Closer n’a rien inventé !...

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Closer et la presse people n’ont rien…inventé. Même leurs éventuelles distorsions des faits, leurs vaticinations, leurs vulgarités ne sont que la reprise, et la poursuite, par d’autres moyens d’une tradition très française de contre-information à la fois sauvage, manipulée et démocratique.


Zacharie Scheurer/AP/SIPA
Zacharie Scheurer/AP/SIPA

Closer et la presse people n’ont rien…inventé. Même leurs éventuelles distorsions des faits, leurs vaticinations, leurs vulgarités ne sont que la reprise, et la poursuite, par d’autres moyens d’une tradition très française de contre-information à la fois sauvage, manipulée et démocratique. Car sous la royauté les libelles, pamphlets et chansons de rue  se faisaient l’écho grondeur et grossissant des mœurs dissolues des Princes.

Cette circulation populaire d’instructions intrusives sur la vie privée n’a pas été pour rien dans la désacralisation du pouvoir et la Révolution française. Ce qui évidemment conduit à s’interroger sur l’impact  que peut avoir demain la « trivialisation » hollandaise après la sarkozyste. La fonction ainsi mise à mal, sinon galvaudée sera-t-elle gravement affaiblie, ou faut-il croire qu’ainsi modernisée, « normalisée », elle se ressourcerait ? On aurait plutôt tendance à penser qu’elle a pris un nouveau « pète au casque » fort dommageable…

Les Rois aussi donc, mettaient en scène leur vie privée, et plus encore qu’aujourd’hui puisqu’elle devait illustrer la puissance et en même temps informer le bon peuple sur l’avenir du pouvoir qui se transmettait en famille. Mais la censure à la fois religieuse et monarchique ne put toujours dissimuler les excès de la cour et du monarque. Les puissants se plaignaient alors des médisances de ruelle et de ne pouvoir au fond tout cacher.

La rumeur reprise, enflée par des libelles et des pamphlets était plus forte que la volonté de tenir secret les galipettes et turpitudes d’un clergé et d’une noblesse qui n’en avait plus que le nom. Les smarthones n’existaient pas. Internet non plus ni les chaines d’information continue…mais rien n’échappait à la  vorace curiosité publique.

Ce flux glauque et souvent même nauséabond de contre-informations eut un rôle essentiel dans la Révolution française. Selon l’historien américain Robert Darnton, les médisances comme les récits de la vie privée de Louis XV « ont détruit le caractère sacré du pouvoir ». Ainsi après qu’on eut appris que ce souverain avait été l’amant de trois sœurs, raconte-t-il, il perdit « la Royal touch ». Autrement dit, « lors des touchers royaux il ne guérit plus d’écrouelles ».

Les pamphlets ensuite contre Louis XVI « l’impuissant », et « l’Autrichienne », Marie-Antoinette « la frivole », cet esprit de sarcasme qui se répandit leur fit perdre le respect avant la tête. Un chef de la France pour tenir doit maintenir une distance, de la hauteur, de « l’éloignement », comme disait Charles de Gaulle. Il lui faut s’élever au dessus des petites passions humaines, conserver toujours plus de gravité que de légèreté. Surtout lorsque l’absence de résultats ronge sa légitimité d’homme le plus puissant de France, il ne peut la renforcer par des escapades et galipettes nocturnes. 

Sans doute y en a-t-il eu d’autres des chefs d’Etat qui n’ont pas réussi à « mettre le cœur au niveau de la tête », pour ne pas dire autre chose. Et l’on sait la force érogène du pouvoir qui en a égaré tant jusqu’au président Felix Faure qui perdit « sa connaissance », celle-ci s’étant enfuie définitivement par l’escalier… » Sans doute les gaulois ne lui reprochent-ils pas d’aller voir ailleurs, mais plutôt de ne pas s’occuper d’eux, ou mal, et de s’être fait poisser par la patrouille médiatique dans un équipage qui n’était pas de la dignité présidentielle. S’il avait été immortalisé sortant d’une voiture aux vitres fumées à la Mitterrand, le ridicule lui aurait été épargné et la fonction n’en aurait pas été affectée fortement. Le scooter c’est la « galopinade ».

L’histoire cependant n’est pas encore finie d’écrire. A gauche on est beaucoup plus dérangé par les liaisons secrètes avec Pierre Gattaz le boss du MEDEF, qu’avec Julie Gayet, perçue comme moins impérieuse et moins gênante pour l’autorité du patron que Valérie Trierweiler qui a endossé le mauvais rôle de « la voleuse d’hommes », « la sorcière ». François Hollande peut encore s’en sortir avec davantage d’élégance. Montrer qu’il est le patron, mais pas le sale mec incapable d’égards.

S’en tirer par le haut en supprimant le statut bâtard de « la Première Dame ». Ainsi contribuerait-il à faire évoluer, à moderniser la pratique. Mais la modernisation ne saurait se confondre avec la désacralisation qu’il avait lui-même reprochée à Nicolas Sarkozy. Sa critique des frasques de l’ancien Président et de son narcissisme exhibitionniste avait été jugée à l’époque très pertinente. François Hollande lui reprochait en particulier de nous transformer « en voyeurs, même si nous n’avons rien demandé ». En effet…

 

Par Nicolas Domenach - http://www.marianne.net/

Publié dans Médias

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article