Joyeux non-anniversaire Monsieur le Président !

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Quand on repasse en accéléré la journée d’hier, on se dit que finalement, on est heureux que cela ne soit pas notre anniversaire.


Le président Hollande se réunie avec ses ministres, le 6 mai à l'Elysée - Martin Bureau/AP/SIPA
Le président Hollande se réunie avec ses ministres, le 6 mai à l'Elysée - Martin Bureau/AP/SIPA
C’est curieux mais c’est ainsi : la France qui est le pays, champion toute catégorie des commémorations – nous en avons pratiquement 365 par an - rechigne quand il s’agit de célébrer un anniversaire. Surtout quand il s’agit d’un anniversaire politique. Il faut dire que les principaux intéressés traînent des pieds, font semblant d’avoir oublié la date, essaient tant bien que mal de passer la journée en rasant les murs.

Le 10 mai 1982, François Mitterrand avait soufflé sa bougie lors d’un déjeuner rue de Solférino, au siège du PS (nul doute qu’il y ait eu du saumon au menu, nous étions à l’époque en pleine remontée de courant). Et cerise sur la gâteau : il avait assisté à un concert de Catherine Ribeiro. Là, il faut reconnaître qu’il est difficile de pousser plus loin l’abnégation militante.

Retiendra t-on que le 6 mai 2012, François Hollande a fêté le sien en organisant un séminaire gouvernemental dans le jardin d’hiver de l’Elysée puis un déjeuner de travail entouré de ses ministres (avec au menu pourlarde demi-deuil ?). Un anniversaire non pas festif mais banal, un anniversaire tranquilou avec ses collègues de boulot. On fait plus joyeux même sans aller jusqu’à la danse des canards.

Pierre Moscovici a résumé cette séquence au Monde : « L’idée n’est pas de verser dans la célébration ou l’auto-congratulation, mais de montrer un gouvernement au travail ». Montrer un gouvernement au travail…Cela sent son communiquant des années 70. La première fois, où l’on a entendu cette formule, c’était sous Giscard. C’était assurément le « message » que voulait faire passer l’exécutif en affichant cette grande messe avec toute la subtilité d’une charge d’éléphants.

Est-ce que cela parviendra à redonner de l’élan au soldat Ayrault ? Est-ce que cela suffira à ressouder un gouvernement qui verse dans le fossé à chaque fois qu’un imprévu survient ? Ce gouvernement est devenu celui du couac 40. Qu’il s’agisse de l’attitude à adopter face à l’Allemagne ou de Dailymotion, tout semble prétexte aux batailles d’egos, aux impairs, aux boulettes.

On ne sait plus s’il est socialiste, social-démocrate ou social-libéral. Le sait-il, au fond, lui-même ? Mais ce qui est sûr, c’est que l’on avait rarement vu – hormis dans les périodes de cohabitation – un gouvernement aussi autogestionnaire dans l’expression de ses sensibilités.

Ce premier anniversaire a été l’occasion d’entendre la droite. Difficile de l’oublier tant elle est dans l’outrance, la vocifération et la caricature. Quand on voit Jean-François Copé, tout tourné vers « sa » manif du 26 mai qu’il chouchoute comme son doudou politique,  en « appeler à un nouveau 1958 », on se pince.

Il veut quoi Copé? Une insurrection ? Un putsch à Alger ? Un nouveau Massu ? On savait que la suppression de l’enseignement de l’Histoire par Nicolas Sarkozy allait faire des dégâts mais quand même, pas à ce point !

Cet anniversaire a vu resurgir tout cet establishment qui estime, certes, que Jean-Marc Ayrault va dans le bons sens mais pas assez fort, pas assez vite. En résumé qui lui reproche de ne pas aller dans le mur un pied sur l’accélérateur en klaxonnant.


Manifestation contre l'austérité du Front de gauche - RAFAEL YAGHOBZADEH/SIPA
Manifestation contre l'austérité du Front de gauche - RAFAEL YAGHOBZADEH/SIPA
Cet anniversaire a permis aussi de voir le Front de gauche ouvrir son grand cahier de doléances.

Il y avait longtemps dans ce pays que la gauche politique n’avait pas manifesté contre une autre gauche politique.


On a entendu à cette occasion la colère de ceux qui s’estiment floués et qui sont regardés de haut par la majorité des éditorialistes de France et du Pays Basque.

J’espère qu’on nous en voudra pas d’avoir juste une pensée pour les militants et sympathisants socialistes en ces temps difficiles qui doivent soutenir cet exécutif avec l’ardeur dont faisait preuve jadis les membres de l’UDR d’Alexandre Sanguinetti. Soutenir un gouvernement qui se chamaille et qui cherche en tâtonnant à s’extraire du labyrinthe où l’attend en sifflotant le Minotaure de Bruxelles.

Juste un moment de compréhension, pour tous ceux qui ont accompagné la primaire du PS, qui ont fait campagne pour un candidat brocardé dans ces premiers pas et qui ont vibré quand ce dernier a atteint des accents lyriques au Bourget. A ceux là et au premier d’entre eux, François Hollande, nous souhaitons comme les deux personnages qui attendaient Alice dans le film de Disney, un sincère et joyeux non-anniversaire.
Par Joseph Macé Scaron - Marianne

Publié dans Dans l'actualité

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