L’avortement, ce parcours du combattant

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Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) sollicité en avril dernier par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a rendu cette semaine sa copie au ministère. 34 propositions ont été faites pour améliorer l’accès des femmes à l’avortement, un droit souvent en butte à des difficultés.


DURAND FLORENCE/SIPA
DURAND FLORENCE/SIPA
L’interruption volontaire de grossesse (IVG) peut-être un parcours semé d’embuches. Françoise Laurant, la présidente de la commission Santé, droits sexuels et reproductif du HCEfh, interrogée par le Figaro.fr, tire la sonnette d’alarme quant à la dégradation du système d’accès à l’avortement qui est l’une des premières pratiques à subir les coupes budgétaires dans les hôpitaux.

Parmi les recommandations qui émaillent le document transmis à la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, par le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, (HCEfh), sollicité par cette dernière en avril dernier, on retrouve la suppression du délai de réflexion de sept jours avant l’IVG, alors qu’un délai réduit à 48h existe lorsque la patiente se trouve à un stade avancé de sa grossesse. Pour le Haut conseil, rien ne justifie d’attendre une semaine supplémentaire si le médecin constate qu’une femme est psychologiquement prête à ce type d’intervention.

Favoriser les centres de proximité

La question des « déserts médicaux » constitue un autre obstacle. Pour éviter de parcourir des kilomètres pour mettre fin à sa grossesse (certaines font jusqu’à 150 km pour consulter un gynécologue), le rapport conseille également d’autoriser les IVG dans les centres de santé de proximité, pratiquées soit par des médecins généralistes, soit par des sages-femmes, comme c’est le cas en Belgique par exemple. Le rapport pointe également le manque de motivation des jeunes gynécologues qui refusent d’avorter des femmes car une telle pratique est peu rémunérée. Pour remédier à cette « crise de vocation », on évoque l’idée d’intégrer des stages d’IVG durant les années d’internat en médecine.

Partir à l’étranger, comme avant

Si la loi Veil a permis une avancée considérable quant au droit des femmes à disposer de leur corps, certaines n’hésitent pas à lorgner du côté de l’étranger où la prise en charge est plus rapide et le délai plus long dans certains pays. En Grande-Bretagne, au Pays-Bas, ou en Espagne, les femmes peuvent interrompre leur grossesse jusqu’à 22 semaines, tandis qu’en France l’IVG est interdite après 12 semaines. Environ 428 services de gynéco-obstétrique sur 857 ne pratiquent pas l’IVG.

Pourtant, il y a beaucoup de demandes pour peu d’offres. Chaque année près de 200 000 femmes renoncent pour différentes raisons à la maternité, soit environ une IVG pour trois naissances, selon l’institut national d’études démographiques (Ined). Quand au manque de services pratiquant l’IVG s’ajoutent les vacances d’été durant lesquelles le personnel qualifié pour ce type d’intervention est en effectif réduit, certains plannings familiaux encouragent les femmes qui ne peuvent attendre la rentrée à se rendre à l’étranger.

Elles se retrouvent ainsi dans la situation de ces milliers de femmes qui, avant l’introduction de la loi Veil, allait mettre fin à leur grossesse en passant les frontières. Au regard de toutes ces difficultés et inégalités d’accès à cette intervention gagnée par les Françaises au milieu des années 1970, il semblerait que l’IVG soit davantage considérée comme un privilège que comme un droit à part entière.  
Par Saba Agri - http://www.marianne.net/

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