Heure sup’ : la gauche se réveille-t-elle enfin ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !


François Hollande en visite à Thionville, pendant la campagne présidentielle, Janvier 2012 - POL EMILE/SIPA
François Hollande en visite à Thionville, pendant la campagne présidentielle, Janvier 2012 - POL EMILE/SIPA

Il était temps. Le 19 août dernier, le député PS Thierry Mandon, a osé dire tout haut ce que beaucoup d’élus socialistes chuchotent depuis un an : la refiscalisation soudaine et totale des heures supplémentaires a été une « erreur » du gouvernement Ayrault, car elle a « pénalisé les salariés des classes populaires ».  

Qu’on ne s’y trompe pas : cette sortie de l’élu de l’Essonne n’est pas un « couac », comme on classifie désormais paresseusement toute tentative d’ouvrir un débat au sein de la majorité. C’est une question prioritaire, une révolte sourde à côté de laquelle l’exécutif continue de passer, trop gêné aux entournures de la « rigueur juste » pour accepter d’en débattre… Pourtant, rappelons qu’aux derniers pointages, cette refiscalisation des heures sup’ (rétablissement des charges, puis réintégration dans l’impôt sur le revenu) a amputé environ 9 millions de Français des classes moyennes ou populaires de 500 euros en moyenne, de pouvoir d’achat annuel (jusqu’à plus de 1000 euros par an chez les ouvriers).  

« C’est l’énorme bourde du début de mandat dont on ne se sort pas », nous assurait déjà (en off) un conseiller de Bercy il y a quelques mois, constatant au passage que ce sujet était le plus fréquemment abordé dans les courriers d’exaspération reçu par les services du ministère. « Sur le terrain, les gens n’arrêtent pas de s’en plaindre, dépités, exaspérés, vitupérait pour sa part le maire d’une grande ville de gauche. C’est une vraie connerie de Hollande ! » 

Oh, certes, il ne s’agit pas de dire que la mesure sarkozyste – l’incarnation du fameux « travailler plus pour gagner plus » – était la panacée : dénoncée au moment de sa mise en place par tous les économistes comme inefficace, voire destructrice d'emplois, la défiscalisation des heures supplémentaires avait coûté 5 milliards d'euros aux caisses de l’Etat. Non, ce qui est en cause, c’est la soudaineté, le systématisme, et la désinvolture avec lesquels le gouvernement a mis fin à ce coup de pouce pour 9 millions de Français – et pas les mieux lotis ! –, un mois après qu’une grande partie de ceux-là eurent voté Hollande pour botter hors de l’Elysée le président du Fouquet’s.  

François Hollande entendra-t-il ? Son prédécesseur avait mis quatre ans avant d’admettre que son bouclier fiscal, en plus de peser indécemment sur les finances publiques en période de disette budgétaire, était un marqueur négatif de sa politique, l’incarnation du slogan anti-sarkozyste de « président des riches »… Si la refiscalisation des heures sup ne creuse pas, elle, le déficit public (au contraire), elle agit également comme un marqueur, elle cristallise une injustice sociale, et un mépris électoral.   

C’est pourquoi la proposition de Thierry Mandon d’exempter de nouveau les heures supplémentaires de l’impôt sur le revenu (tout en maintenant le rétablissement des charges) mérite d’être entendue, débattue. Dans les entreprises, on n’attend pas forcément le changement de PDG avant de faire des inventaires… Et si les politiques s’y mettaient ?

 

Par http://www.marianne.net/

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