Des municipales sans panache ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Avec la fin du panachage municipal, les parlementaires découvrent dans les petites communes l’émoi provoqué par une réforme qui prive les électeurs d’un pouvoir non négligeable sur leurs représentants.


/SIPA
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La presse nationale ne s’intéressant souvent qu’aux campagnes électorales des municipales dans les grandes villes, c’est la presse locale qu’il faut lire pour découvrir l’écho et parfois la stupeur provoqués par une réforme passée inaperçue, mais qui va bouleverser la règle du jeu pour l’électeur dans la majorité des communes françaises. En avril dernier, à la demande du Ministre de l’Intérieur, le Parlement a en effet mis fin sans grand débat ni publicité à la traditionnelle possibilité de « panachage » dans les petites communes rurales de 1000 à 3500 habitants représentant tout de même le tiers de la population.

Le panachage municipal (techniquement le scrutin plurinominal majoritaire à deux tours) remonte aux origines de la Troisième république. Il donne la liberté à l’électeur de composer lui-même sa liste idéale en rayant des noms sur celle qu’il choisit des listes officielles en concurrence, mais aussi en y ajoutant des noms présents sur d’autres listes ou même des noms de non-candidats.  

 

Manuel Valls a précisé que « cette évolution permettra à la parité de progresser et empêchera, par la limitation du panachage, les conflits personnels de prospérer au détriment des choix politiques ». Avec lui, les élus ont eu le sentiment de mettre fin à une anomalie « folklorique », selon l’expression du président de l’Association des maires ruraux de France, et d’autant plus détestable qu’elle rend difficile le principe de la parité. Le nouveau mode de scrutin va automatiquement faire entrer 16 000 femmes de plus dans les conseils municipaux des communes de moins de 3 500 habitants, celles-ci ayant le tort de ne compter aujourd’hui que 32,2 % d’élues contre 48,5 % ailleurs. De la parité à l’estomac, qui permet aussi de se dédouaner de la misogynie d’en haut en redressant la France d’en bas.

Mais les parlementaires découvrent dans les petites communes l’émoi provoqué par une réforme qui prive les électeurs d’un pouvoir non négligeable sur leurs représentants. Ils n’ont visiblement pas réalisé que la suppression du panachage allait paradoxalement à l’encontre de préoccupations dont ils ne cessent de se dire pénétrés.

Alors que les politiques cherchent par tous les moyens à lutter contre la démobilisation, l’indifférence et l’abstention, ils suppriment une vraie incitation à voter dans les petites communes où tout le monde se connait, l’électeur étant d’autant plus incité à faire son devoir électoral que le panachage lui permet vraiment de mettre son grain de sel dans la vie politique locale.

Alors que les partis sont de plus en plus discrédités - un récent sondage les mettant bons derniers des institutions respectés, seulement 8% des Français leur faisant confiance – et que les politiques ne cessent de dire qu’il faut développer la « démocratie participative », ils réduisent encore leur participation effective au résultat du scrutin en supprimant le panachage qui permet de censurer des injustices, du népotisme ou de la prévarication. Et inversement, ils donnent encore plus de pouvoirs aux partis qui pourront sans risque de correction populaire faire prévaloir leurs petites cuisines jusque dans les campagnes pour constituer des listes devenues intouchables par les électeurs. Contrairement au système de listes bloquées, le panachage débouchait sur un résultat final dont la silhouette dépendait vraiment de ces derniers.

Alors que d’aucuns disent souhaitable de transcender les faux clivages partisans en « prenant les meilleurs à gauche et à droite », que d’autres évoquent avec envie « l’union nationale » ou un « gouvernement de salut public », il est désormais interdit aux électeurs des petites communes de s’y livrer à leur niveau.

 

Par Eric Conan - http://www.marianne.net/

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