
Par ces temps de crise, les énigmes du présent qui galope laissent les interprètes démunis au point d’aller chercher des références dans un passé qui, s’il offre en apparence quelques
similitudes formelle, ne livre certainement pas des ressorts communs car les époques ne se ressemblent pas, tant du point de vue technique que politique, culturel et spirituel. Le seul invariant
qu’on peut honnêtement déceler à toutes les époques, c’est le double cheminement vers la progression des civilisations et leur déclin. Les Grecs savaient déjà cela. Ils avaient un vocabulaire
pour le décrire. Hybris et dike par exemple, pour opposer la démesure conduisant au chaos et le bon ordre dans la gestion de la cité. S’agissant de Rome, le terme décadence convient pour décrire
le style des mœurs en une longue époque où s’est joué le déclin de l’Empire. Un déclin qui a tout de même duré quelques siècles. Rien de commun avec la fulgurance passion qui emporta en quelques
années l’Ancien Régime en 1789.
Bayrou dit ceci : « Voyez ce qui vient de se passer en quelques jours. Dans la même semaine, le gouvernement propose de subventionner les élèves pour qu’ils viennent en classe. Il livre le pactole du marché des jeux sur Internet à des intérêts privés, bookmakers et autres, au mépris des principes que la France respectait depuis 150 ans : le jeu, parce qu’il est dangereux, est organisé par l’Etat. Il annonce que le déficit de l’Etat atteint 50 % de la dépense publique ! Et le fils du président de la République se voit installé (à 23 ans et sans aucune compétence particulière) à la tête de l’établissement public d’aménagement du quartier de La Défense, un des intervenants les plus puissants dans l’aménagement au niveau européen. Tous les piliers solides sur lesquels notre pays s’était construit, en termes de principes, de décence, de raison, chancellent et s’effritent. Cela rappelle l’Empire romain. »
Bayrou n’a pas tort, notamment sur la question des jeux. La plupart de nos concitoyens connaissent un jeune, qu’il soit fils, neveu ou copain, pressé d’avoir une carte de crédit pour s’offrir le
frisson du poker sur Internet. C’est inquiétant mais pas de quoi dramatiser. Jean Sarkozy, c’est vrai, constitue une insulte aux règles de bonne gestion, d’équilibre, de bon sens. On ne met pas
un étudiant de seconde année de droit aux commandes d’une énorme machine. Demandons aux responsables de l’UMP s’ils monteraient dans un airbus dont le pilote n’a pour seule expérience que le vol
en ULM. En plus, cette nomination est moralement contestable. A 24 ans, des millions de jeunes sont encore en CDI, au chômage, en stage, peinant à gagner le Smic, et voilà -t-il pas que Jean
l’héritier se voit confié un job permettant de palper les euros par dizaines de milliers. Bon, un détail après tout. Il faudrait être naïf pour croire que nos élus sont les garants de l’ordre
juste et moral sans faille. L’humain est perfectible. On note cependant d’autres signes évoquant cette légèreté de la gestion publique, ces indélicatesses avec la loi, le bon sens, la rigueur, la
morale. Mitterrand par exemple, pas de quoi être fier. Je ne parle pas de la polémique des mœurs, me refusant à commenter cette affaire, mais des compétences culturelles de cet homme parvenu au
pouvoir grâce à ses facultés à s’insérer dans les réseaux mondains. Que penser de la gestion de la grippe par Madame Bachelot ? Savez-vous que l’Athénée municipal, cette salle dévouée à la
culture et aux débats située au centre de Bordeaux, est fermé trois mois pour servir de centre de vaccination. Et cette idée de soumettre à l’impôt les indemnités pour accidents de travail. Rien
que l’idée effraie. Car elle trahit un mode de pensée inquiétant chez quelques élus de poids. Bref, la société fonctionne mal.
On lira dans le livre de Curtius, « Essai sur la France » (1932), un portait intéressant de notre pays qui se caractérise par un large tribut accordé aux institutions romaines, avec le souci de la transmission, de l’héritage, du patrimoine. En ce sens, Bayrou est un pur français de souche spirituelle. Une sorte d’anti-Moderne du 21ème siècle. Il n’a pas tort sur le fond. La France donne des signes de déclin.
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