.000 détenus, « l’endroit le plus infernal de la planète » selon elle.


A la fin des années 90, suite à la grande famine traversée par le pays, plus de 20% des détenus seraient morts de famine. 


Dans un rapport publié mardi par le Comité des droits de l'homme en Corée du Nord, le chercheur américain David Faucon a révélé que deux des six camps de travail pour prisonniers politiques auraient même fermé leurs portes. Une lueur d’espoir ? Pas vraiment. L’un des camps aurait tout simplement fermé compte tenu de son taux de mortalité « extrémement élevé ». Il n’y avait plus assez de détenus en capacité d’entretenir un camp de travail…


La population du camp 22, capable « d’accueillir » 30.000 personnes aurait ainsi fluctué entre 3.000 et 8.000 prisonniers ces dernières années, avant de fermer définitivement. 


Les enquêteurs, malgré leurs nombreuses demandes, n'ont pas obtenu l'autorisation de se rendre en Corée du Nord. Les témoignages de ceux qui ont réussi à s'échapper ainsi que les diverses preuves collectées ne peuvent ainsi être corroborés sur place. Michael Kirby a appelé le gouvernement nord-coréen à participer à l'enquête, le mettant au défi de prouver que sa commission ne disait pas la vérité.


Cet appel est tombé dans l'oreille d'un sourd à Pyongyang, où le gouvernement n’a montré aucun signe de coopération. 


« La question des « droits humains » tant vantée par les autorités sud-coréennes ... est un complot ourdi par les Etats-Unis et d'autres forces hostiles pour justifier l’étouffement d’un état souverain » a fait savoir l’agence officielle d’information nord-coréenne une heure avant l’intervention du juge Kirby. 


La contestation de la commission d’enquête aurait pu s’en tenir à un contenu politique, mais Pyongyang ne fait pas dans la dentelle. Le communiqué  qualifiait également les évadés des camps nord coréens de « racaille humaine ».


Les enquêteurs de la commission se sont engagés à tenter d’identifier les responsables de la gestion du goulag nord-coréen, tant au niveau des personnes que des institutions. 

 

Par Régis Soubrouillard - Marianne

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