Cambodge. L’opposition conteste sa défaite aux législatives

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Heng Sinith/AP/SIPA
Heng Sinith/AP/SIPA
L’opposition a remis en question lundi la victoire du parti au pouvoir lors des élections législatives. Elle exige une enquête sur les fraudes qui auraient, selon elle, entaché le scrutin au profit du Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 30 ans.
 
Le parti du sauvetage national du Cambodge (CNRP) a déclaré ne pas pouvoir accepter les résultats au vu d'un « grand nombre d’irrégularités sérieuses ». Il demande alors qu’un comité chargé d’enquêter sur ces irrégularités soit formé avec des membres de la majorité et de l’opposition, de la Commission électorale nationale (NEC) ainsi que de représentants de l’ONU et des organisations de la société civile. 
 
Entièrement dévolu à Hun Sen, le Parti du peuple cambodgien (CPP) a annoncé dimanche son maintien, à la majorité, au Parlement. Il a revendiqué 68 des 123 sièges contre 55 à ses adversaires. Peu de temps avant, l’opposition avait proclamé sa victoire avant de se rétracter sans explications.

Des irrégularités

Des critiques émergent de toute part pour remettre en cause ce scrutin qui a mobilisé 69,5% des électeurs. The Phnom Penh Post évoquait lundi « des listes électorales incomplètes, des allégations de votes illégaux et des plaintes à propos de l’encre de l’élection et des bulletins de vote. » Plusieurs organisations étrangères ont confirmé ce bilan déplorable concernant les conditions de l’élection.
 
« Ce à quoi nous avons assisté est véritablement un niveau sans précédent de machinations et de malversations dans le processus électoral », a expliqué Phil Robertson, directeur adjoint pour l’Asie de Human Rights Watch. « La Commission électorale nationale devrait franchement avoir honte d’elle-même » a-t-il ajouté. Pour l’heure, ni le parti de Hun Sun, ni la commission n’ont répondu aux critiques, le porte-parole du CPP, Khieu Kanharith, estimant qu’il était « trop tôt pour commenter » l’hypothèse d’un partage du pouvoir tandis que la NEC niait toute irrégularité.

L’opposition unie se relève

Sam Rainsy, leader de l’opposition a évoqué le chiffre de 1,25 million de noms rayés des listes, 1 million de faux noms et 200.000 noms dupliqués dans plusieurs listes « Nous n’essayons pas de négocier une place dans le gouvernement (...) Ce qui nous intéresse, c’est de rendre la justice au peuple cambodgien pour assurer que sa volonté ne soit pas déformée comme auparavant », a déclaré l’opposant historique de Hun Sun de retour au royaume depuis peu.
 
Condamné à un onze ans de prison pour des motifs que ses partisans jugent politiques, Sam Rainsy vivait en France depuis 2009. Il a été gracié seulement 16 jours avant l’élection. A son retour au « Royaume des merveilles » des milliers de partisans sont venus le soutenir. Bien qu’il n’ait pas été autorisé à briguer un siège lors de cette élection, sa présence au sein de la campagne a permis de rassembler en masse et sous une même bannière les opposants à l’homme fort du Cambodge.
 
A 60 ans, Hun Sun détient le record de longévité au pouvoir en Asie. Donné grand favori des élections, il incarne pour beaucoup la stabilité et le développement économique. Depuis 27 ans, il martèle son ambition de faire du pays, après des décennies de guerre civile, une puissance économique incontournable en Asie du Sud-Est. Pourtant, celui qui a promis de rester au pouvoir jusqu’à 74 ans doit faire face à une hausse continue des critiques portant notamment sur l’impunité des forces de l’ordre et la confiscation des terres au profit d'entreprises étrangères et des élites.
 
Alors même que des soupçons de fraudes les mettent en doute, les résultats montrent déjà un affaiblissement de la majorité sortante. Le parti de Hun Sen perdrait 20 sièges sur les 90 obtenus aux dernières élections. Pour la première fois depuis 25 ans, son emprise sur le Parlement cesse de s’accroître.
Par Léa Ducré - http://www.marianne.net
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