François Hollande face au mur du chômage

Publié le par MoDem76


ALFRED/SIPA
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François Hollande est sans doute en passe de surmonter le « mur de l’argent ». La crise de l’euro, la grogne des patrons imposés à 75 %, celle des pigeons et des rapaces. Tous ces obstacles, le président de la République est en passe de le laisser derrière lui. Par habileté dans le cas de la Grèce, puisque c’est son action qui permit de débloquer une quarantaine de milliards d’euros que le gouvernement d’Athènes attendait de puis plusieurs mois. Grâce aux institutions de la Vè République qui permettent à un président disposant d’une majorité de faire litière du lobby des très hauts salaires. En payant cher (environ milliard) le silence des petits patrons dans le cas des « Pigeons ». Enfin en préparant une loi très modérée de « séparation des banques », qui devrait être examinée avant Noël. En 2013, on n’en parlera plus. En revanche, le mur du chômage qui se dresse devant lui est autrement plus redoutable. Et rien ne dit qu’il ne s’écrasera pas dessus.
Les socialistes prévoyaient certes une poussée du nombre de demandeurs d’emploi. Mais pas de cette ampleur. Les chiffres publiés cette semaine sont terribles. En octobre, Pôle emploi enregistre 45 400 demandeurs d’emploi supplémentaires de catégorie A (c’est à dire sans aucune activité réduite), et même 73 600 personnes en comptant les chômeurs en activité réduite (catégorie B et C), départements d'outre-mer (DOM) compris. Comme si en un mois, toute la population active d’une ville de 120 000 habitants comme Caen ou Boulogne-Billancourt se retrouvait sans travail. 
Pour l’heure, les socialistes font remarquer qu’il s’agit simplement du dix-huitième mois de hausse consécutive du chômage ? Certes, mais l’argument de l’héritage, qui fonctionne assez bien auprès de l’opinion tant qu’il s’agit de la dette, est moins opérant dès qu’on parle du chômage. Et le crédit de François Hollande s’évanouit à vue d’œil. Avec 240.000 chômeurs de plus en six mois d’exercice du pouvoir, la gauche a déjà fait un quart du chemin parcouru par la droite sarkoziste en 5 ans ! Pire : la dynamique du chômage a retrouvé l’intensité de 2009, au plus fort de la crise des subprimes.
Mais cette fois-ci, c’est la politique économique basée sur l’acceptation nolens volens partout en Europe, de la priorité au désendettement qui est le véritable accélérateur de la vague de suppression de postes en France. Un exemple concret ? La crise de PSA est la conséquence la plus immédiate de la réduction au même moment de la demande d’automobiles en Italie, Espagne, Portugal et France. Non seulement les emplois industriels disparaissent par manque de débouchés, mais en plus, ils se déplacent : c’est en Espagne que Renault compte créer des postes pour profiter de la baisse de 17 % des salaires engendrés par le chômage de masse qui règne outre Pyrénées. Et PSA a préféré fermer son usine d’Aulnay-sous-Bois plutôt que celle de Palencia, où il produira la « 301 » pas cher. 
Or François Hollande n’a pas les outils conceptuels pour se battre contre un chômage d’une telle agressivité. Car dans un cas pareil, si l’on ne veut pas subir, il faut être capable de proposer un partage massif du travail (ce qu’ont fait les Allemands, sans subventions, dans les années 90. Ce qu’avait fait Lionel Jospin lors de son quinquennat à Matignon, avec des aides publiques massives). Ou alors, il faut créer non moins massivement des emplois publics (comme Jospin, encore). On l’a oublié, mais c’était clairement, lors des primaires socialistes, un des sujets qui opposaient Hollande à Martine Aubry qui, elle, sait ce que signifie combattre le chômage. 
Pour l’heure, François Hollande en reste à sa « politique de l’offre ». Il a programmé peu d’emplois d’avenir : 150 000 postes d’ici la fin de 2013, réservés aux jeunes en difficulté. Or c’est toute la jeunesse qui souffre du sous-emploi. Il ne pousse pas non plus à un vrai nouveau partage du travail à l’occasion de la négociation entre patronat et syndicat sur « la sécurisation de l’emploi ». Sa seule arme ce sont les 20 milliards de subventions supplémentaires aux entreprises du crédit d’impôt pour l’emploi et la compétitivité (CICE). Ce dispositif est en train de dévier de son but. À l’origine, il devait soutenir les efforts de compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs. Désormais, dans la bouche de Pierre Moscovici, c’est devenu un simple instrument au service de l’emploi, dont le but principal et hypothétique est de permettre d’inverser la courbe du chômage en fin 2013, conformément à un engagement présidentiel auquel personne ne croit. 
En attendant, la résignation gagne la gauche. Il suffit d’écouter Michel Sapin sur RMC, la veille de l’annonce des statistiques terribles d’octobre : « Je peux vous dire que les chiffres seront mauvais, il y aura plus de chômeurs constatés, et ça va être comme ça pendant plusieurs mois. » Même si le ministre du Travail affirme le contraire, cela ressemble trop à une maxime tristement célèbre de François Mitterrand : « Contre le chômage, on a tout essayé »…
Hervé Nathan - Marianne

Publié dans Dans l'actualité

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