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 Les commentaires de la presse internationale, tout en soulignant l’ampleur de la victoire des socialistes, ont effleuré plusieurs explications et tropismes qui restent très approximatifs. La première étant l’inefficacité du gouvernement sortant et les scandales qui l’ont accompagné tout au long des six années où il a été au pouvoir. Il faut aller plus loin : ce que le peuple grec et ses élites reprochent au gouvernement Karamanlis c’est sa non existence, son absence. Kathimerini, qui n’est pas un journal suspect de gauchisme, bien au contraire, souligne dans un éditorial : Â» Mr Karamanlis n’était intéressé qu’à la victoire de son camp, considérant la politique comme un sport. Il est significatif, que la seule chose qu’il a dit en quittant le pouvoir c’est d’avoir gagné deux élections Â». Pas un mot de ce qu’il avait fait de ces deux victoires, non plus de ce qu’il fera de sa défaite : en démissionnant il laisse à la multitude de ses épigones la responsabilité de trouver un chemin, un discours, un projet.
 
En fait, la politique du gouvernement sortant était de ne pas en avoir une, de naviguer entre le plus offrant et le moins embarrassant. Cela s’appelle communication, la grande perdante de ces élections, avec la droite. Aux dires du cinéaste Théo Angelopoulos, qui n’a jamais été tendre avec le PASOK socialiste, « ce gouvernement a été le plus mauvais qu’ait jamais connu ce pays, un gouvernement qui a ramené la Grèce vingt ans en arrière Â». Certes, d’avoir été élu comme un ange exterminateur de la corruption et se noyer dans les scandales sans jamais vouloir les sanctionner, n’a pas non plus aidé monsieur Karamanlis. Sans parler, et c’est essentiel pour Athènes, de la régression sur tous les fronts diplomatiques qui avaient connu un printemps et une baisse des tensions, sous la houlette de Georges Papandréou quand il était ministre des affaires étrangères. La liste est longue, en commençant par la Turquie, la Macédoine, l’Albanie, Chypre, et least but not last, la Commission Européenne et les relations outre atlantique. Concernant les affaires étrangères et les facteurs et tensions géopolitiques environnantes, le gouvernement Karamanlis a agi comme un chef de village en litige avec le village voisin. Heureusement que Mme Bakoyanis était là, comme ministre des affaires étrangères, passant la quasi totalité de son temps à éteindre les incendies diplomatiques, à couvrir les gabegies concernant les fonds communautaires et à démentir les maximalismes patriotiques et nationalistes des leaders politiques de la Grèce du nord qui n’avaient rien à faire des négociations subtiles entre Athènes et Skopje, sous la houlette du département d’État américain. (Soulignons par ailleurs l’absence et l’effacement stratégique de l’UE sur ce sujet qui concerne pourtant un Etat membre et un espace géopolitique Européen).

Le Figaro, effleurant la critique communément pratiquée sous le titre « démocratie dynastique Â» titrait « la Grèce revient à un Papandréou Â». Certes, des Papandréou ont gouverné la Grèce,  représentant toujours les couches les plus en libérales et progressistes des classes moyennes. Tout comme les Karamanlis, les secteurs conservateurs. Mais la reproduction des élites en Grèce a trouvé ce chemin, forcée de prendre en compte que l’éloignement seul permettait cette reproduction face aux gouvernements autoritaires. L’exil a été la seconde université pour quasi tous les hommes politiques d’importance. A ce point que Karamanlis pourtant conservateur, a fui la Grèce lorsqu’il s’est opposé au palais et aux dictateurs, pour revenir après un long séjour à Paris transfiguré, plus proche de Papandréou que du camp qu’il était censé représenter. La liste des exilés indépendamment de leur sensibilité politique est longue, à commencer par les protagonistes actuels. Cela concerne aussi - et surtout - les représentants de la gauche classique, mis hors jeux,  en prison, ou en exil. Mais l’exil en URSS ou ailleurs dans le camp socialiste a eu comme conséquence la persistance d’un PC stalinien traumatisé, qui n’a pas permis un aggiornamento de la pensée de gauche. La gauche libertaire, issue des universités italiennes, françaises et allemandes et dite eurocommuniste, ou franchement gauchiste s’est dépensée à préserver son existence face à un parti communiste qui la pourchasse depuis la guerre, la résistance anti nazie. Ce sont des survivants tenaces mais, eux aussi, ont des difficultés à faire autre chose que d’exister.

Les mutations et les dépassements culturels et idéologiques, la transformation, sont donc venus d’un centre libéral qui, avec le temps, s’est radicalisé. Andréas Papandréou a été en totale rupture avec son père, tout comme son fils l’a été avec lui. Si dynastie il y a, elle est basée sur le parricide et le dépassement. Une fois encore, c’est ailleurs qu’en Grèce que la mutation a eu lieu. Pour Andréas, la radicalisation gauchisante, pour Georges, les mouvements sociaux, l’environnement et la rupture avec le discours nationaliste. Sans parler des modes de vie : chez le père, un populisme propre à un professeur d’université américaine qui cherche la rédemption de classe chez les plus pauvres jusqu’à prendre les habits et les passe temps de l’homme du peuple, chez le fils, qui a passé une partie de sa jeunesse en Suède, l’attrait pour le vélo, le bio, la tentation de la complexité, l’horreur pour les discours, au point, chez ce peuple adorateur des tribuns, d’en faire, pendant les longues années de lutte pour l’emporter « idéologiquement Â» dans son propre parti, son plus grand handicap. 

L’emporter au sein du Pasok est une chose. Le faire dans la société grecque en est une autre. Nationalisme, orthodoxie (qui semble pourtant avoir tourné la page nationalo-extrémiste), clans politiques et fratries professionnelles, défiance à l’Etat et libertés prises avec l’état de droit sont les vrais opposants de Georges Papandréou. Bref, la modernité et le dépassement désiré pour une société plus juste et moins entropique s’opposent aux habitudes de chacun. C’est là le grand défi, tous les autres, d’ordre économique, logistique, d’éducation et de modernisation y découlent. Chaque grec devrait dire cette phrase à son nouveau gouvernement, prise dans le film Havane : « You want to change the world ? Change me Â». 

par Michel Koutouzis (son site)  - http://www.agoravox.fr/

Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /2009 05:54
- Publié dans : Actualité Internationale
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