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Confrontés à l'état d'urgence d'une planète proche de l'asphyxie, 56 journaux du monde entier ont choisi de réagir en publiant un éditorial unique, commun et planétaire. Une bonne idée pour réagir contre l'urgence climatique ? Ou un simulacre d'ONU médiatique que ne justifia pas une réunion entre états, fût-elle de première importance.



dessin de Louison
dessin de Louison
Ce matin, la presse est unanime. C’est à Copenhague que se situe le centre du monde, là que l’histoire de l’humanité se joue dans les 15 jours. Les éditorialistes ont donc sorti leurs plus belles plumes avec des mots qu’ils n’usent que dans les grandes occasions : histoire, humanité, urgence, enjeux, génération, planète, futur. Mais aussi des ours et la banquise. Ou encore la banquise et des ours. Qué Pasa ? En fait, d’après tous les éditorialistes si on ne fait rien dans les 15 jours. Pas 16 jours... La banquise va disparaître, les ours n’auront plus de banquises, et les générations futures nous en voudront.

Le chronomètre tourne et face à l’urgence, 56 journaux ont donc choisi de réagir et de se mettre  au vert. La recette de la prise de conscience collective : l’éditorial commun unique et planétaire. Les mauvais esprits diront que les journaux « de référence » ont toujours à peu de choses près le même avis sur tout et qu’accorder leurs violons climatiques ne relève pas franchement de la performance. Curieux réflexe quand même que celui de ces journaux qui se regroupent pour parler d’une seule voix. Une sorte d'ONU médiatique qui se réunirait en sessions extraordinaires pour décider des Unes et des éditos planétaires.

En appeler au jugement de l’histoire pour réduire à néant le pluralisme de la presse, confisquer le débat public au nom des intérêts supérieurs de l’humanité, c’est un coup qu’on nous a déjà fait par le passé. De là à proposer un éditorial unique traduit de l’anglais (il a été écrit par un éditorialiste du Guardian). Ce serait donc la nouvelle green doxa. Dire la même chose, sur tous les continents. On comprend qu’il s’agit d’un « one shot » -jusqu’à la prochaine urgence historique-, néanmoins, le principe de l’éditorial planétaire fait frémir. On attend le journal unique distribué dans le monde entier. Déjà, qu’au niveau national, l’« Alainduhamelisation » des esprits n’en finit pas de lasser…

La complainte de l'ours sur la banquise

Copenhague: l'Organisation des Médias Unis décrète l'état d'urgence
L’initiative a été lancée par le Guardian. Tous les quotidiens qui participent à ce « climathon » ouvrent donc sur le même éditorial sobrement intitulé : « notre génération face au jugement de l’histoire » : « «Nous le faisons parce que l'humanité se trouve confrontée à une situation d'extrême urgence: à moins de prendre des mesures décisives, le changement climatique va ravager notre planète: si envoyer un homme sur la Lune ou fissurer l'atome résulte de conflits humains, la future course au carbone doit être un effort commun pour un sauvetage collectif».

Pas d’ours en une de Libé, mais la banquise qui monopolise la Une de cette édition « Spécial Copenhague » au point que le quotidien en est réduit à un supplément actualité perdu au milieu des pages Copenhague. Si le Figaro a fait le choix en Une de l’ours perdu sur son petit morceau de banquise, le journal ne s’est pas associé à l’initiative lancée par le Guardian. Preuve que cela ne change absolument rien. Le journal consacre huit pages à l’événement et titre « état d’urgence pour la planète ».

L'interdiction de s'associer à un éditorial collectif

Ian Katz, journaliste au Guardian, à l’initiative du projet revient sur les difficultés rencontrées lors du montage de cette opération. La petite histoire de la Grande Histoire du sauvetage de l’humanité qui s’écrit à Copenhague. Beaucoup plus terre à terre. L’argument de l’urgence historique n’a pas convaincu tout le monde. Si la plupart des titres européens ont rapidement adhéré à cette idée, Ian Katz explique que « parmi la poignée qui a refusé, un influent journal l'a fait sur le motif que le rédacteur en chef d'un journal concurrent avait tenu des propos indélicats sur son éditeur ».

Sans le citer, l’auteur rapporte le cas d’un journaliste américain, le seul, semble-t-il à ne pas avoir adhéré à l’initiative et qui a envoyé balader son interlocuteur d’un ton sévère :  « C'est une tentative scandaleuse d'orchestration de la pression médiatique. Allez au diable !». L'orchestre joue parfaitement sa partition.

Intéressant à noter, le journal Japonais, Asahi Shimbun, l’un des plus gros tirages du monde, plutôt favorable à la démarche a fait valoir que la convention du journal lui « interdisait de s’associer à un éditorial collectif ». On est tenté de se dire que cela devrait presque relever du bon sens journalistique. Apparemment, pas quand l'Organisation des Médias Unis décrète l'état d'urgence...

Par Régis Soubrouillard - http://www.marianne2.fr/

Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /2009 05:23
- Publié dans : Médias
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