Amiante, un scandale français

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

A la suite de notre article «Amiante, un scandale français » paru dans Marianne n°875, le syndicat des copropriétaires de la Tour Montparnasse mis en cause nous a transmis un droit de réponse sous forme de questions-réponses. Nous le publions bien volontiers dans le souci de faire vivre le débat.


crédit XAVIER FRANCOLON/SIPA
crédit XAVIER FRANCOLON/SIPA

Interview de Jean-Pierre Versini-Campinchi et Franck Morel (Cabinet Barthelemy), avocats des syndicats de copropriétaires de la Tour Maine Montparnasse.

 

 

1- Combien de personnes travaillent et fréquentent chaque jour l’ensemble immobilier de la Tour ? 
 

8000 personnes : 5000 dans la Tour elle-même et 3000 autres dans les deux bâtiments adjacents et le centre commercial.

Le dernier étage accueille environ un million de visiteurs par an.

Il y a 300 copropriétaires et 450 locataires.

 

2 - L'air de la Tour est-il pollué ? Y a-t-il un risque sanitaire ?
 

Il n’y aucun risque sanitaire ni pollution d’air, les innombrables contrôles l’attestent. Aujourd’hui tous les plateaux de bureaux de la Tour proprement dite sont désamiantés.

Il faut éviter la confusion : les cas de risque sanitaire lié à l’amiante ont été constatés lorsque des personnes qui travaillent le matériau y sont exposés pendant des années ou encore lorsqu’on est exposé de manière permanente dans un immeuble à de l’« amiante dégradée ».

 

Cela n’a jamais été le cas à la Tour.

 

La seule circulation dans des bâtiments contenant de l’amiante ne présente pas un danger. Sept logements HLM sur dix contiennent de l’amiante. On ne fait pas évacuer ces logements.

 

 

3 - Pourtant des incidents (bouffées de poussières d’amiante) ont été relevés et ont provoqué l'intervention du Préfet de Paris. Comment expliquez-vous cela ?
 

Le Préfet a voulu que les causes de ces incidents soient déterminées de manière à pouvoir les traiter. Cela a été la mission de l’expert, Monsieur Jacq, qui vient de déposer un rapport définitif dans lequel il dit que:

 

  1. 1) tous les incidents qui se sont produits ont exclusivement résulté des travaux de désamiantage quand ils étaient en cours. Ils sont aujourd’hui interrompus ;
  2. 2) il existe des techniques permettant de confiner encore mieux ces travaux pour éviter tout échappement de poussière, même très ponctuel ;
  3. 3) les travaux pourront être repris toujours en « site occupé » après la mise en œuvre de certaines préconisations techniques supplémentaires.

 

 

4 – Cet expert est-il vraiment "indépendant" alors qu’il a été payé par vos clients ?

 

C’est une question outrageante, un prestataire qui est rémunéré pour le travail qu’il accomplit n’est pas pour autant un « vendu » ! 

Monsieur Jacq a été choisi conjointement avec les services du Préfet de Paris et ses prestations ont été réglées par les copropriétaires parce que c’est la règlementation.
 

5- peut-on poursuivre le désamiantage alors que 8000 personnes travaillent sur le site ?

 

Oui, l’expert l’a formellement confirmé dans son rapport.

 

6 - pourquoi ne pas avoir évacué la Tour pour faire les travaux, plus vite et sans risque ? Est-ce pour réaliser des économies ?

 

« Economie et déni » ! Il a été prétendu par certains commentateurs que les copropriétaires seraient dans le déni du risque sanitaire. Ces bâtiments sont les plus contrôlés d’Europe, en permanence. Le coût de l’ensemble des travaux de désamiantage et des travaux induits par ce désamiantage s’élève à ce jour à 250 millions d’euros ! 

Cela mettrait le « déni » à un prix effarant et cela répond à la suspicion d’avoir voulu faire une « économie » !

 

La décision a été prise conjointement avec l’autorité publique de ne pas évacuer l’ensemble immobilier parce que ce n’était ni techniquement nécessaire ni règlementairement exigé.

 

 

7- l'expert a toutefois relevé des lacunes dans la conception et la réalisation, allez-vous engager des poursuites contre les entreprises et les maitres d'œuvre ?

 

Une information pénale est ouverte et seule l’autorité judiciaire pourra qualifier ces lacunes. 

 

8 - Comment expliquez-vous le départ précipité le jeudi 30 janvier des services du Conseil Régional de l’Ile de France qui occupait un étage de la Tour ? 

 

Nous attendons que le Président de Région nous explique la cohérence et la rationalité de sa démarche parfaitement intempestive et dommageable. On ne peut expliquer ce départ que par ce qu’il est : une manœuvre politique qui est tombée au mauvais moment. 

