Faut-il lyncher Bertrand Cantat en place publique ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Pour avoir sorti un nouveau disque et accordé une interview aux Inrockuptibles, Bertrand Cantat est voué aux gémonies. Pourquoi cette chasse à l’homme ?


Bertrand Cantat - POL EMILE/SIPA
Bertrand Cantat - POL EMILE/SIPA
Franz-Olivier Giesbert a enfin trouvé scandale à sa mesure. Il sort les grands mots de son armurerie et il tire à vue. Dans son éditorial du Point, il parle de « honte », de « tragédie », d’ « indécence », d’ « ignominie », comme lorsque Le Point  débusque un chômeur ayant oublié de se rendre à une convocation de Pôle Emploi dans un numéro spécial « assistés ». De qui parle-t-il donc FOG ? De Bertrand Cantat, évidemment, l’homme qui ose sortir un nouveau disque et qui se paie même le luxe de commenter l’événement dans un magazine.  Un chanteur qui fait la promo, non mais où va-t-on ? 

Oui, mais Cantat n’est pas n’importe quel chanteur. Certes. Il a tué Marine Trintignant. C’est exact. Il a même été condamné pour ce crime qu’il n’a jamais nié, et dont il le dit qu’il le poursuivra jusqu’à la fin de ses jours. Il a été jeté en prison puis il en est sorti, comme le prévoit la loi. Aujourd’hui, il est libre, seul avec sa conscience. Où est le crime ? En fin psychologue, FOG évoque « un assassin narcissique, as de l’auto-apitoiement ». Au nom de quoi porte-t-il un tel jugement ? Il reproche à Cantat de ne pas se faire oublier. Pour un chanteur, c’est difficile, sauf à lui demander de chanter en silence. 

FOG, homme de délicatesse, journaliste émancipé qui ne se prêterait à aucune forme de connivence, va même jusqu’à écrire ceci, qui vaut son pesant de cyanure : « Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il vaut mieux faire partie de la gauche alternative quand on a massacré sa femme, mais force est de constater que Bertrand Cantat bénéficie d’une incroyable mansuétude ». Colossale finesse, non ? 

Passons sur l’allusion à la « gauche alternative » qui tendrait à faire de tout sympathisant de Mélenchon un assassin de femme. Posons cette simple question : en quoi Bertrand Cantat bénéficie-t-il d’une quelconque « mansuétude » ? On ne peut pas dire qu’il envahisse le petit écran surtout en comparaison de FOG et de ses amis.  


A dire vrai, on est plutôt surpris de l’acharnement éthique auquel Bertrand Cantat est soumis.    
S’il se tait, c’est un couard. S’il parle, c’est un salaud.  
S’il  ne souffle mot de Marie Trrintignant, c’est un lâche. S’il en parle, c’est une crapule. 
S’il se mure dans le silence, c’est la preuve qu’il est un assassin récidiviste ayant sur la conscience la mort de toutes les femmes qu’il a approchées. S’il s’explique, c’est qu’il est sans peur et sans remord. Mais que veut-on ? Qu’il se tue ?


On comprend que Jean-Louis Trintignant, qui mourra avec la douleur de sa fille assassinée, ait dit ce qu’il a dit. Il croyait que Bertrand Cantat allait « se suicider ». Il confie que s’il le croisait dans la rue, il changerait de trottoir. Cela peut se comprendre. Mais au nom de quoi des petits procureurs de salon se comportent-ils en nouveaux Fouquier-Tinville ? Au nom de quelle étrange conception de la justice faudrait-il édicter le principe selon lequel un ancien condamné doit payer à perpétuité ?  

Jusqu’à preuve du contraire, Bertrand Cantat a été condamné et il a purgé sa peine. Personne ne peut l’accuser de glorifier son geste ou de prôner le pugilat anti féminin. Sauf à réhabiliter la loi du lynchage en place publique, comme au Moyen-âge, il a droit de vivre comme il l’entend. Rien ne l’empêche d’exercer son métier. Rien ne le condamne au silence à vie. Certains évoquent la « décence ». C’est une petite chanson dont on connaît le refrain. En bon français, cela s’appelle une mise à mort symbolique.
Par Jack Dion - Marianne

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