
Deux explosions nocturnes à Bangkok ont fait au moins 51 blessés dans la nuit de samedi à dimanche. Deux passants ont été blessés par un engin explosif à l'extérieur de l'aéroport Don Mueang, réservé aux vols intérieurs et occupé depuis jeudi par les manifestants ultra-royalistes de «l'Alliance du peuple pour la démocratie» (PAD) qui exige la démission du premier ministre Somchai Wongsawat. Plus tôt, 49 personnes, selon les services de secours, avaient été blessées dans une attaque à la grenade près d'une tribune dressée en face du siège officiel du gouvernement, également occupé depuis le 26 août par les opposants. «Les manifestants sont revenus où ils étaient, ils n'ont pas peur», a assuré à la télévision le porte-parole de la PAD, Suriyasai Katasila.
Les attentats se sont produits avant une démonstration de force des partisans du premier ministre, le «camp des rouges», dimanche, dans le centre de Bangkok. Le front ceint de bandeaux barrés du slogan «Non au putsch», environ 15.000 manifestants pro-gouvernementaux (selon la police), vêtus de rouge, se sont en effet réunis à quelques kilomètres de leurs adversaires ultra-royalistes. «Nous nous sommes rassemblés ici aujourd'hui pour protéger le système démocratique et pour dire 'nous ne voulons pas de coup d'Etat'», a déclaré un leader pro-gouvernemental, Jatuporn Prompan. «Le groupe restera ici jusqu'au 4 décembre (jeudi prochain)», a-t-il ajouté. Des drapeaux thaïlandais étaient agités au dessus de la foule, tandis que certains manifestants portaient des bandeaux frappés de la mention «Thaksin», l'ancien premier ministre.Cette contre-manifestation fait craindre une effusion de sang.
De leur côté, les militants de la PAD, vêtus de jaune en signe d'allégeance au roi, continuaient dimanche de tenir tête aux autorités dont ils ont ignoré les sommations policières autour des aéroports. Samedi, ils ont forcé des policiers à battre en retraite de barrages établis à l'aéroport international Suvarnabhumi aux mains des protestataires depuis mardi. Malgré l'état d'urgence décrété autour de Suvarnabhumi et Don Mueang, aucun assaut n'a été lancé par les policiers alors que le gouvernement redoute l'engrenage et un éventuel coup d'Etat. Le chef de l'armée a fait savoir qu'il était opposé au recours à la force contre la PAD et de vives tensions ont été signalées entre lui et Somchai.
100.000 touristes tentent de quitter le royaume via notamment la base militaire d'U-Tapao, à 190 km au sud-est de la capitale, où des compagnies ont été autorisées à opérer, au compte-gouttes, pour des vols prioritaires. Plusieurs milliers de touristes français seraient toujours bloqués en Thaïlande, selon la mission diplomatique française. «Nos compatriotes comprennent très mal la situation politique en Thaïlande», a souligné dimanche matin Laurent Bili, l'ambassadeur de France en Thaïlande. «Il faut qu'ils soient bien conscients qu'ils sont les victimes collatérales d'un problème intérieur thaï dans lequel ils ne sont absolument pas visés et sur lequel les étrangers n'ont pas de menace sur leur sécurité», a-t-il déclaré sur France Info.
De nombreux gouvernements étrangers ont déconseillé à leurs ressortissants de se rendre en Thaïlande et des compagnies aériennes ont affrété des vols spéciaux pour des opérations d'évacuation.
L'aéroport international de Bangkok, qui peut gérer jusqu'à 700 vols quotidiens, restera fermé au moins jusqu'à lundi, a indiqué samedi son directeur. Mais des experts de l'industrie touristique ont aussitôt douté de cette affirmation en raison de la gravité de la situation. «Assiéger les aéroports est un acte aux conséquences extrêmement risquées. Cela conduira les pays étrangers à perdre confiance en la Thaïlande», a averti Somchai, retranché depuis mercredi dans la ville septentrionale de Chiang Mai, à 700 km de Bangkok. De son côté, le vice-premier ministre Olarn Chaiprawat a prévenu que le rapatriement des passagers piégés en Thaïlande pourrait prendre jusqu'à «un mois».
Les opposants ont affirmé rejeter toute négociation avec le gouvernement. Ils exigent comme préalable à la fin de leur action la démission de Somchai. Le chef du gouvernement est lui replié à Chiang Mai, dans le nord du pays, à 700 km de Bangkok. Son porte-parole a démenti les rumeurs selon lesquelles il aurait quitté le pays. Les manifestants l'accusent d'être «l'homme de paille» de l'ancien homme fort de la Thaïlande Thaksin Shinawatra qui n'est autre que son beau-frère.
» PORTRAIT - Thaksin, l'homme clé de la crise thaïlandaise
Par J.B. et C.M.- http://www.lefigaro.fr
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