 

C’est en effet à l’instant où était présenté publiquement le rapport de l’expert, Monsieur Jacq, que le président de la région Ile de France a demandé l’évacuation de ses personnels en prétendant « considérer le risque sanitaire », or l’expert a conclu qu’il n’y avait pas de risque sanitaire et qu’aucune bouffée de poussière d’amiante n’avait été constatée depuis 6 mois !


9- Les salariés de la Tour veulent être indemnisés de leur anxiété d'attraper une maladie liée à l'amiante. Que leur répondez-vous ?

 

Les juges ont toujours associé le préjudice d’anxiété au fait d’avoir travaillé dans un établissement industriel de traitement de l’amiante. Aucun rapport avec la tour.

Le conseil des prud’hommes de Paris a d’ailleurs déclaré le 3 décembre dernier, irrecevable les demandes d’un salarié de la Tour pour préjudice d’anxiété.

 

10 - Vos clients se plaignent du traitement médiatique de ce dossier, pourquoi ?

 

Les copropriétaires ont légitimement le sentiment d’être victimes d’une opération systématique de désinformation. Il y a là une certaine irresponsabilité de la part de medias dont le rôle premier devrait être la recherche de la vérité et l’information loyale. Les copropriétaires se réservent d’agir en justice.

 

La Tour est un symbole qui a conduit à des titres de presse, non seulement catégoriquement faux, mais susceptibles de créer une panique : « L’air de la Tour saturé d’amiante », « la Tour infernale », et le jour du dépôt du rapport de l’expert : « Le pire scenario » ou encore à l’occasion du départ des services du Conseil Régional de l’Ile de France « La Tour bientôt vidée de ses occupants !».

 

Il existe un nombre considérable de bâtiments publics et privés, même d’habitation, qui contiennent des tonnes d’amiante parfois dégradé, mais la Tour permet à toutes sortes de détracteurs de se manifester.

 

Certains détestent la Tour comme a été détestée la Tour Eiffel dans ses premières décennies.


Commentaire de l’auteur de l’article, Jean-Claude Jaillette

Les propos de Maitres Jean-Pierre Versini-Campinchi et Franck Morel nécessitent quelques précisions.

• « Il n’y a aucun risque sanitaire ni pollution de l’air, les innombrables contrôles l’attestent » écrivent-ils. Leur affirmation est contredite par le rapport de l’expert en date du 27 novembre 2013.
 

  1. 1. Pas de pollution de l’air ? Treize dépassements de seuil ont été recensés par l’expert entre janvier 2013 et novembre 2013, date à laquelle il a démarré son expertise. Il en donne la liste dans son rapport. Il précise en outre que ces mesures ont été organisées par « le syndic dans le cadre de la surveillance du site ». En outre, les dépassements de seuil constatés en novembre 2013 montrent que malgré l’arrêt des travaux ordonné en août 2013, la pollution persiste.
  2. 2. Aucun risque sanitaire ? Certes, lors de la conférence de presse organisée par Gilles Vuillemard, le représentant des copropriétaires le 29 janvier dernier, l’expert, présent à ses côtés, a précisé que les dépassements de seuil avaient un caractère ponctuels, laissant entendre qu’il n’y avait dès lors pas de risque sanitaire sérieux. Ce qui n’a pas empêché le Préfet d’Ile de France de prolonger la suspension des travaux dès qu’il a pris connaissance du rapport d’expertise, sommant les copropriétaires de « mettre en œuvre les conclusions du rapport » sous deux mois. S’il n’y avait aucun risque sanitaire liée aux travaux, pourquoi l’autorité administrative aurait-elle pris cette décision radicale ?
  3.  

• « L’expert confirme que le désamiantage peut être poursuivi alors que 8000 personnes travaillent sur le site » écrivent les deux avocats des copropriétaires.

Une fois encore, le rapport contredit cette affirmation. Il précise, abordant les mesures conservatoires à prendre: « Au regard des constations effectuées, je préconise dans un premier temps la suspension de tous travaux de désamiantage tant que l’EITMM (Ensemble immobilier de la Tout Maine Montparnasse) n’aura pas mis en œuvre une organisation pérenne des travaux. » Ce qui en clair signifie bien que l’organisation actuelle des travaux ne permet pas aux 8000 personnes travaillant sur le site de continuer leur activité en toute sécurité. Quelques paragraphes plus haut, le même expert précisait : « L’étude des dépassements de seuil dans le volume du bâti et au fil des années a permis d’associer pour un ombre important de situation, des mesures de dépassement avec la réalisation de travaux de retrait (…). Dans ce situations de corrélations observées, les travaux de désamiantage portent sur des gaines techniques ou un une ou plusieurs gaines d’air verticales. ». JCJ

 

Par Jean-Claude Jaillette - http://www.marianne.net/

Publié dans Dans l'actualité

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