Il n’y a pas qu’aux USA ! En France aussi on a des «Dingos»…

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Les Etats-Unis ont leurs «Dingos», ces radicaux républicains du Tea Party qui bloquent le vote du Budget par détestation de Barack Obama, de l’État fédéral et de sa fiscalité. Mais en France aussi on commence à avoir les nôtres qui vomissent François Hollande, comme la pression fiscale, et rêvent d’une révolte radicale.


Henri Guaino - JDD/SIPA
Henri Guaino - JDD/SIPA
Au secours, Mickey, les «Dingos» sont partout et même les super-Dingos qui tentent de théoriser le grand chambardement à venir…
La presse libérale droitière et ses éditorialistes s’emballent. Ils retournent leurs plumes dans l’encrier et se pâment unanimement devant ces «indignés» avec une ferveur inversement proportionnelle au mépris manifesté autrefois face aux «indigueux» de Stéphane Hessel. L’Opinion, le Figaro et le Figaro Magazine, Valeurs actuelles célèbrent les révoltés de la Base, enfin de l’assiette, les sur-taxés, les sur-chargés, les sur-pressurés : petits et moyens entrepreneurs, familles, travailleurs, médecins, architectes, pharmaciens etc…. 
Celui qui proteste contre sa feuille d’impôt devient un héros, un chevalier du juste combat contre l’hydre fiscale socialo-étatique. L’état qui ne fait pas d’effort en réclamerait toujours davantages aux sujets assujettis. Les plus grands éditorialistes libéraux, Nicolas Beytout, Yves Kerdrel etc…du haut de leurs chaires de papier bénissent ces nouveaux croisés de la liberté et de leurs porte-feuilles. Enfin ces défenseurs patentés de l’ordre glorifient le désordre subversif. La grève, insupportable quand elle est ouvrière, devient légitime contre  la «sur-fiscalité». Quand les «super-dingos» se déchaînent, ça ne manque pas de chien…et l’on sent comme ils ont du souffrir toutes ces longues années, à condamner la moindre manifestation de protestation, la plus infime contestations. Cette fois, c’est vive la révolte ! Bravo la chien…lit !
Ces «révolutionnaires» appellent même de leurs vœux une «fédération des colères éparses» comme l’écrit Ivan Rioufol, qui  souhaite «une addition des éparpillements éruptifs». Tout cela dans le journal de Serge Dassault qui ne fabrique pourtant pas de matériel anti-émeutes afin d’équiper les forces de l’ordre ! Mais à peine remis, mal remis, de l’échec du mouvement contre le mariage gay, le débloqueur-noteur hebdomadaire du Figaro veut voir, ainsi que ses épigones, un lien, un fil bleu blanc rouge, entre «la manif pour tous» et «les ras le bol fiscaux, éducatifs identitaires, sécuritaires»  qui chamboulent «le système politique vermoulu…» si mal défendu par «les héritiers repus de Mai 68, face aux nouveaux modes de contestation passent pour des vieux c…»Toujours l’obsession soixante-huitarde. Ils ont eu si peur qu’ils ne s’en sont pas remis.
Il est vrai qu’après les Pigeons, ces entrepreneurs dont les roucoulades sur le Net ont fait reculer Bercy, sont apparus en province d’autres regroupements professionnels anti pression fiscale, comme les Poussins, les Tondus, les Dupés, les Plumés etc… Toute une animalerie de contribuables mécontents qui ont trouvé dans le Point, l’Express, le Figaro etc…larges échos à leurs protestations hors structures traditionnelles ; sans que jamais d’ailleurs ne soit vérifié le nombre exact de leurs adhérents, dont l’inflation ressemble à celle de la pression fiscale, mais n’est peut-être pas aussi réelle. Qu’importe, l’ampleur des chiffres permet de mettre en valeur «un potentiel de subversion légitime» et de faire hardiment le rapport avec cet autre mouvement qui fut puissant, mais ne s’en est pas remis : «la manif pour tous…». La preuve que ce rapport serait étroit : des «veilleurs du fisc», à l’instar des vigilants contre le mariage gay, vont venir protester deux jeudi par mois en silence devant le ministère des Finances à Bercy. Ils ne sont encore qu’une poignée, issus de la droite d’ailleurs, mais après tout, leurs précurseurs ne sont désormais guère plus nombreux place Vendôme…
Bien sûr les «Dingos» ont des lettres, de l’Histoire : ils rappellent volontiers les grandes révoltes fiscales du passé. Les «Maillotins de Paris…» les «Croquants du Quercy…» Les «Nus pieds de Normandie», les «Lustucrus du Boulonnais», les «Bonnets rouges de Bretagne». La liste est longue des jacqueries et protestations contre les tailles et gabelles qui ont payé…l’impôt du sang ensuite, car elles furent souvent durement réprimées. Plus près de nous, dans les années 1955 Pierre Poujade et son «union de défense des commerçants et artisans» en appelaient à la grève de l’impôt, comme avant lui les vignerons du Jura et de l’Aude qui s’estimaient sur-taxés . Puis Gérard Nicoud  reprenait la lutte des petits commerçants contre le fisc, dont certains membres devaient se retrouver au Front national de Jean-Marie le Pen, ex-député poujadiste ! Mais ce mouvement de ras le bol fiscal ne saurait certes se résumer à cette facette extrême-droite, bien que celle-ci en tire profit avec cette équation xénophobe simpliste : «virons les immigrés et on paiera beaucoup moins d’impôts». Complètement dingo, mais pour certains efficaces.
Si l’ulcération fiscale est réelle, et repose sur un historique chargé, la tentative d’instrumentalisation ne l’est pas moins. Par l’extrême-droite donc, mais aussi par la droite classique, l’UMP, qui tente de faire accroire qu’avec elle, les impôts baisseraient. Sauf que même dans le Figaro-Magazine, Guillaume Roquette rappelle que l’aggravation de la pression fiscale a été lourde sous Sarkozy régnant. Et dans Valeurs actuelles, Yves Kerdrel constate lui que l’opposition est «plus occupée à se regarder le nombril qu’à avancer des propositions crédibles». Autrement dit, le mouvement protestataire qui se manifeste spontanément et radicalement le fait hors cadre classique, comme lorsque le Tea party est apparu aux Etat Unis.  Certains courent après, tel Henri Guaino, qui «sent monter la sourde exaspération des âmes silencieuses», ou encore ces dix sept sénateurs UMP, dont les deux anciens ministres Gérard Longuet et Henri de Raincourt, qui ont publié un communiqué d’alerte «contre le basculement de la société dans le collectivisme». Rien que cela !
Les socialistes, subrepticement, nous feraient glisser de l’assistanat au bolchevisme, avec suppression de la propriété privée, mise en commun des biens… Bon, les dingos aboient, la caravane passe. On peut même penser que plus ils ont la rage, moins ils sont crédibles. Sauf que c’est contagieux, la rage…Et que les caravaniers eux-mêmes, ils n’ont pas toujours l’air de savoir où ils vont et comment ils y vont. Pour le moins…
Par Nicolas Domenach - http://www.marianne.net/

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