Après la mort de Clément Méric : faut-il dissoudre les groupes d'extrême droite ?

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Après la bagarre qui a coûté la vie à Clément Méric, le Parti de gauche (et à sa suite, l'ensemble du Front de gauche) appelle à la « dissolution des groupes d'extrême droite ». Alexis Corbière, secrétaire national du PG chargé de la lutte contre l'extrême droite, professeur d'histoire et auteur du « Parti de l'étrangère, Marine Le Pen contre l'histoire républicaine de la France » (1), justifie cette prise de position.



Marianne : Après la bagarre qui a coûté la vie à Clément Méric, le Parti de gauche et le Front de gauche dans son ensemble appelle à un rassemblement ce soir à 18h30 place Saint-Michel à Paris et à « la dissolution des groupes d’extrême droite » qui, dîtes-vous, « multiplient les actes de violence et affichent avec de moins en moins de retenue la haine raciale et leurs convictions fascistes à Paris et à travers le pays depuis plusieurs semaines » ?

Alexis Corbière : Nous appelons d’abord la police — et je veux leur faire confiance — à retrouver les coupables. On nous bassine assez avec le « tout sécuritaire », la vidéosurveillance, etc, pour espérer que les forces de police puissent mettre la main sur les auteurs de ce crime. Parce que je n’accepterai pas l’idée qu’à Paris, à 18 heures, quelqu’un se fasse assassiner sans qu’on ait les moyens de retrouver les coupables…

Mais, surtout, il ne doit pas y avoir une banalisation de ce crime. Il y a eu chez beaucoup de médias un travail scandaleux qui a été accompli de dédiabolisation du Front national. Il y a eu aussi, en parallèle de ce mouvement, une radicalisation de ces groupuscules violents néo-nazis qui se sentent aujourd’hui le vent en poupe et qui paradent beaucoup plus facilement en bombers et en rangers. Certains de nos militants avaient déjà été violentés pendant la campagne par ces différents groupuscules. Aujourd’hui, tout ça débouche sur « l’irréparable ».

Il nous semble donc urgent qu’on arrête ce discours de dédiabolisation de l’extrême droite. L’extrême droite est dans l’exaltation de la violence, c’est l’affrontement physique et ceux qui aujourd’hui s’en étonnent sont des naïfs. Les pouvoirs publics ont la capacité et doivent intervenir rapidement et neutraliser ces groupes d'extrême droite.

Les exemples passés de dissolution n’ont pas porté leurs fruits. Après l’attentat manqué de Maxime Brunerie contre Jacques Chirac en juillet 2002, la dissolution d’Unité radicale avait été prononcée par décret. Et l'on retrouva par la suite nombre de ses membres dans de nouvelles structures comme le Bloc identitaire par exemple ?

Lutter contre l’extrême droite et les idées racistes, j’en suis conscient, impose que l’on fasse de la politique, que nous ayons un contre projet pour changer la société. C’est ce que fait le Front de gauche. Je suis un acteur politique, pas un commentateur qui dénonce simplement le racisme. Je suis quelqu’un qui veut changer la société pour que celle-ci ne soit plus le terreau du développement des idées d’extrême droite. Lutter contre ces groupuscules ou contre le FN impose que nous refusions l’austérité et que nous ayons un programme de changement.

Ça n’empêche pas, une fois que l’on a dit ça, d'interdire à ces groupes de crânes rasés, armés de poings américains, de parader et qu'ils puissent commettre, comme on l’a vu hier, un assassinat. Tout de même, quand vous avez des locaux, des cafés, comme c’est le cas à Paris, où des conférences ont lieu au cours desquelles sont invités à parler des nostalgiques de régimes fascistes, ça n’est pas acceptable. Ne laissons pas ces groupuscules se retrouver par exemple dans des salles de sport et avoir le sentiment que finalement l’extrême droite est une opinion comme une autre. Il n’est pas normal, en 2013, que ces organisations puissent réhabiliter des régimes fascistes ou nazis avec les conséquences que ça a aujourd’hui.
 
Même si la dissolution peut évidemment être légitime dans le cadre d'organisations anti-républicaines prônant notamment des thèses racistes et/ou antisémites, appeler à « la dissolution des groupes d’extrême droite », comme Jean-Luc Mélenchon appela par le passé à l'interdiction du Front national, peut apparaître au final pour certains comme une sorte d’aveu de faiblesse de la part d'un responsable politique ? Ceux-là vous diront que ça signifie, en creux et bien malgré vous, que vous ne croyez pas en la force de vos propres idées pour convaincre ?

Nous voulons évidemment changer la société et mettre fin à l’injustice stupide qui crée les conditions d’un désarroi qui fait le lit de l’extrême droite. Cette injustice, ses membres en font leur miel en faisant porter la responsabilité sur les étrangers, sur ceux qui bénéficient d’aides sociales... J’en suis conscient. Mais ça ne suffit pas. Il faut agir.

La République n’est pas un régime neutre et je ne crois qu’il faille tolérer que des groupes paramilitaires, portants quasi des uniformes, puissent parader comme le 8 mai dernier autour de la statue de Jeanne d’Arc à Paris. Nous avons de la mémoire historique et politique. Si l’on laisse perdurer ce genre de groupes qui font le coup de poing, s’ils ne sont pas sanctionnés, on sait très bien ce que ça peut créer demain. Donc oui, nous disons qu'il faut demander leur dissolution.

(1) Le Parti de l'étrangère, Marine Le Pen contre l'histoire républicaine de la France, Ed.Tribord, janvier 2012. 192 pages, 6 euros.

Gérald Andrieu - Marianne

Publié dans Dans l'actualité

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