Daho, pop altitude

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

 

Le parcours parfait de l'enfant béni de la pop aboutit aujourd'hui à l'un de ses meilleurs albums : "les Chansons de l'innocence retrouvée". Rencontre.


La pochette de l'album - Les Chansons de l'innocence retrouvée
La pochette de l'album - Les Chansons de l'innocence retrouvée
« On apprend beaucoup plus de l'échec et de la souffrance que du reste », confie de sa voix ouatée l'élégant cinquantenaire Etienne Daho, assis dans la cuisine de sa maison parisienne. Sa «carapace», dont les murs s'ornent de photos d'une galaxie rock fondatrice, David Bowie, Iggy Pop, Marianne Faithfull..., a, autrefois, appartenu à... Buffalo Bill. L'échec musical, on a beau chercher, on ne le trouve pas.

En près de trente-cinq ans de carrière, il lui a toujours tourné le dos, consacrant quelques-unes des plus belles madeleines soniques de la french pop. Mais la souffrance, physique, elle, l'a touchée de ses doigts rapaces, l'obligeant à retarder la sortie de ses Chansons de l'innocence retrouvée, son douzième et brillant album, où il convoque les fantômes de William Blake, Francis Bacon, Constantin Brancusi, John Barry, Serge Gainsbourg, mais aussi Nile Rodgers et Debbie Harry, et un orchestre de 47 cordes lyriques. « J'ai pris de la distance avec ce qu'il m'est arrivé, maintenant j'appelle ça le truc. Et puis j'en ai marre que tout le monde meure, Jacno, Daniel [Darc], Fred [Chichin], Alain [Bashung], il faut s'arrêter là », glisse, dans un sourire, celui qui vient d'être couronné du Grand Prix 2013 de la chanson française par la Sacem.

Curieux effet du «truc», du destin, celui dont il dit qu'il est le thème central de ce nouvel album écrit à Londres dans cette « aube pleine de promesses » et réalisé avec Jean-Louis Piérot, la moitié masculine des Valentins, et Richard Woodcraft (Arctic Monkeys, The Last Shadow Puppets), alors qu'on y voit la signature groove d'un formidable instinct de survie. « C'est vrai, songe-t-il, ma destinée est inespérée. Je partais avec des plombs aux pieds, la guerre d'Algérie, un autre pays, en pension à l'âge de 4 ans. J'ai pris des coups, ça arme pour la vie. Et puis mon amour de la musique m'a donné des ailes. »

Celui des idoles de sa jeunesse rennaise aussi, alors qu'il tentait, en vrai pudique, de les étreindre, lors de sa première prestation timide aux Transmusicales en 1979. Ses idoles qu'il a réussi, au fil d'une discographie impeccable conjuguant légèreté et gravité, à faire chanter, l'obligent sans cesse à tout remettre en question.

« J'ai encore l'impression que c'est le premier album, que je suis toujours ce petit provincial qui arrive de Rennes. Je n'arrive pas à me défaire de cette impression », confesse-t-il, en ébouriffant ses cheveux poivre et sel. Mais les Chansons de l'innocence retrouvée, titre emprunté aux Chants de l'innocence du poète William Blake, et dont la pochette s'orne - première ! - d'une femme peu vêtue, sont le premier album du reste de sa vie artistique.

Un homme debout

Peut-être son meilleur, tant l'écriture que l'antique filet de voix ont gagné en profondeur. Moins introspectif que l'Invitation mais aussi élégant, moins complice que Paris ailleurs mais aussi ardent, moins lumineux mais aussi rayonnant qu'Eden. Comme si l'expérience d'avoir été l'interprète, avec Jeanne Moreau, de l'organique Condamné à mort de Jean Genet l'avait libéré. 

« J'avais la sensation de voler en incarnant ce texte, sans l'avoir écrit », explique-t-il. Parce qu'il redoute toujours d'être une imposture, comme il le chante dans la Peau dure ? « Il y a eu un malentendu, à cause des tubes light des années 80. L'innocence retrouvée n'est pas la candeur, c'est l'envie de se débarrasser des projections qu'on plaque sur vous. » 

L'ancien jeune homme «à l'ego un peu défaillant» est resté debout, transcendant la mythique ligne des Vosges des années 80, alliant populaire et savant. Essayant de «faire la meilleure chanson». Sur cet album, L'homme qui marche, assurément. «C'est en allant trop loin qu'on avance un peu», chante d'une voix plus assurée que jamais Etienne Daho dans Un bonheur dangereux. L'enfant d'Oran, le twisteur du Cap Falcon, aux tempes désormais grisonnantes n'a pas fini d'avancer. Toujours moderne.

Les Chansons de l'innocence retrouvée, d'Etienne Daho, Polydor/Universal.

 

Par http://www.marianne.net

Publié dans Médias

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article