Des sages femmes trop sages

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Bien que considérées par le code de la santé publique comme appartenant à une profession médicale, leur sort n’a cessé de se dégrader alors qu’elle assurent seules la grande majorité des accouchements


REVELLI-BEAUMONT/SIPA
REVELLI-BEAUMONT/SIPA
Dans la déferlante de cassages de portiques, d’incendies de radars, de huées dans les cortèges présidentiels, de blocages des rythmes des réformes scolaires et autres manifestations de ras-le-bol, personne n’a prêté attention à la grève des sages femmes. Il faut dire qu’elles n’ont pas choisi parmi les bonnes méthodes, celles qui ramènent ventre à terre médias et ministres. Elles n’ont ni brisé des tables d’accouchement ni renvoyé chez elle les parturientes mais manifesté dans la rue sans casser d’abribus le 7 novembre dernier et prétendent faire depuis le 16 octobre une « grève illimitée » tout en étant à leur poste, indiquant simplement leur action par un brassard…
 
    Le peu d’intérêt qu’elles recueillent est une incitation à la casse, laquelle semble devenue la seule façon d’attirer l’attention. Elles méritent pourtant mieux. Bien que considérées par le code de la santé publique comme appartenant à une profession médicale, leur sort n’a cessé de se dégrader alors qu’elle assurent seules la grande majorité des accouchements, les obstétriciens les laissant de plus en plus en première ligne et n’intervenant que dans les cas difficiles. Signe de la mauvaise conscience des médecins : l’ensemble des chefs de services des maternités parisiennes ont apporté un soutien « sans réserve » à la « demande qu'elles expriment de faire  reconnaître  leur compétence sous forme d'un statut médical de sages-femmes hospitalières, de ne plus être  assimilées au personnel non médical, de même que d’une revalorisation salariale de leur activité ». Eux savent que leurs charges et conditions de travail n’ont cessé de se dégrader : les effectifs n’ont pas suivi la concentration des maternités (une très bonne chose aussi bien sur le plan de la sécurité de la mère et de l’enfant que sur celui des coûts financiers) et dans ces grandes structures, il y parfois plus de salles de travail que de sages-femmes qui doivent suivre seules plusieurs accouchements à la fois.

Le fait que la profession soit féminine à 98% au sein d’un milieu médical longtemps machiste n’a pas servi leur cause et sous prétexte qu’elle font une profession qui baigne plutôt dans les moments joyeux de la vie par rapport aux autres professions de santé, on a eu tendance à oublier qu’elle ont fait cinq années d’études et passé un concours. Oubli qui fut aussi celui de la Ministre de la Santé Marisol Touraine qui n’avait pas pensé à consulter la profession pour son plan de périnatalité 2014. Et quand elles ont gentiment protesté par sit-in devant le ministère de la santé, le fait de leur proposer de ne rencontrer qu’un conseiller de la ministre, celle-ci n’ayant pas le temps de les recevoir (probablement occupée aux considérables enjeux municipaux du conflit des urgences de l’hôtel-Dieu), elles se sont énervées et mises en grève. Réalisant sa gaffe, Marisol Touraine a essayé de rattraper le coup par des propositions que les grévistes ont rejetées en bloc, bien décidées à poursuivre leur mouvement pacifique.
   
 La ministre aurait dû savoir que cette petite profession est l’une des rares à avoir eu l’inhabituel soutien d’une Cour des Comptes aussi rigoureuse sur l’usage des deniers publics que sur l’amélioration des performances du service public. Dans son rapport de 2011 la Cour recommandait en effet un renforcement du rôle des sages femmes dans la chaine des soins « au bénéfice de la sécurité des patientes ».
Par Eric Conan - Marianne

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