Dieudonné et le Valls à deux temps (à déconseiller aux âmes sensibles)

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Où les derniers développements judiciaires du dossier Dieudonné tournent à l’imbroglio politique. Au profit de qui ?


Dieudonné lors de son procès pour injures et apologie du crime, décembre 2013 - MEUNIER AURELIEN/SIPA
Dieudonné lors de son procès pour injures et apologie du crime, décembre 2013 - MEUNIER AURELIEN/SIPA

C’est une triste histoire qui a commencé par une déclaration de matamore : moi, Manuel Valls, je me fais fort d’interdire les spectacles de cet antisémite de Dieudonné.  Et d’annoncer illico presto l’envoi d’une circulaire aux préfets afin que l’ordonnance suive.

Sur le constat, rien à dire. Oui, le dénommé M’bala M’bala est un antisémite avéré, un artiste dévoyé qui a su fédérer autour de lui une cohorte de fidèles en judéophobie (ça remonte loin), de nostalgiques de l’extrême droite, de soldats perdus du gauchisme ayant troqué la défense de la cause palestinienne pour la détestation des Juifs, et d’esprits tourneboulés confondant les tuyaux percés de l’antisystème avec le tout à l’égout de la haine

Contre ces dérives, il y a des lois, qui punissent le racisme ou l’antisémitisme. Il suffit de les appliquer, comme elles l’ont déjà été à l’encontre de Dieudonné, mal placé pour se muer en enfant de chœur découvrant les réalités de ce bas monde.

Mais il n’y a aucune loi édictant une condamnation a priori, et c’est tant mieux car cela s’appelle la censure. C’est peut-être gênant moralement, mais l’histoire enseigne que tout débordement en la matière peut aller loin.

Or Manuel Valls a bien décrété une condamnation a priori, ce qui a fait dire à Pierre Joxe, lui-même ancien ministre de l’Intérieur, que son lointain successeur aurait peut-être besoin de conseillers juridiques plus expérimentés. On a pu le vérifier avec la décision du tribunal administratif de Nantes invalidant la décision du préfet de Loire-Atlantique, annulée ensuite par le Conseil d’Etat, avant une suite éventuelle.

Résultat : l’infâme Dieudonné avait déjà gagné un premier round en s’assurant une campagne de pub comme il en a le secret, boosté gratuitement par le ministre de l’intérieur. Le voilà en passe de disputer le second grâce à une guérilla judiciaire qui risque de se répéter. On n’ose imaginer la suite du match et ses effets sur les spectateurs.

On aurait pu s’éviter une telle pantalonnade en demandant à Dieudonné les comptes juridiques qu’il doit rendre à chaque fois qu’il est pris la main dans le sac. Mais Manuel Valls, pour des raisons inavouables, a préféré la charge moralisante au droit. Il a troqué la posture du Républicain intransigeant pour celle chevalier blanc montant au front contre la « bête immonde », pensant tirer parti politique de ses légèretés judiciaires, calculées ou non.

On a déjà connu pareille situation. Dans le passé, la gauche socialiste a très bien su jouer de la sorte avec le FN, son meilleur ennemi, afin de ne pas avoir à s’expliquer sur les conséquences de ses choix économiques désastreux. On ne peut exclure que Manuel Valls, Machiavel au petit pied,  ait fait le même calcul avec Dieudonné. Mais vu l’état de la société, la perte des valeurs, l’état de décomposition du pacte social, la crise morale, il est des jeux dangereux qui devraient être interdits à un responsable politique se prenant pour un Clémenceau des temps modernes.
De deux choses l’une : soit Manuel Valls ne savait pas ce qu’il faisait - et c’est gênant pour un ministre de l’Intérieur, soit il le savait et c’est encore pire.

 

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