Martine Aubry a ouvert, mardi soir, le Bureau national du parti à des experts de la question climatique. La première secrétaire en a profité pour défendre l'idée de deux taxes, sur les transactions financières et sur les produits en fonction des kilomètres parcourus avant achat, pour financer l'aide aux pays du Sud.
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Martine Aubry tenant une conférence de presse sur le sommet de Copenhague, ce mardi au siège du PS. (Benoit Tessier / Reuters)
Les éminents invités sont priés d’apprécier. Dans la cour de Solférino, trône une structure en glace, éclairée de bleu, figurant le globe terrestre. Reçus par Martine Aubry, Jean Jouzel, du Groupe d’experts sur le changement climatique (Giec) et prix Nobel 2007, Fernando Gabeira, président du parti vert brésilien, Ousmane Tanor Dieng, ancien ministre du Sénégal, Pierre Radanne et Sandrine Mathy, présidente du Réseau action climat, observent la statue sous toutes ses coutures. Et, imitant la première secrétaire du PS, posent la main sur le gros glaçon rond, pour les caméras. Tout est dans le symbole. Symbole des effets du réchauffement. Et des efforts affichés par les socialistes pour se mettre à l’heure climatique.
Journée spéciale Copenhague à Solférino, donc, avec l’ouverture exceptionnelle du Bureau national du parti à cette poignée d’experts de la question climatique. Celle-ci «n’est ni franco-française ni socialo-socialiste et méritait un débat ouvert», explique Laurence Rossignol, secrétaire nationale chargée de l’environnement.
A six jours de l’ouverture du Sommet sur le climat, le diagnostic est bien connu: une course au toujours plus qui a entraîné «des catastrophes irréversibles». Aubry énumère la longue liste des désastres, «écologiques mais aussi humains», avec son lot, présent et futur, de réfugés climatiques, «sanitaires, alimentaires, économiques». «La crise écologique est devenue la première cause de destruction de l’homme par l’homme», conclut-elle, mettant en garde contre une «fuite en avant [qui] serait une impasse, voire un point de non-retour pour la planète». Et appelant à «mettre en place un nouveau modèle de production».
Mais la première secrétaire, qui se rendra dans la capitale danoise les 15 et 16 décembre, veut donner sa chance à Copenhague. Sans placer la barre trop haut pour éviter de mettre hors-jeu les Etats-Unis. «On doit se réjouir des annonces de Barack Obama car pour les Américains, le droit international ne peut pas être contraignant», tente-t-elle tout en admettant que «leurs chiffres ne sont pas à la hauteur. Mais Obama a fait un geste politique fort.» Et «la Chine entre dans le jeu, maintenant, nous attendons l’Inde», ajoute Aubry.
Côté PS, signataire de «l’appel à l’Ultimatum climatique», on se targue d’objectifs «ambitieux et réalistes», proposant par exemple de «s’engager sur - 40% [d’émissions de gaz à effet de serre] pour l’Union européenne pour 2030».
Mais c’est sur la participation au fonds public d’adaptation au changement climatique à destination des pays les plus vulnérables - «un engagement absolu vis-à-vis des pays du Sud» pour Aubry, que le PS veut insister. Pour alimenter ce fond - que le PS chiffre lui aussi à 100 milliards d’euros -, le parti défend l’idée d’une taxe sur les transactions financières, sorte de «taxe Tobin Tobin verte», selon Laurence Rossignol.
Mais aussi une taxe «intégrant les kilomètres parcourus dans le transport de produits vendus chez nous». Il ne s’agit pas de taxer le café du Brésil «vendu à des pays qui n’en produisent pas», nuance Aubry, mais d’«éviter de consommer des fraises ou des tomates d’Afrique du Sud en plein hiver». «Nous devons porter nos efforts sur la question du financement», souligne l’eurodéputé Vincent Peillon, qui y voit «un marqueur droite-gauche», rappelant que le PPE (Parti populaire européen, à droite) a récemment refusé, au Parlement européen, de voter une taxe sur les transactions financières.
Ces propositions sur l’accompagnement des pays du Sud «vers une autre modèle de production» sont aussi une manière pour le PS de jouer sa propre partition climatique, dix jours après le «Forum de Copenhague» organisé par Daniel Cohn-Bendit à l’Assemblée nationale, et boudé par Aubry. Et de ne pas laisser le champ écolo entièrement libre au rassemblement Europe Ecologie à l’approche des régionales. «Je ne vois pas énormément de différences entre les deux discours. Nous insistons peut-être plus sur le fait de rendre indissociables les questions écologique et sociale», défend Aubry.
Laquelle n’a pas manqué l’occasion de vanter le bilan environnemental des socialistes à l’échelle locale, citant les transports, les énergies renouvelables, l’aide à la recherche pour les filières de construction durable, etc. «Les socialistes ont peut-être moins parlé d’écologie mais ils l’ont fait», se félicite la première secrétaire. «Le PS et la gauche n’ont pas attendu Copenhague pour engager, dans les collectivités locales des politiques audacieuses et innovantes», renchérit Laurence Rossignol.
Ca tombe bien, «le temps ne s’arrêtera pas s’il n’y a pas d’accord à Copenhague», avertit Sandrine Mathy, du Réseau action climat. Soulignant que «l’échelon territorial est crucial pour le changement climatique», via l’aménagement du territoire ou la formation, elle demande à ses hôtes que leurs listes et leur programme pour le scrutin de mars «soient en cohérence» avec leur discours.
Par Laure Equy - http://www.liberation.fr/
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