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Chargé de faire passer la pilule des réformes territoriales, le Premier ministre est venu justifier, en l'absence de Nicolas Sarkozy, les projets du gouvernement.



Le Premier ministre, François Fillon, au congrès des maires de France, ce mardi à Paris.

Le Premier ministre, François Fillon, au congrès des maires de France, ce mardi à Paris. (Benoit Tessier / Reuters)



Fillon envoyé en pompier. Déjà il avait été sifflé lors de l’édition 2008 du congrès des maires de France sur le SMA (service minimum d’accueil) des élèves en cas de grève. Et rebelote, cette année, pour l’ensemble de l’oeuvre gouvernementale en matière territoriale (réforme des collectivités locales, suppression partielle de la taxe professionnelle).

Arrivé sous les huées, le Premier ministre, chargé d’éteindre la gronde des élus - pendant que Nicolas Sarkozy est en visite en Arabie Saoudite -, a pourtant contenu les remous, par un discours technique. Sans lâcher sur l’agenda programmé de la réforme controversée de la taxe professionnelle, qu’il qualifie de «vitale».

«Il y a des questions, des doutes, parfois des inquiétudes ou des critiques sur les réformes en cours», commence-t-il par admettre, entouré de 21 membres du gouvernement, devant l’assemblée des maires, priée au préalable par le président de l’AMF, de la jouer «républicains» et «respectueux».

La réforme fiscale «est urgente»

Après une longue introduction sur les réponses du gouvernement face à la crise - «nous avons sauvegardé le financement bancaire des collectivités locales» -, une annonce copieusement sifflée sur «le haut débit sur tout le territoire» - techniquement impossible, selon des élus -, et la promesse du prolongement en 2010 du dispositif de remboursement anticipé de la TVA pour les collectivités, Fillon s’attaque au dossier qui fâche.

La réforme fiscale «est urgente», annonce-t-il d’emblée, invoquant le niveau insuffisant d’investissement des entreprises françaises. Or, selon lui, «pour alléger les charges des entreprises et restaurer la compétitivité, nous n’avons pas le choix.» Brandissant «la situation de mondialisation et de crise» pour justifier la suppression partielle de la TP, il y voit aussi une raison pour presser le pas, confirmant l’entrée en vigueur de la réforme pour le 1er janvier 2010: «la violence de la crise et l’exacerbation de la concurrence internationale justifient sa mise en oeuvre immédiate.»

Pour répondre aux 24 sénateurs UMP et NC qui avaient contesté les modalités d’application de cette mesure - avant la réforme des collectivités locales -, il assure que «ce choix n’a pas été fait dans la précipitation», résultant même, selon le Premier ministre, d’ «une concertation» menée depuis février. Ne pas bouger tiendrait, conclut-il, de la «faute historique».

«Un bon anesthésiste»

En revanche, alors que les élus craignent un conséquent manque à gagner en disant adieu à leur ressource numéro un, Fillon a promis aux communes et intercommunalités qu’elle ne seraient pas «pénalisées» par la compensation versée par l’Etat: «Il ne s’agit pas de réduire les ressources financières des collectivités locales, elles seront confortées à l’issue de la réforme.» Un amendement devrait, par ailleurs, passer au Sénat, avec le feu vert du gouvernement, prévoyant «un réexamen en 2010 au vu de simulations complémentaires», une sorte de «clause de revoyure» pour s’adapter à «l’évolution du panier de ressources de chaque niveau de collectivités» en fonction de leurs nouvelles compétences.

Vient le passage destiné à brosser les maires dans le sens du poil: «Face à l’ampleur de la tâche, la tentation est parfois grande de baisser les bras. Elections après élection beaucoup d’entre vous jettent l’éponge. Les candidats se font rares», surjoue Fillon, rendant hommage au «métier» voire au «sacerdoce» de maire, dont le Premier ministre, citant son expérience d’élu local, «[connaît] la solitude». Avant d’embrayer sur le couplet de la réforme courageuse version Sarkozy: «Le statu quo, même s’il est imparfait, a le mérite d’être connu. Il est certain que le plus simple aurait été de ne rien faire.»

Plusieurs dizaines de maires ont quitté la salle en cours de discours, certains comme le maire (PS) du XIVe arrondissement de Paris, balayant «un baratin» servi par le Premier ministre. Mais celui-ci a évité la bronca annoncée. «Un bon anesthésiste», a ironiquement salué André Laignel (cité par l’AFP), le secrétaire général (PS) de l’AMF. Sans pour autant avoir «entendu le désarroi des élus locaux», déplore le président du groupe PS au Sénat, Jean-Pierre Bel qui, dans un communiqué, «déplore l’entêtement du gouvernement à improviser la suppression de la ressource principale des collectivités locales et à imposer la réforme territoriale».

Par LAURE EQUY - http://www.liberation.fr/

 

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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 06:05
- Publié dans : Observation Politique
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