Pour la première fois de son histoire, la Cour des Comptes s'est livrée à un contrôle du budget des services de la Présidence. Un exercice demandé par Nicolas Sarkozy lui-même, en réponse
au manque de transparence du "Château", et qui révèle plusieurs anomalies.
"C'est une démarche inédite, historique". Pour la première fois dans l'histoire de la République française, l'Elysée a soumis ses dépenses 2008 à la loupe de la Cour des Comptes. Un contrôle
demandé par Nicolas Sarkozy lui-même, dès le discours d'Epinal en juillet 2007. "Cela fait 218 ans que le chef de l'Etat cache ses comptes à l'organe de contrôle, nous nous réjouissons d'avoir
cette responsabilité, et nous l'exerçons sans complaisance", a assuré Philippe Séguin, le premier Président de la Cour des comptes.
Dans son rapport, la cour dresse un constat plutôt positif, estimant que "des progrès sur la transparence plus que significatifs" ont été accomplis. "Nous reconnaissons les efforts qui sont
faits pour remettre l'Elysée dans le droit commun", a ajouté Philippe Seguin. Jusqu'à présent éparpillées entre différents ministères, les dépenses de fonctionnement de l'Elysée sont désormais
consolidées en un seul budget, celui de la présidence, a noté le premier Président, ajoutant : "C'est le premier vrai budget de l'Elysée", qui a atteint 112,57 millions d'euros en 2008.
Des efforts restent à faire
La Cour des comptes souligne cependant qu'il reste "des progrès à réaliser" et relève plusieurs anomalies. Elle épingle notamment "la très faible mise en concurrence des fournisseurs" de
l'Elysée, le coût des déplacements officiels du président de la République et de son entourage ou encore l'entretien de résidences présidentielles inoccupées. Autant de postes qui pourraient
réaliser des économies réelles.
La mise en concurrence des fournisseurs de l'Elysée pour obtenir de meilleurs prix constituerait une sérieuse avancée, selon la Cour des Comptes. A titre d'exemple le fournisseur de viande de
l'Elysée est le même depuis 1969. Même si la France est réputée pour son côté conservateur, le porte-monnaie de l'Elysée profiterait d'une politique d'achats plus moderne. De même pour la
Garden-Party, le prestataire organisateur de l'évènement est toujours le même. La concurrence ne joue donc jamais et les prix ne risquent pas de baisser. L'institution dresse le même constat
pour d'autres prestations comme les voyagistes ou les groupes hôteliers de la Présidence.
Si "déjà par rapport à la situation ancienne, le progrès en matière de transparence de régularité est remarquable", Philippe Séguin a estimé que l'Elysée doit désormais "prendre l'habitude
d'avoir un recours systématique à la concurrence, même quand on n'y est pas obligé par les textes, alors qu'à l'Elysée comme à la cour d'Angleterre (...) on a l'habitude d'avoir des
fournisseurs attitrés".
Dans un autre domaine, des efforts doivent être faits concernant l'immeuble domanial du Quai Branly. Ici logent les principaux collaborateurs du Président et le personnel de sécurité et de
service. Aucun ne paie de loyer. En outre, ces personnels ne déclarent aux services fiscaux qu'un faible montant des avantages en nature qu'ils perçoivent Si le premier élément ne pose pas de
problème à la Cour des Comptes, qui justifie cela par la fonction et la présence nécessaires de ces personnes, des efforts doivent être accomplis sur le second point. Ainsi que les différences
de salaires entre les agents qui doivent être gommées ou justifiées.