Le coût de la vie en Inde à beau être nettement inférieur à celui de la France, vivre avec moins de 70 euros par mois dans une grande ville du sous-continent relève de l'exploit pour un expatrié étranger. C'est pourtant ce que devront accepter neuf salariés de l'entreprise castraise de textile Carreman, s'ils tiennent absolument à garder leur emploi.
Licenciés à la suite d'un plan de délocalisation en Inde, ils ont reçu vendredi une proposition écrite de la part de la direction du groupe indiquant qu'une place leur était réservée sur le nouveau site du groupe à Bangalore pour... 53 à 69 euros par mois, lit-on dans Le Parisien.
"C'est la loi française qui nous oblige à faire par écrit une proposition de reclassement si on dispose d'autres sites même si c'est en Papouasie ou au Bangladesh. Je suis conscient que c'est stupide mais c'est la stupidité de la loi", se défend François Morel, un des deux PDG de Carreman dans un entretien à La Dépêche du Midi. Il assure par ailleurs n'avoir jamais fait de proposition orale aux salariés concernés.
Pour justifier cette décision de délocaliser neuf des 90 emplois du site de Castres à Bangalore (Etat du Karnataka), dans le sud de l'Inde, ce dernier assure que le ralentissement économique n'a pas épargné le secteur du textile et qu'il n'a guère d'autre choix que de procéder à ce "reclassement".
"Nous sommes dans un milieu très concurrentiel avec des clients [...] qui veulent acheter de plus en plus loin pour payer de moins en moins cher", explique t-il, ajoutant que c'est précisément grâce à ces délocalisations que les autres emplois du groupe en France allaient pouvoir être sauvés.
L'expatriation indienne des neufs salariés malheureux de Carreman comprendrait un salaire mensuel brut de 69 euros (4500 roupies), avec un 13e mois, une assurance médicale et une caisse de prévoyance pour 8h de travail par jour, 6 jours sur 7, selon les informations du Parisien. Des conditions tout simplement impossibles pour subvenir à ses besoins en Inde, de surcroît dans une ville en plein essor comme Bangalore, qui accueille chaque année des miliers de cadres du secteur informatique.
La nouvelle de cette délocalisation et de la proposition incongrue d'expartriation qui vient avec ne pouvait plus mal tomber pour la direction de l'entreprise castraise. Hasard malheureux du calendrier, un voyage à Bora-Bora est prochainement prévu pour les commerciaux du groupe. Un "voyage d'affaires" avec les clients du groupe, "prévu depuis longtemps", selon François Morel. Pas de quoi remonter le moral des salariés.
par Antoine Corta - http://www.aujourdhuilinde.com/
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