Affaire Abdelhakim Dekhar : lapsus et préjugés de bavards imprudents

Publié le par Ce qu'il ne fallait pas rater !

Ne rien dire semble aujourd’hui impossible pour les médias tout-infaux, pour les résosociaux, machines infernales à délires prétentieux.


AP/SIPA
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Les réflexes sont si puissants que l’affaire Merah n’a pas servi de leçon : ceux pour qui le programme de gauche se réduit désormais à l’antifascisme en viennent à éprouver une sorte d’inconscient désir de fascisme, comme par besoin de justifier cette vision limitée des problèmes du moment à laquelle ils se raccrochent désespérement.

Il suffit qu’un drame ou un épisode tragique s’y prête pour que leur première pensée, leur première hypothèse (leur premier espoir ?) soit l’avènement de notre Breivik français. Dans l’affaire Merah tout comme dans celle de Dekhar, alors que l’on se savait encore rien de rien, des bavards imprudents se sont précipités avec fièvre, tel Philippulus, pour nous annoncer le retour des temps sombres. 

Le directeur de Libération a déclaré d’emblée que « si les journaux et les médias doivent devenir des bunkers, c’est que quelque chose ne tourne pas rond dans notre société » en précisant en quoi cela « ne tourne pas rond » « il y a des mots qui se disent partout, il y a des mots qui s’écrivent, il y a des lettres qu’on reçoit, il y a un niveau ambiant, un bruit, des décibels qui montent, il y a des menaces qui sont formulées, parfois de manière claire et nette, le plus souvent de manière anonyme ».  

D’autres, chez les politiques, ne furent pas en reste. David Assouline, porte-parole du PS a livré son diagnostic une heure après l’attaque au siège du quotidien pour souligner que « cela intervient dans un moment où notre société vit un climat de violence insupportable. Violence des mots, violence des actes qui maintenant touche les journalistes, dont la mission est indispensable à la vie démocratique de notre pays ». 

Son collègue député PS de Seine-Saint-Denis Daniel Goldberg reliait l’agression « aux attaques racistes visant Christiane Taubira » : « Cela fait partie d’un climat ». Le sénateur écologiste André Gattolin, tout en précisant qu’« on ignore encore ce qui a pu déboucher sur un tel drame », ne pouvait s’empêcher d’ajouter que « ce  dernier semble cependant renvoyer aux violentes crispations qui parcourent la société ; des crispations qui en viennent à menacer, à travers la presse, un pilier de la démocratie ». 

Même réflexe chez Jean-Luc Mélenchon précisant que cette agression « révèle une ambiance » et chez Jean-Michel Baylet, président du PRG, soulignant qu’elle intervient dans un « contexte actuel marqué par une multiplication des attaques contre les valeurs républicaines ». 

L’essayiste médiatique Caroline Fourest fonça encore plus fort dans le noir. Après avoir lucidement évoqué la fièvre des sites internet et l’utilisation néfaste des réseaux sociaux, elle concluait : « la plus grande responsabilité, aujourd'hui, est à droite, où l'absence de complexe et la surenchère ont libéré une parole mortifère. On entend décidément trop peu la droite républicaine. Où est-elle? Quand des gens de son propre camp dérapent et tiennent des propos à droite de l'actuel Front national". 

Comme dans l’affaire Mérah, un silence gêné a subitement interrompu les sermons de ces bavards après l’interpellation d’Abdelhakim Dekhar, ex-compagnon de l’équipée meurtrière de Florence Rey et Audry Maupin en 1994. Le « trentenaire de type européen au crane rasé » n’était pas un des 2000 lecteurs de Minute, mais un personnage fantasque qui dénonce les « journaputes » et un fumeux « complot fasciste » après avoir dans le passé frayé avec l’ultragauche violente et les militants de la SCALP (Section carrément anti Le Pen).  

Le présumé coupable est donc un personnage indécidable : débris gauchiste ? malade mental ? drogué hallucinant ? indic débile ? zombie manipulé ? On n’en sait encore vraiment rien et il vaut donc mieux ne rien dire ni conclure avant de savoir et de tenter de comprendre. Mais ne rien dire semble aujourd’hui impossible pour les médias tout-infaux, pour les résosociaux, machines infernales à délires prétentieux, et pour les militants à la recherche permanente de la figure du Mal qui confirmera leur pedigree de combattants du Bien.  

Ces bavards, qui vont de bourdes en bourdes sous l’emprise de leurs réflexes antifascistes à côté de la plaque, ont des frères ennemis - les racistes - qui fonctionnent exactement comme eux : sur nombre de leur sites, ils ont embrayé au quart de tour avec une joie malsaine quand fut révélé l’identité du tireur de Libération.

Les uns, comme Bruno Gollnisch tweetant comme si l’identité de Dekhar valait explication de son crime et y voyant un « condensé de nos carences» telle qu'une « nationalité trop facilement accordée ». Les autres en faisant automatiquement un « musulman ». Car chez les racistes, réflexes et préjugés font conclure que lorsque l’on s’appelle Abdelhakim Dekhar, on ne peut qu’être musulman. Et que lorsque l’on est musulman on ne peut qu’être suspect. 

Ces attitudes réflexes, antifascistes comme racistes, cèdent pareillement à la tentation - inacceptable dans un Etat de droit - de la responsabilité collective : prendre prétexte d’un évènement ou d’un forfait individuel pour accuser par avance la masse de leurs ennemis. Avant d’invoquer un « fou », un « isolé », un « loup solitaire » si la réalité dément leurs préjugés. Fabrice Rousselot, l’éditorialiste de Libération vient de sagement conclure de cette tragédie que seul Abdelhakim Dekhar « devra répondre de ses actes ». Et personne d’autre.

 

Par http://www.marianne.net/

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