École : le grand décrochage

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Epinglée par l'enquête Pisa de l'OCDE, qui place les élèves hexagonaux à la 25e place, la France est surtout montrée du doigt pour les inégalités de son système éducatif.


REVELLI-BEAUMONT/SIPA
REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Toutes les métaphores y sont passées : «copie à revoir», «bonnet d'âne», «l'école au piquet»... Comme prévu, la France s'est pris une raclée en maths : loin derrière le peloton de tête asiatique, elle dégringole au 25e rang de l'enquête triennale Pisa, publiée par l'OCDE, qui mesure les performances des élèves de 15 ans originaires de 65 pays. Neuf places perdues en neuf ans ! En sciences, elle n'est que 26e, en lecture, 21e. Un recul d'autant plus inquiétant qu'il se double d'une accentuation des inégalités : «Par rapport à 2003, il y a à peu près autant d'élèves très performants mais beaucoup plus d'élèves en difficulté», alerte le rapport. Notre machine à fabriquer des cracks s'est emballée, l'écart n'a jamais été aussi marqué entre les meilleurs et les décrocheurs. La discrimination vise en particulier les enfants issus de l'immigration, «au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté».

Décrié comme le «bras armé de l'ultralibéralisme» par certains syndicalistes français, puis épinglé pour ses biais méthodologiques début 2000, le baromètre Pisa impose désormais ses normes de réussite standardisée. Les ministres de l'Education ne jurent que par ces (mauvais) résultats pour légitimer leur réforme, comme Vincent Peillon, qui en appelle à une «refondation». «Ce que l'on paie aujourd'hui, c'est la baisse du nombre d'heures consacrées au français et aux maths en primaire depuis la réforme de 1995, souligne Nathalie Bulle, chercheuse au CNRS. Même si elle a été en partie corrigée en 2008, il y a encore trop d'enfants qui sortent du CP sans savoir lire et écrire.» Le changement des rythmes scolaires ? Pisa est pour. Et ses experts préconisent d'importer ce qui marche ailleurs : la formation continue des profs, l'affectation des enseignants les plus expérimentés dans les quartiers difficiles, l'alternative au redoublement...

Y aura-t-il un choc Pisa susceptible de secouer le mammouth ? L'Allemagne l'a fait : humiliée par son 22e rang en 2000, elle a mené une vaste refonte de son système scolaire pour se hisser au 16e rang en 2012. En France, c'est loin d'être gagné. Le 2 décembre, quelques centaines d'étudiants et de profs de prépa ont battu le pavé sous les fenêtres de Vincent Peillon. Pour s'alarmer des défaillances du pacte républicain ? Pas du tout : les manifestants, originaires des prestigieux lycées parisiens que sont Condorcet, Fénelon ou Louis-le-Grand, pestaient contre le ministre qui veut imposer un minimum de dix heures de cours par semaine aux enseignants de maths spé, ou de khâgne, et réaffecter les heures de «décharge» dont ils bénéficient aux profs des zones sensibles. Inadmissible, aux yeux de cette aristocratie éducative qui émarge, en moyenne, à plus de 4 000 € net par mois...

 

Par Marie Huret - http://www.marianne.net/

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