En 4 mois, les prix des déchets ménagers ont baissé de 60%. Pour les chiffonniers de Pékin, les temps sont encore plus durs que d'habitude.
Li Xincun ne savait même pas ce qu'était une crise financière jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il ne gagnait plus sa vie avec la revente des déchets recyclables collectés dans tout Pékin. "Les
prix s'effondrent. Ce commerce devient de plus en plus dur", dit ce chiffonnier de 45 ans, vêtu à l'ancienne d'un costume bleu Mao élimé, en poussant son vieux triporteur dans les rues de Pékin à
la recherche de produits recyclables.
Pourtant, l'existence n'a jamais été douce pour ce paysan du Henan (centre) reconverti, monté à la capitale comme des millions d'autres, à la recherche d'une vie meilleure. Depuis plus de dix ans
désormais, il se lève avant l'aube pour fouiller les poubelles des résidences pékinoises, espérant y trouver les journaux et bouteilles en plastique qu'il revendra ensuite au poids. La
concurrence a toujours été dure, il a toujours fallu se lever très tôt pour arriver le premier près des poubelles pleines.
Mais aujourd'hui, Li le chiffonnier a le sentiment de se battre pour rien. "Je ne gagne même plus assez pour mes frais quotidiens", dit le quadragénaire au teint mat, témoignant de sa vie passée,
dans les champs, et actuelle, dans les rues.
Ses revenus quotidiens ne sont plus que de 30 yuans (3,2 euros), moitié moins qu'en mai. Un bol de nouilles ou deux petits pains farcis à la viande lui coûtent de 3 à 5 yuans. Depuis août, les
prix des déchets ménagers - plastique, papier, métaux - ont chuté de 60%, alors que, dans le contexte de ralentissement économique, les exportations et la demande intérieure baissent.
"Les gens m'insultent parce que je leur donne trop peu pour leurs déchets", di Ji Yuemei, une intermédiaire qui traite avec Li et ses pairs. Elle montre une camionnette en face de son magasin,
pleine de vieilles chaussures et autres produits usagés, qu'elle ne compte même pas revendre: "Pourquoi faire, si c'est à perte?", demande-t-elle résignée. La croissance de l'économie chinoise a
atteint entre juin et septembre son plus bas niveau trimestriel en cinq ans, +9%, et les analystes s'attendent à ce qu'elle ralentisse davantage.
En octobre, la production industrielle n'a crû que de 8,2%, contre 17,9% le même mois de 2007. "Toute l'industrie du recyclage perd de l'argent. Plus l'entreprise est grosse, plus elle en perd",
affirme Liu Jianmin, président de l'association des ressources recyclées. Le prix des déchets de l'acier par exemple a plongé d'un tiers, de 3.000 yuans la tonne il y a quelques semaines à 2.000
aujourd'hui. Les grands producteurs d'acier, comme Baosteel et Shougang, ont commencé à réduire leur production alors que 23 de 71 grands et moyens aciéristes ont enregistré des pertes en
septembre, selon les médias officiels.
L'industrie du plastique traverse aussi des difficultés, avec des exportations en hausse d'à peine 3% au cours des dix premiers mois de 2008, contre 9,2% entre janvier et octobre 2007, selon les
chiffres des Douanes. Il y a peu encore, le consultant américain BCC Research prévoyait que 158,6 millions de tonnes de matériaux seraient recyclés en Chine cette année au lieu de 142,3 millions
de tonnes l'an dernier. Plus maintenant. "La crise va ralentir la croissance (du secteur) parce qu'elle va affecter la demande intérieure, comme les exportations", dit Li Baijun, collaborateur de
BCC Research.
Li Xincun, pour sa part, a déjà pris sa décision: si les choses ne s'arrangent pas, il rentrera dans la ferme familiale de son Henan natal, pour y rester.
Par Fran Wang - http://www.aujourdhuilachine.com/
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