Bangladesh. Payer 3 € de plus pour un jean, ça nous aurait tués ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Les ouvrières ensevelies sous les décombres d’ateliers de confection au Bangladesh ont payé de leur vie nos vêtements bon marché.


Des effets personnels jonchent les ruines de l'immeuble effondré - Ismail Ferdous/AP/SIPA
Des effets personnels jonchent les ruines de l'immeuble effondré - Ismail Ferdous/AP/SIPA
Déjà plus de 700 morts douze jours après le drame, et le bilan ne cesse de s’alourdir à mesure que les engins de l’armée déblaient les décombres du Rana Plaza, dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh. Le 24 avril, cet immeuble s’est effondré comme un château de cartes sur les quelque 3000 ouvriers, principalement des femmes, qui y travaillaient, employés par l’un des cinq ateliers de confection abrités à cette adresse.
 
La fatalité n’y est pour rien. Elle est bien la seule.
 
La veille, les ouvriers qui avaient signalé d’inquiétantes fissures apparues sur le bâtiment ont été priés de retourner sagement au boulot derrière leurs machines à coudre. Ce sont sans doute les vibrations de ces milliers d’outils, ajoutées à celles des lourds générateurs, qui ont fait céder l’immeuble conçu pour accueillir des bureaux et des locaux commerciaux – et augmenté de 3 étages sans que rien dans sa structure d’origine ne soit consolidé.
 
Les économies réalisées sur les conditions de travail permettaient aux ateliers de rémunérer leurs esclaves leur main d’œuvre 30 € par mois, pour six jours de labeur par semaine, dix heures par jour. Et donc de fabriquer à vil coût les T-shirts, jeans, chemises siglées par les géants de la mode low cost, dont l’espagnol Mango, le britannique Primark et l’italien Benetton pour ne citer que les plus connus.
 
Grâce à ces prix, plus bas que le delta du Gange, le Bangladesh s’est hissé en quelques années derrière la Chine au 2e rang des pays exportateurs de textile, une industrie qui emploie 40 % des ouvriers du pays.


Une femme à la sortie de la morgue. Elle se couvre le visage du fait de l'odeur des cadavres - Wong Maye-E/AP/SIPA
Une femme à la sortie de la morgue. Elle se couvre le visage du fait de l'odeur des cadavres - Wong Maye-E/AP/SIPA
Le pays attire ainsi les grands noms de la fast fashion mais aussi du prêt à porter haut de gamme occidental en mal de délocalisation, qui passent commande sans rien ignorer des salaires indigents de la main d’œuvre la moins chère au monde, de la sécurité défaillante, du droit du travail inexistant, de l’absence de syndicats, de la corruption endémique et de la fumisterie des contrôles (18 inspecteurs pour 100 000 usines).
 
Emus par le drame et la lumière crue projetée sur les « ateliers de la sueur », des esprits compatissants réclament le boycott des fringues made in Bengladesh, proposant d’ajouter la misère au chagrin. Comme si mettre au chômage et priver de revenus des millions de famille devait réchauffer notre conscience et régler le problème. Comme si le sale business ne se déplacerait pas ailleurs, au Cambodge ou en Ethiopie. Curieux comme on réclame la traçabilité de ce qu’on mange, mais pas de ce qu’on porte…
 
Plus de 700 ouvrières et ouvriers viennent de mourir dans la banlieue de Dacca. Pour nous rappeler que quand sur l’étiquette ce n’est pas cher, c’est que quelqu’un d’autre en paie le prix.
Par Christine Lambert - http://www.marianne.net/
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